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Cette adresse est ainsi conçue:

« Amis et frères,

« Associés dans le seul but de travailler au maintien de la paix internationale sur les larges bases des sentiments d'humanité et de religion, nous venons vous adresser respectueusement quelques paroles en rapport avec les circonstances dans lesquelles nos deux pays se trouvent maintenant placés.

« Nous avons vu avec la plus grande satisfaction les nombreuses preuves que le gouvernement français a données de son désir d'entretenir des relations amicales»entre la France et l'Angleterre, et de resserrer l'union des deux pays, —en se concertant loyalement avec le nôtre, soit pour le conseil, soit pour l'action; en concluant le traité de commerce; en abolissant l'entrave du passe-port; en agissant, dans maintes circonstances, avec un esprit de bienveillance et de conciliation.

« Ce n'est pas avec une joie moins vive que nous avons constaté que les mêmes sentiments prévalent évidemment au sein de la nation française.

« D'un autre côté, nous pouvons vous affirmer, en toute confiance, que la grande majorité de nos compatriotes vous paye cordialement de réciprocité.

« Nous avons cependant à déplorer qu'il y ait des deux côtés de la Manche de certaines influences s'efforçant de provoquer entre nous la jalousie et l'inimitié. En ce cas, n'est-il pas désirable que les deux peuples se mettent en avant pour exprimer eux-mêmes la confiance et l'estime qu'ils éprouvent l'un pour l'autre, et leur désir d'affermir entre eux les relations pacifiques qui existent si heureusement depuis longues années?

« De cette manière, on neutraliserait les efforts de ceux qui veulent fomenter l'animosité entre les deux nations, puisque les masses des deux côtés ont le plus grand intérêt au maintien de la paix. En effet, ceux qui profitent de la guerre peuvent se compter par unités, et ceux qui en souffrent dans leur vie, leur liberté, leur propriété, leur moralité, et tout ce qui constitue le bien-être de l'homme, peuvent être comptés par millions.

« Il est impossible de s'exagérer l'importance d'une cordiale entente entre la France et l'Angleterre, dans l'intérêt de la civilisation, du progrès et de la paix du monde. Les futures destinées de l'Europe sont entre les mains de ces deux grands pays. C'est par eux, leur influence et leur exemple, que ces destinées s'accompliront, — pacifiquement, avec le triomphe de l'intelligence, de la science, de l'industrie, du commerce et de tout ce qui contribue à l'avancement et au bonheur de la race humaine; — ou bien, au milieu de scènes de violences et de meurtres, qui replongeront la civilisation dans lo sang et dans la nuit de la barbarie.

« Assurément nous ne saurions hésiter dans le choix de ces deux voies à suivre.

« Afin de remplir dignement la part de devoirs que la Providence nous a assignée, il faut bien nous garder de nous laisser guider par ceux qui, dans des vues d'intérêt ou par passion, cherchent à entretenir entre nous la jalousie et le soupçon.

« Faisons résolument la sourde oreille à quiconque voudrait nous calomnier les uns chez les autres pour prolonger ou raviver d'anciennes antipathies qui ont été, dans le passé, la source d'incalculables souffrances pour les deux nations.

« Et pourquoi ne nous unirions-nous pas afin de demander à nos deux puissants gouvernements de prendre des mesures pour organiser la paix de l'Europe, pour établir un système d'arbitrage ou quelque autre forme de juridiction internationale, au moyen de laquelle les conflits des nations pourraient être soumis à la décision de la raison et de la justice, au lieu d'être laissés à la décision irrationnelle et brutale du sabre?

a Pourquoi toutes les grandes nations chrétiennes resteraient-elles perpétuellement dans une attitude de méfiance réciproque, épuisant leurs ressources par d'énormes armements, avec lesquels elles se menacent les unes les autres pendant la paix ? Ne serait-il pas plus conforme à la raison et à la religion qu'elles s'entendissent pour réduire simultanément ces dépenses, afin que l'immense richesse créée par le talent et l'industrie de nos millions de travailleurs, ainsi que les merveilleuses inventions de la science et de l'art dont la Providence a gratifié l'humanité, ne servissent plus à la destruction, mais contribuassent au soulagement de la misère et à l'accroissement du bien-être des peuples?

« Quelle plus noble mission pourrait être proposée à ces deux nations, marchant à la tète de là civilisation, que de détourner l'Europe de cette direction fatale et ruineuse, pour entrer dans une autre voie où elles continueraient à être rivales, non pour commettre des actes de violence et accroître les armements de guerre, mais pour se surpasser dans les arts de la paix et obtenir toutes deux des avantages n'entraînant après eux ni remords pour le vainqueur ni humiliation pour le vaincu?

« Joseph Pease, membre du Parlement, président de la Société des amis de la paix;

« Henry Richard, secrétaire de la Société des amis de la paix. »

M. le secrétaire perpétuel fait ensuite hommage au nom de leurs auteurs présents à la séance:

D'une brochure de M. Nakwaski, ancien nonce à la Diète de Pologne, intitulée Question des Paysans de la Pologne {\), en plusieurs exemplaires;

D'une autre brochure, par le même, sur la question pénitentiaire et sur un projet de congrès international à Neufchâtel pour débattre cette, question (2), en plusieurs exemplaires;

D'un petit volume de M. de Renusson, intitulé : Divagations sttr diverses questions de philosophie, de politique et de socialisme (3).

M. Nakwaski, prenant la parole, dit qu'il avait promis de rendre compte des travaux du comité nommé par la Société agricole de Varsovie, en exécution de la décision du 26 février et concernant la dotation en propriété des paysans du royaume de Pologne, mais qu'il n'est malheureusement pas en état de remplir cet engagement. On sait la triste tournure qu'ont prise les événements de Varsovie; on sait

comment la Société agricole a été dissoute! Le comité a dû suivre

le sort de sa société! Quoi qu'il advienne, la base de la transformation de la condition des paysans aura toujours été posée etadoptée en principe par la presque totalité des propriétaires du sol du pays, la Société se composant de près de cinq mille membres, tous propriétaires fonciers.

M. Nakwaski ajoute que, quelques membres de la société d'Economie politique lui ayant demandé de plus amples renseignements sur le système de dotation des paysans, en propriété par l'entremise d'une association de crédit, il offrait les exemplaires de la brochure mentionnée par M. le secrétaire perpétuel, en priant ceux des membres que cela intéresserait plus particulièrement d'en prendre connaissance. « Ce système, dit-il, à été critiqué dans |le Journal des Economistes d'une manière que je trouve tout à fait inexacte, et j'en rends juges ceux qui voudraient bien lire ma brochure, ainsi que la critique dont je fais mention et qui est insérée dans le numéro du mois de février. »

Après ces communications, l'entretien se fixe pour la seconde fois sur la question de la liberté ^d'enseignement après une réponse de M. Dunoyer à diverses opinions émises dans la réunion de février 1861. (Voir le numéro de mars.)

Cette discussion sera reproduite dans le prochain numéro.

(1 et 2) In-8°, à Genève, chez Henri Georg. (3) In-32, Paris, chez Dentu.

CHRONIQUE ÉCONOMIQUE

Sommaire. — Traité de commerce avec la Belgique. — Un décret décentralisateur. — La rupture de l'Union américaine consommée et les premières hostilités. — Une brochure sur la Brie et les moutons mérinos. — Ouverture d'un cours d'économie politique a Reims.

Le traité de commerce qui se négociait depuis quelques mois, sur des bases libérales, avec la Belgique a été signé ce mois-ci. Il est accompagné d'une convention de navigation, ainsi que d'une convention pour la garantie réciproque de la propriété littéraire, artistique et industrielle, et d'un supplément à la convention postale. Ces trois der niers actes sont les corollaires naturels du traité de commerce. Comme le traité, ils sont destinés à faciliter et à multiplier les relations entre les citoyens des deux États et à rendre plus intime le lien de solidarité entre leurs intérêts respectifs.

Ainsi se déroulent successivement les conséquences du traité de commerce conclu l'an dernier entre la France et l'Angleterre. Ainsi apparaît de plus en plus nettement la portée de ce grand acte politique.

Le traité de commerce entre la France et l'Angleterre avait pour objet de changer profondément les rapports commerciaux de la France avec les autres nations. Ace changement le gouvernement procède par des traités séparés avec chacun des États, et il est impossible de méconnaître que par là il rend service à la civilisation même, car de cette manière la législation commerciale de tous les États éprouvera une révolution profitable à tous et à chacun. Le siècle qui a vu naître les chemins de fer et le télégraphe électrique, ces merveilleux véhicules qui transportent avec une célérité inespérée les hommes, les choses et les idées, ne pouvait rester plus longtemps sous le joug d'un régime douanier fondé sur l'isolement. Le système prohibitif était pour notre épo• que un contre-sens, nous devrions dire une injure.

Nous n'avons pas à nous appesantir sur les clauses du traité avec la Belgique. Le traité avec l'Angleterre a servi de type : la France tend à avoir un tarif uniforme avec tous les peuples. Le principe de la réciprocité a été admis par le gouvernement belge. Dans un certain nombre de cas, les droits d'entrée en Belgique seront moindres qu'en France. Ainsi beaucoup d'articles en fer et de machines sont moins taxés par le nouveau tarif de la Belgique que par le nôtre. Pareillement, le tarif belge est exempt, pour ces sortes d'articles, de la complication dont le nôtre reste affecté. Pour un très-petit nombre d'articles manufacturés, les droits d'importation en France, qui avaient été convenus avec l'Angleterre, ont été abaissés. Nous citerons en ce genre les fils retors doubles de coton à destination de la fabrication du tulle. Un examen nouveau a montré que ces droits avaient été exagérés dans le traité avec l'Angleterre.

La Belgique a supprimé les droits de sortie sur tous les minerais de fer sans exception : pour notre industrie métallurgique du Nord, c'est une facilité nouvelle.

Le traité avec l'Angleterre laissait à l'écart une assez grande variété de produits agricoles. Us sont compris dans le traité avec la Belgique. Nos fabricants de sucre de betterave y trouveront l'avantage d'avoir un plus grand champ d'approvisionnement pour leur matière première.

Un nombre notable de produits manufacturés étaient aussi en dehors du traité avec l'Angleterre. C'étaient des articles non prohibés; mais les droits dont ils étaient frappés étaient élevés. Le traité avec la Belgique les traite libéralement. Dans certains cas même, les droits sont supprimés. C'est ce qui arrive pour les livres en langue française, les lithographies, les photographies, les cartes géographiques, la musique gravée. Le soufre sous toutes les formes, épuré comme brut ..entre aussi en franchise. De même diverses résines. Pour plusieurs articles de droguerie, le droit est, mis à 2 fr. les 100 kilogr. Pour le papier, le droit est rabaissé de 150 fr. à 10 fr. par 100 kilogr.

Le traité avec la Belgique résout aussi la question de la sortie du chiffon à faire le papier, pour laquelle des intérêts abusés s'étaient beaucoup agités l'an dernier. On sait que cet article était et est encore prohibé à la sortie. Désormais il pourra sortir en payant le droit de 12 fr. par 100 kilogr. 11 eût été mieux de lever absolument le droit. Les droite de sortie sont jugés aujourd'hui, et le traité avec la Belgique en fait disparaître un bon nombre. Mais dans le cas du chiffon, comme pour l'importation de beaucoup d'articles, le gouvernement aura voulu ménager la transition.

Les adoucissements du tarif portés par le traité avec la Belgique sont applicables aux produits britanniques, parce que le traité de commerce' avec l'Angleterre réserve à celle-ci le traitement de la nation la plus favorisée.

On assure qu'indépendamment des négociations entamées avec la Prusse pour un traité de commerce avec le Zollverein, d'autres vont

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