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généralisant dans le monde, y produirait des effets analogne à ceux qu'elle a produits dans chaque pays lorsqu'en supprima la ligne de douane intérieures, elle en a réuni tontes les parties dans un même foyer d'activité.

M. Dupuit a donc tort, si je ne me trompe, de comprendre au nombre des données fondamentales de son travail cette proposition. quis formé partout, sous l'influence du régime restrictif, des indiuseries factices, que le premier effet de la liberté commerciale sera de istruire ainsi que les capitaux qui ont servi à les fonde. La supposition is d'autant plus fàcheuse que c'est précisément la crainte de ce résultat qui fait paraître la liberté si redoutable; que d'ailleurs, elle n'est cette supposition, que très-médiocrement fondée, et qu'enfin elle s'accorde assez mal, ce semble, avec cette autre proposition de l'acier.que laliberté commerciale est surtout favorable aux pays les plus mal dotes, les moins avancés et qui se trouvent dans la situation la moins avantageuse, ce qui est assez, je suppose, le cas de ceux dont les forces se trosvent engagées dans des travaux peu productifs ou dans ce qu'on appelle des industries factices.

La vraie vérité, c'est que les divers pays sont dans des situations à mille égards dissemblables, et que, s'il y a chez tous un certain fonds commun et plus ou moins homogène d'avantages naturels et acquis, il y a chez tous aussi un fonds infini de différences et d'inégalités plus ou moins indestructibles. D'où la conséquence qu'ils ne sauraient tous, sans doute, voir leurs efforts couronnés des mêmes succès et leurs industries également fécondes, mais non pas que les mieux situés et que le ciel a doués des facultés les plus heureuses sont destinés, par l'effet même de leurs avantages naturels, à étouffer l'industrie des autres. C'est, en effet, le contraire qui a lieu, et la vérité est que plus les bien doués et les bien dotés voient leurs facultés et leurs ressources s'accroitre, et plus il y a de chances pour ceux qui se trouvent dans des conditions moins bonnes de voir la prospérité des autres arriver jusqu'à eux. Il n's a pas lutte entre eux, comme l'observe judicieusement M. Dupuit, il y a concours, il y a mutuelle assistance, et l'intérêt de tous, et surtout des moins bien partagés, est que de libres communications s'établissent entre les uns et les autres.

C'est cette thèse de M. Dupuit que la liberté commerciale est surtout favorable aux pays que la nature a le moins favorisés, qui est la vériritable, et qu'il importait surtout à l'auteur de bien établir, d'autant que, dans la réalité, elle était excellente et susceptible de recevoir les développements les plus heureux et les plus concluants.

Je suis obligé d'avouer que, des propositions que devait démontrer son ouvrage, celle-ci, qui était peut-être la plus importante, est une de celles dont la démonstration me semble la moins réussie. Je ne sais s'il

avait vu d'une manière suffisamment exacte et suffisamment claire suivant quelle loi la richesse se propage dans le monde, comment elle va des pays industrieux et riches à ceux qui le sont moins, et comment ceux-ci, dont la disposition est de se séquestrer, de se claquemurer, auraient, au contraire, le plus grand besoin de se mettre, autant que possible, en relation avec ceux qui ont sur eux de l'avance. Le fait est qu'il y a, dans cette partie de son travail et dans quelques autres, quelque chose d'abstrait et de tendu qui en rend l'intelligence assez difficile. Peut-être y a-t-il aussi dans certaines de ses propositions quelque chose d'un peu absolu. Ce sont des défauts qui tiennent sans doute au - caractère exagérément doctrinal de son travail, comme cette dernière imperfection est peut-être imputable aux habitudes d'esprit que fait contracter la culture prolongée et à peu près exclusive des sciences exactes, notamment des mathématiques, qui ne préparent pas toujours bien, comme on sait, à la recherche de la vérité dans les sciences morales et sociales. On ne saurait dire au surplus que ce tour d'esprit soit particulièrement sensible ici, et, tout habile mathématicien qu'il puisse être, M. Dupuit n'en est pas moins un économiste fort distingué. Je ne sais même si, parmi les hommes qui sont sortis de l'école polytechnique et de celle des ponts et chaussées, il en est beaucoup qui parlent aussi correctement que lui la langue de l'économie politique, Son ouvrage, à tout prendre, et malgré ce qu'on y peut signaler d'imperfections, est un excellent travail, plein d'aperçus ingénieux et justes, heureusement développés, et, malgré le tort qu'il a de ne pas démontrer avec une vigueur et une clarté suffisante quelques-unes des principales vues qu'il renferme et qu'il était le plus essentiel d'accréditer, de nature encore cependant à servir efficacement la réforme qu'il s'agissait de défendre et à affaiblir dans l'esprit de ses contradicteurs les préventions inquiètes et hostiles qui peuvent opposer le plus d'obstacle à son accomplissement. C'est au surplus à l'expérience qu'il est surtout réservé maintenant de terminer ce travail et d'achever de convertir ceux que le raisonnement n'avait pu suffire encore à convaincre. On ne peut nier toutefois que l'expérience n'eût rencontré moins de difficultés et ne se fût mieux faite si elle avait été plus complétement préparée, et si l'assentiment éclairé du public l'avait précédée au lieu de la suivre. Accomplie prématurément, la réforme court plus ou moins le risque d'avoir le sort des biens mal acquis, et de rester contestable et douteuse jusqu'à ce que l'expérience l'ait suffisamment justifiée.

Co. DUNOYER,

De l'Iustitut,

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RAPPORT SUR UN OUVRAGE DE M. G. DU PUYNODE

INTITULÉ :

DES LOIS DU TRAVAIL ET DE LA POPULATION (*

Un écrivain, qui passe dans les champs une grande partie de sa vie et qui, si je ne me trompe, en partage l'activité entre la pratique de l'art agricole et la culture passionnée des sciences économiques, M. Gustave du Puynode, m'a adressé, en me priant de vous en faire agréer l'hommage, un livre intitulé : Des Lois du travail et de la population.

Cette nouvelle publication de M. du Puynode, qu'avaient précédée d'autres publications appartenant au même ordre d'idées, et notamment ses deux volumes sur la Monnaie, le Crédit et l'Impôt, et son Voyage d'un économiste en Italie; cette nouvelle production, dis-je, est sa composition la plus capitale. C'est un ouvrage en deux volumes, en apparence d'une seule tenue, car l'auteur l'a intégralement partagé en une seule série de livres, de chapitres, de paragraphes, et je me demandais, à l'inspection du titre, et en voyant les divisions et subdivisions régulières que l'ouvrage a subies, si ce n'était pas là, en effet, un exposé systématique et ex professo des lois naturelles du travail, magnifique sujet d'études, qui a déjà donné lieu à bien des investigations, depuis que les sciences économiques sont cultivées, et qui est probablement destiné à provoquer bien des efforts d'esprit encore.

Je crois devoir pourtant remarquer que l'ouvrage n'est pas précisément ce qu'il parait être, et il serait difficile, en effet, d'inférer de la division matérielle du livre, qu'il renferme l'exposition philosophique et systématique du grand sujet que l'auteur semble, au premier aspect, avoir eu le dessein de traiter. Les matières y sont juxtaposées plutôt que systématisées. C'est un travail où se trouvent sans contredit bien des choses, où de nombreuses questions économiques sont abordées, questions au milieu desquelles on n'a nulle peine à se reconnaitre, qui sont généralement traitées avec talent et avec sens, où l'auteur fait preuve d'une grande instruction économique, où brillent les traces d'une lecture infinie, peut-être d'une lecture trop grande, car elle nuit quelquefois à l'originalité de l'ouvrage et même à la clarté de l'exposé. Mais ce qu'on n'y trouve pas, tant s'en faut, au même degré, c'est juste ment ce que semblaient promettre le titre et la division matérielle du

(1) Paris, Guillaumin et C. 1861, 2 vol. in-8°,

livre, c'est-à-dire une réunion de choses coordonnées, subordonnées, déduites les unes des autres, se rattachant toutes à une même donnée fondamentale et tendant ensemble au développement d'un grande sujet. L'ouvrage, il faut le reconnaitre, n'offre d'aucune façon le caractère d'une composition systématique, et il ne présente, en particulier, que d'une manière très-incomplète, le développement du sujet qu'enveloppent les quatre mots : des Lois du travail, inscrits dans le titre de l'ouvrage. L'auteur ne cherche en effet à établir ni quel est l'ensemble des travaux qu'embrasse naturellement l'économie de la société, ni quel est l'ensemble des conditions auxquelles la puissance de tout travail est naturellement subordonnée. Il est difficile de ne pas avouer que son ouvrage présente, sous les deux aspects, des lacunes et quelques incorrections regrettables. Il est d'importantes catégories de travaux dont il ne fait aucune mention, par exemple les industries extractives, la grande industrie des transports; et, d'autre part, des ordres de faits tout entiers sur la nature desquels ils se trompe, je crois, par le rapprochement qu'il établit entre eux malgré la différence radicale qui les sépare, et, par exemple, la fonction des échanges et l'art des transports, qu'il réunit ou plutôt qu'il confond sous la commune appellation de commerce, encore bien que ce soient là deux choses absolument dissemblables et dont l'une est productive, tandis que l'autre ne l'est pas. D'un autre côté encore, et si l'on entre dans le détail des conditions auxquelles se lie la puissance du travail, il est une multitude de choses dont on ne trouve dans son livre aucune trace, et il ne parle en effet de presque aucune des lois générales auxquelles on est conduit par la décomposition des forces auxquelles la puissance du travail est naturellement subordonnée. Or, comment voir un véritable exposé des lois du travail dans une composition où sont à remarquer de telles lacunes ? À vrai dire, l'auteur s'est moins proposé, si je ne me trompe, de faire un exposé philosophique des lois auxquelles Dieu a voulu que fût soumise l'activité humaine pour être vraiment appropriée à l'accomplissement de nos destinées, que de traiter des lois positives que les hommes ont faites pour régler la police du travail, et c'est seulement de ces lois tout humaines, et si peu d'accord encore sur tant de points avec celles de Dieu, qu'il a entendu parler. Il les considère dans un certain nombre de travaux et à des époques fort diverses, dans le passé et dans le présent; et il parait même, quoiqu'il ne le dise pas d'une manière trèsexplicite, s'être particulièrement proposé d'exposer et de combattre ce que notre législation administrative, presque entière, renferme encore, à l'heure qu'il est de contraire aux deux lois de l'économie politique qu'il regarde comme les plus fondamentales, à savoir la liberté et la propriété, la libre et légitime action du travail, et la pleine et sûre possession des biens qu'il procure.

C'est surtout en France, dit-il, et à notre époque qu'il convient surtout de rappeler dans toute leur intégrité ces principes fondamentaux. Nous sommes redevenus l'un des pays où l'activité productive des populations rencontre devant elle le plus d'intolérables sujétions, encore bien pourtant qu'il soit l'un des premiers qui aient affranchi le travail des lois tyranniques qui l'opprimaient autrefois. Des classes entières de travailleurs subissent le joug des corporations que Turgot avait si justement flétries et que l'Assemblée constituante croyait avoir à jamais détruites. Il y a bien, il est vrai, quelque raison pour qu'il en soit ainsi. Nous sommes, en effet, des nations modernes celle peut-être qui a le plus retenu les croyances de l'antiquité sur le rôle respectif qu'ont à remplir dans la société l'activité particulière et celle des pouvoirs publics. Nous avons sans doute des droits individuels plus précieux que n'en possédèrent jamais les citoyens de Rome et de la Grèce aux plus belles époques de ces États; mais il n'en est pas moins vrai que nous consentons, grâce aux tristes enseignements que nous ont transmis, à travers les âges, des légistes formés à l'école de ces temps anciens, à subir toute sorte de règlements arbitraires et vexatoires, et quelle qu'ait été la diversité des réginies au travers desquels nous avons passé depuis soixante-dix ans, il n'en est pas un qui n'ait suivi les traditions administratives de Richelieu, 'de Louis XIV, et dont l'ouvre n'ait été de rapprocher la législation et l'organisation de la France moderne de la législation et l'organisation despotique de l'empire romain. Aussi ne fut-il jamais au monde autorité plus affairée, plus agitée, plus agissante, plus tracassière, plus gênante que ne l'est celle de ce pays. Elle dirigne nos labeurs, elle dispose de nos biens, elle inspire nos opinions. Il ne lui resterait qu'à montrer que ses lumières sont égales à son zèle et son désintéressement à son infaillibilité.

Voilà à peu près dans quels termes et en présence de quels faits l'auteur annonce ce qu'il se propose en étudiant les lois du travail. Il est loin, comme on voit, d'envisager le sujet dans toute son étendue et de prétendre exposer dans leur généralité les causes auxquelles la puissance du travail se lie. Il veut seulement montrer, autant qu'il le pourra, la force qu'il puise dans des lois justes, c'est-à-dire dans une police qui, en réprimant les mauvaises actions qui peuvent s'y mêler ou qu'il peut servir à commettre, respecte rigoureusement sa liberté, et signaler d'ailleurs, sous toutes leurs formes, les lois qui ne le règlent qu'en l'enchaînant. Aussi, dans les ordres de travaux assez nombreux qu'il passe en revue, et au milieu des observations générales et fort diverses qu'ils lui suggèrent, a-t-il surtout pour objet, d'un bout à l'autre de son livre, de dénoncer et de poursuivre ces atteintes que la législation porte si souvent à lal iberté du travail, et en fait-il, en les prenant à leur origine, et en les suivant jusqu'à leurs dernières transformations, de vives cri

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