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a cru néanmoins pouvoir disposer de son excédant présumé de 2 millions liv. st., pour donner satisfaction, dans un certain degré, au sentiment public qui réclame contre l'accroissement des charges contributives. M. Gladstone a donc proposé et fait adopter par la Chambre des communes la réduction de l'income-taxe de 10 pence à 9 par livre sterling, et l'abolition de l'accise sur le papier. Le montant de cette double remise faite aux contribuables dépasserait même de 500,000 liv. st. l'excédant présumé; on évitera ce déficit en n'appliquant la double remise que pour la seconde moitié (papier), et respectivement les trois quarts de l'exercice 1861-62.... C'est là, on l'avouera, un budget singulièrement tendu, que le moindre a incident » pourrait déranger et faire aboutir à d'amères mécomptes, succédant à ceux que le budget de 1860-61 a fait éprouver à M. le chancelier de l'échiquier; mais il faut, en tout cas, reconnaître les bonnes intentions de M. Gladstone. Sur le continent, un ministre des finances croyant pouvoir compter sur un excédant de 50,000,000 fr. n'aurait pas manqué de trouver aussitôt une dépense quelconque pour les absorber: M. Gladstone en fait cadeau aux contribuables. Si ses prévisions ne se réalisent pas, ce ne sera du moins qu'un demi-mal.

Ce n'est pas assurénient, parmi les États du continent, le nouveau royaume d'Italie qui pourrait aujourd'hui avoir l'idée de faire aux contribuables la gracieuseté de pareilles remises. On en a vu une preuve dans les chiffres où nous résumions, le mois dernier, les résultats financiers des exercices 1853 à 1860; on en trouve une preuve nouvelle dans le budget de 1861, que le nouveau ministre des finances, M. Bastogi, vient de présenter aux Chambres de Turin. Ce budget, en outre des anciennes provinces piémontaises, comprend la Lombardie, l'Emilie, la Toscane, l'Ombrie et les Marches, mais non l'ex-royaume des Deux-Siciles, qui a sa comptabilité à part, de même que toute son administration jouit encore d'une certaine autonomie. Dans les limites indiquées, le royaume d'Italie disposerait, en 1861, d'une recette de 360,260,386 lire. dont 17.6 millions de recettes extraordinaires ; il aurait à pourvoir à une dépense ordinaire de 492,973,474, et à une dépense extraordinaire de 134,672,040, ensemble donc à une dépense de 627,646,514 lire; l'insuffisance des ressources serait ainsi de 267,385,129 lire, dont 150.3 millions sur le bilan ordinaire et 117.1 millions sur le bilan extraordinaire. A la recette ordinaire de 342.7 millions fourniraient : la direction générale des gabelles (douanes, sel, tabacs, poudres, etc.), 145,312,830; la direction générale des contributions, 85,000,756 ; la direction générale des domaines et des taxes, 70,980,256 ; la direction générale des chemins de fer, 22,050,000; postes et télégraphes. 10,350,000; le reste, de 9 millions de lire, serait fourni par diverses ressources secondaires. La recette extraordinaire de 17,581,270 serait fournie notamment par les trois sources que voici : 10 millions par la vente de domaines; 2.6 millions par la vente de pièces démonétisées de la Lombardie; 4 millions par la contribution de la compagnie du chemin de fer Victor-Emmanuel aux frais du percement des Alpes. Quant aux dépenses, les dépenses ordinaires se répartiraient comme suit par ministères et par grandes divisions territoriales :

Piémont, Lombard Ombrie

et Emilie. et Marches. Toscane. Ensemble. Ministère des finances....... 170.587.897 6.828.335 29.677.636 208.793.868

de grace et de justice. 13.037.942 1.627.854 3.216.142 17.881.638 - des affaires étrangères. 2.315.720

2.315.720 de l'inst. publique.... 8.458.123 508.982 2.124.550 11.091.655 de l'intérieur........ 21.861.394 2.087.902 3.162.962 27.112.258 des travaux publics... 40.438.598 1.144.203 2.232.170 44.814.980 de la guerre......... 149.505.620

149.503.620 de la marine ........ 32.515.304

32.515.304 de l'agriculture, de l'in

dustrie et du comm... 1.719.823 60.724 161.884 1.942.431 Ensemble ............... 440.440.421 10.957.700 41.575.353 492.973.474

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Sur les dépenses extraordinaires, évaluées à 134.7 millions, la Toscane absorberait 5,749,366, l'Ombrie et les Marches prendraient 1,225,179 lire; le grand reste, de 127.7 millions, serait pour les anciennes provinces piémontaises, la Lombardie et l'Émilie. Quant à l'emploi, le ministère de la guerre réclame 72.7 millions; le ministère des travaux publics, 26.7 millions ; la marine, 18.3; le ministère des finances, 3.3; le ministère de l'agriculture, 4.4 millions, etc., etc. En additionnant les dépenses ordinaires et extraordinaires, on trouve pour guerre et marine réunies un ensemble de 273 millions; cela explique suffisamment le chiffre élevé du budget, et indique en même temps que cette élévation est due surtout à la situation extraordinaire où se trouve en ce moment le royaume d'Italie : cette situation lui impose le devoir de rester sous les armes et même d'accroître ses moyens de défense.

Comme on s'y attend, c'est par un emprúnt que doit être pourvu à l'insuffisance des ressources, évaluée ci-dessus 267.4 millions, et que des évaluations postérieures ont porté même à 314 millions. Nous supposons que, dans cette seconde évalutaion, le ministère a tenu compte déjà du déficit que pourrait laisser le budget de l'ex-royaume des Deux-Siciles. Ce budget est évalué, pour Naples, à 109,429,066 lire de recettes et 100,493,766 lire de dépenses; pour la Sicile, à 21,792,040 1. de recettes et à 28,331,210 1. de dépenses ; le déficit sicilien compensé par l'excédant napolitain, il y aurait, en définitive, un excédant de 2,396,129 I. Mais dans ce budget ne sont pas comptées les dépenses de la guerre et de la marine; on comprend que ces dépenses ne peuvent pas être minimes dans la situation tourmentée à l'intérieur où se trouve encore l'ex-royaume de François II. La nécessité de l'emprunt que le ministre des finances désire contracter, et pour lequel il vient de solliciter l'autorisation du parlement, pourrait ainsi se trouver amplement justifiée par les besoins courants, sans qu'il faille y voir de nouveaux préparatifs de guerre.

Cet emprunt menace d'être passablement fort. Par une dérogation aux usages reçus, le ministre des finances ne fixe pas d'avance la somme à emprunter ; il demande au parlement la permission de faire entrer au Trésor une somme effective de 500 millions, n'importe quel soit le montant de la dette nominale qu'à cet effet il faudra souscrire. Les conditions de l'emprunt dépendront beaucoup de la situation intérieure de l'Italie, de la situation générale de l'Europe, et surtout de la reconnaissance du royaume d'Italie par les grandes puissances; toutefois, on ne pense pas que M. Bastogi puisse emprunter au-dessus du taux de 70 pour une rente 5 0/0. Pour obtenir une somme effective de 500 millions, il faudra donc inscrire au grand-livre environ 750 millions de lire, y compris une trentaine de millions pour les frais de la souscription, commissions, provisions, etc.; la charge annuelle de ce chef serait de 37.5 millions. En ajoutant le nouvel emprunt au montant de la dette déjà existante du royaume d'Italie, qui se montait, à la date du 1er janvier 1861, aux chiffres que voici : Dette publique des anciennes provinces piémontaises. 1.139.970.593 lire. provinces lombardes...

145.412.981 - de l'Émilie........... 42.000.000 de Toscane.......

209.000.000 des Deux-Siciles...........

550.000.000

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on obtient un total qui ne reste pas beaucoup au-dessous de 3 milliards. L'entrée de la Vénétie et de Rome dans le nouveau royaume ajouterait naturellement encore un fort contingent. Toutefois, le royaume d'Italie une fois constitué et consolidé, son crédit ne saurait tarder à s'améliorer sérieusement, et il ne sera pas difficile alors de réduire considérablement la charge de la dette au moyen d'une conversion, c'est-à-dire par la réduction du taux d'intérêt. L'unification des dettes, dont le ministère s'occupe en ce moment, facilitera en son temps cette grande mesure et ne saurait, pour cette raison déjà, être trop chaudement approuvée. Pour se convaincre à quel point l'unification est nécessaire aux dettes diverses qui pèsent sur le royaume d'Italie, il suffit de feuilleter le volume du budget que le ministre des finances vient de présenter au parlement de Turin : les exigences de la delte y embrassent une soixantaine d'item.

Un autre élément encore qui contribuera à faire supporter plus aisément au nouveau royaume les charges de sa dette, c'est le bon emploi qu'en trouve une certaine partie dans des travaux d'utilité publique; c'est, en général, le zèle avec lequel le ministère italien, au milieu de ses graves préoccupations de guerre et autres, pousse le développement économique du pays. Dans la séance du 2 mai, M. Perozzi, ministre des travaux publics, a encore présenté au parlement plusieurs lois relatives aux chemins de fer et ayant pour but surtout de båter la mise en communication de Turin avec Naples par Bologne et Ancône, et avec Rome par Bologne, Florence et Sienne. Les États de Victor-Emmanud possèdent aujourd'hui environ 1,750 kilom. de chemins de fer en exploitation, autant en construction, et 2,500 à l'état de projet et qui seront bientôt entrepris. Le ministre assure que, si le parlement veut aider le gouvernement à donner une vigoureuse impulsion à ces travaux, on pourra obtenir 500 kilom.

(1) Ce résumé est emprunté au troisième volume (1861) de notre Annuaire international du Crédit public, qui paraitra dans les premiers jours de juin et où l'on trouvera les détails à l'appui de ces chiffres généraux.

avant la fin de 1861 et 1,500 kilom, dans les deux années suivantes. Il est à supposer que le parlement ne refusera pas au gouvernement son concours le plus zélé; dans l'Italie d'aujourd'hui, les chemins de fer ne sont pas seulement un puissant moyen de développement économique; ils doivent grandement aider aussi l'unification administrative et politique, en effaçant de plus en plus, par la fusion des contrées et des intérêts, les anciennes divisions territoriales et politiques.

La situation du réseau lombardo-vénitien vient, au reste, de fournir une nouvelle preuve que les chemins de fer ont, comme affaire aussi, un grand avenir en Italie, et qu'on peut, par conséquent, compter pour les lignes à construire sur le concours efficace de la spéculation privée. Le rapport présenté le 30 avril dernier à l'assemblée générale des chemins de fer sud-autrichiens et lombardo-vénitiens a dissipé les craintes conçues au sujet des effets perturbateurs que les événements politiques pouvaient exercer sur la marche de cette entreprise. Celle-ci a continué à se développer en 1860. Les lignes de Casara à Nabresina, de Pragerhof à Pesth et à Komorn, et de Milan à Galbarate ont été livrées à l'exploitation; celles de Sziszek, de Milan à Plaisance et à Pavie, et de Bologne à Ferrare et à Marzabotto seront achevées au commencement de 1862. Sur une longueur totale de 3,660 kilom. compris dans les concessions de la compagnie, 2,014 kilom. sont actuellement en exploitation ; au commencement de 1862, la longueur des lignes exploitées sera de 2,320 kilom. Les recettes de l'exploitation ont subi en 1860 une réduction considérable par rapport à l'exercice précédent qui avait été exceptionnellement favorisé par les mouvements de troupes; toutefois, le produit de l'exploitation, prélèvement fait des intérêts de 14 fr. 50 c. payés déjà aux actions, laissait encore disponible une somme de 18,534,549 fr. On aurait pu, à la rigueur, donner aux actionnaires un dividende de 24 fr. 75 c.; on s'est borné à leur compléter la somme de 30 fr., ce qui, sur un capital engagé d'au-dessous de 300 fr., représente un peu plus de 10 0/0; on a porté à la réserve une somme de 6,909,549 fr.

L'exercice 1860 n'a pas été aussi favorable aux entreprises financières proprement dites, notamment aux banques d'émission et aux crédits mobiliers en Allemagne. On sait combien a été grande et rapide l'éclosion de ces établissements dans les années 1854 à 1857; la plupart continuent bien encore à vivre et à fonctionner, et ont réalisé des bénéfices en 1860 aussi ; il y en a pourtant où la majeure partie des a bénéfices » qui figurent dans les derniers rapports et ont été distribués aux actionnaires, a une provenance plus que singulière. Fondés avec un capital qui dépasse les besoins que ces établissements peuvent être appelés à satisfaire, ils se sont mis déjà depuis quelques années à le réduire successivement par le rachat de leurs propres actions. Cette opération a été continuée en 1860 ; il va de soi que, plus les actions d'un établissement sont dépréciées, et plus facilement, c'est-à-dire avec moins de frais, peut s'opérer le rachat. Il n'y aurait donc rien à dire ni contre la mesure en elle-même, ni contre son opportunité. Mais qu'une société qui rachète, par exemple, à 400 fr. 20,000 de ses actions émises à 500 fr., fasse ensuite figurer la différence de 2,000,000 fr. comme un « bénéfice » réalisé qu'elle distribue aux actionnaires, soit immédiatement, soit en plusieurs termes annuels, voilà une opération qui ne laisse pas d'être passablement équivoque : le bénéfice est

purement négatif ou un bénéfice de compte tout au plus, et l'argent très-positif qu'on distribue aux actionnaires ne peut être pris que sur le capital même de la société, quelque habilement que cela soit dissimulé dans les bilans et quelque contents que paraissent les actionnaires des gracieusetés qu'on leur fait ainsi momentanément aux dépens de tout l'avenir de l'entreprise.

On aurait pu croire cependant que pour des établissements qui cherchent le plus beau de leurs bénéfices dans l'émission fiduciaire, l'exercice 1860 devait être particulièrement bon, à cause de l'affuence moindre de la monnaie métallique. Du moins, y a-t-il eu une forte décroissance dans l'exportation nordaméricaine de l'or. Cela ressort du tableau qui suit, où nous résumons les quantités d'or que New-York à reçues et celles qu'elle a expédiées chaque mois : 1859.

1860.

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La différence dans les expéditions est de plus de 28 millions dollars en défaveur de l'année 1860. On remarquera que ce sont surtout les trois derniers mois qui fournissent un contingent très-faible : les expéditions du dernier trimestre de l'apnée se montent en 1859 à 12,501,976 dollars, tandis qu'ils ne sont que de 2,841,441 en 1860. C'est là incontestablement un des effets de la crise, qui a fait rechercher et retenir le métal en Amérique même. La Monnaie s'est également ressentie, et dans une très-large mesure, de cet empressement du public à avoir des moyens de circulation métalliques. L'hôtel de monnaie de Philadelphie, établissement principal de l'Union, avait reçue en 1859: 1,555,252 dollars en or et 910,560 dollars en argent à monnayer; en 1860, c'est presque le décuple de cette somme: 15,063,365 dollars en or et 549,248 dollars en argent. Sur ces 15 millions dollars d'or, apportés par le public pour être monnayés, plus de la moitié (8.8 millions) appartient aux mois de novembre et de décembre. Malgré tous les efforts imaginables, la monnaie de Philadelphie n'a pas pu suffire à ces demandes si subites et si fortes ; elle a cependant, dans les deux derniers mois de 1860, fabriqué plus de monnaie (6,002,520 dollars) qu'elle n'en avait fabriqué durant toute l'année précédente (6,310,136). C'est surtout cette forte fabrication des deux derniers mois qui a fait monter le monnayage total de l'année 1860 à 13,466,602 dollars, dont: 11,851,711 dollars en monnaies

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