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s'ouvrir avec la Suisse et avec l'Espagne. Il est vraisemblable qu'on traitera prochainement avec l'Italie. Avant les derniers événements qui ont tant troublé l'Amérique, des pourparlers avaient eu lieu avec les États-Unis.

Tout pas fait vers la décentralisation, si faible fût-il, ne peut qu'être approuvé par les économistes. Sans doute il ne suffit pas d'armer les préfets de pouvoirs qui appartenaient aux bureaux parisiens; mais cela vaut mieux encore que le statu quo. Le Moniteur a publié un décret, rendu sur la proposition du ministre de l'intérieur, ayant pour but de développer le principe posé dans le décret du 25 mars 1852, qui a fait le premier pas dans la voie de la décentralisation administrative. Les divers articles de ce nouveau décret ne contiennent que la nomenclature des matières qui sont enlevées à la compétence du pouvoir central pour être attribuées à celle de l'administration départementale. Mais, dans un rapport étendu qui précède le décret, M. le comte de Persigny expose le principe et fait connaître l'esprit de ces utiles réformes. Elles sont classées en deux catégories : les unes ont pour objet de simplifier l'instruction de certaines affaires, d'abréger les délais en usage, de supprimer les écritures et les formalités inutiles, les autres ont pour but de déléguer aux sous-préfets quelques attributions secondaires actuellement exercées par les préfets. Cette mesure tout incomplète qu'elle est, a été fort bien accueillie par le public.

La rupture de l'Union américaine est un fait accompli désormais. La Virginie donne au monde le grand scandale de se joindre aux États du Sud. Que de réflexions cette situation de l'Union américaine fait naître dans l'esprit de l'économiste! L'Amérique est le pays du monde où sont accumulées le plus de preuves de cette vérité, que le travail de l'homme est d'autant plus fécond qu'il est plus libre, que la meilleure organisation de la production est celle qui admet la plus forte dose possible de liberté. L'histoire des progrès des États-Unis depuis qu'ils ont conquis leur indépendance, de ces progrès qui tiennent du prodige, c'est l'exposé de la puissance que porte dans ses flancs la liberté du travail. On s'explique donc difficilement que dans ce grand pays le travail force, sous sa forme la plus brutale, l'esclavage, ait pu trouver des défenseurs, et qu'il y existe autant d'États où l'on soutienne, avec une obstination sans égale, qu'il n'y a rien de mieux à faire, pour favoriser le développement de la richesse de la communauté, que de maintenir l'esclavage. Les grands États à esclaves, comme la Virginie, n'ont pourtant qu'à consulter leurs propres annales et à se rendre compte de la part qui leur est échue dans la prospérité générale de l'Union, en comparaison du lot des États libres, pour connaître ce qu'il en coûte à un État de s'organiser sur la base de l'esclavage. A l'époque de l'Indépendance, la Virginie était de beaucoup le principal des États. Le recensement de 1790 y constata 748,000 âmes (y compris les âmes des noirs, auxquels on refuserait volontiers aujourd'hui qu'ils en aient une) sur moins de 4 millions qu'on avait dénombrés dans la Fédération entière. Après la Virginie, l'État le plus populeux était la Pensylvanie, qui n'atteignait que 434,000 âmes. L'État de New-York n'était alors qu'à 340,000. Le Maryland et la Caroline du Nord, deux États à esclaves, en comptaient l'un 320,000, l'autre 394,000. Combien ces proportions sont changées aujourd'hui! La Virginie est montée, il est vrai, à près de 4 million 600,000 âmes; mais la Pensylvanie, qui abolit l'esclavage peu après la guerre de l'Indépendance, n'est pas loin de 3 millions (exactement, 2 millions 925,000). L'État de New-York, qui, comme la Pensylvanie, a fait disparaître de son sein l'esclavage, est à 3 millions 850,000. L'Ohio, État libre, qui n'existait pas, en tant qu'État, en 1790, et sur la surface duquel alors on apercevait à peine quelques villages épars le long du fleuve d'où il tire son nom, l'Ohio est à 2 millions 378,000. La Caroline du Nord, qui surpassait primitivement New-York, a aujourd'hui moins du quart de la population de celui-ci, et le Maryland, qui l'égalait presque, est au-dessous du cinquième. Un autre État libre qui n'a paru sur la scène que plusieurs années après l'Ohio lui-même, I'lllinois, où en 1830 il n'y avait pas plus de 155,000 habitants, et qui en 1850 en comptait 850,000, en est aujourd'hui à 1 million 689,000. Si l'on veut mettre en relief autrement l'inégalité de l'impulsion progressive entre les États à esclaves et ceux dont la constitution ne reconnait pas l'esclavage, on n'a qu'à en comparer deux, qui sont limitrophes, l'Ohio et le Kentucky, séparés seulement par le fleuve Ohio. Tous les deux sont vastes et fertiles; cependant la richesse du terroir du Kentucky surpasse celle de son voisin , elle est proverbiale en Amérique. Ils sont égaux en superficie : chåcun d'eux ferait le cinquième de la France continentale. Mais l'un, le Kentucky, a eu le malheur de recevoir l'esclavage en héritage de la Virginie d'où il est issu; l'Ohio, au contraire, a dès le début été un État libre. Le Kentucky se peupla et se constitua bien avant l'Ohio. Il avait 224,000 habitants en 1800, alors que l'Ohio n'en présentait que 45,000. Eh bien! le recensement de 1860 en a constaté 2 millions 378,000 dans l'Ohio, contre 1 million 460,000 dans le Kentucky.

Est-il nécessaire d'ajouter què, sous le point de vue de la richesse moyenne comme sous celui de la culture moyenne de l'esprit, la supériorité des États sans esclaves sur les autres est plus flagrante encore qu'en ce qui concerne la population ?

Ainsi, par la population, par la richesse et les capitaux, par l'instruction, par le capital particulier qui se compose de l'expérience des affaires, le Nord, le groupe des Etats libres l'emporte de beaucoup. Le Nord a pour lui, dans le conflit qui éclate, des auxiliaires qui sont puissants quand il s'agit d'une lutte entre nations civilisées, nous voulons dire les principes. La force et le droit sont ainsi réunis du côté du Nord. Et pourtant, par une déplorable fatalité, ou, ce qui est moins excusable, par l'aveuglement et le préjugé de la fraction la moins intelligente de . la population blanche des États intermédiaires, ces États, au lieu de se présenter comme des médiateurs pour empêcher une sanglante collision, se laissent dériver vers le gouvernement du Sud. Quelques-uns se sont portés à des actes d'agression contre le gouvernement légal, celui de Washington. La Virginie avait formé le dessein de s'emparer de la capitale de l'Union par surprise. Ce planı hardi avait des complices dans le Maryland, qui cerne le district fédéral du côté du nord, comme la Virginie du côté du sud. Les choses en sont venues à cette extrémité que les autorités fédérales ont dû évacuer l'arsenal de Harper's Ferry, situé dans l'intérieur des terres sur le Potomac, à quelques lieues au nord-ouest de Washington, et le grand arsenal maritime de Notfolk, qui est au midi de la capitale, à l'entrée de la baie de Chesapeake. L'évacuation a été si précipitée, qu'on n'a rien pu emporter de l'immense matériel qui était concentré dans ces deux établissements, et on a été réduit à détruire par le feu des milliers de fusils, à incendier de vastes édifices, et à livrer aux flammes des frégates et des vaisseaux de ligne. Un régiment venu du Nord au secours de la capitale n'a pu se frayer un passage à travers Baltimore, métropole du Maryland, qu'en soutenant un combat meurtrier.

Cette détermination des États intermédiaires, qui, du reste, est loin d'être démontrée pour tous sans exception, ne pourrait manquer, si elle était positive et définitive, d'être chèrement payée un jour. Voici, par exemple, le Missouri, dont la population totale est de 1 million 200,000 âmes, sur quoi il n'y a pas un dixième d'esclaves. Il est évident par ces chiffres mêmes que la majeure partie du terroir y est cultivée par des blancs. Comme en pareil cas chacune des deux cultures, celle qui est libre et celle qui est forcée, a l'habitude de se cantonner, il s'ensuit que dans cet État l'esclavage ne subsiste, avec quelque développement, que sur une fraction du territoire, le tiers ou le quart des comtés peut-être. Admettons qu'il soit vrai que cet Etat ait opté pour le Sud; il n'est pas naturel que la majorité des comtés, qui sont cultivés par les blancs, se résigne longtemps à l'oppression qu'une minorité lui aura fait subir en la séparant des Etats libres pour la dépayser dans le groupe des États à esclaves. Il semble donc inévitable qu'il

y ait là, quelque jour, et bientôt selon toute apparence, un nouveau déchirement. Le Missouri voudra sortir de la Confédération du Sud; le Sud voudra le retenir, ce sera la guerre civile dans le sein de cette Confédération. La même observation s'applique au Maryland, qui, sur 732,000 habitants, n'en a que 85,000 d'esclaves; elle est également vraie pour une portion de la Virginie elle-même, pour la Virginie occidentale, qui à elle seule pourrait constituer un État, et qui probablement quelque jour demandera, les armes à la main, sa séparation, afin de rejoindre la Confédération du Nord dont elle est limitrophe.

Mais ces causes d'affaiblissement et ces périls que nous signalons pour la Confédération du Sud , et plus particulièrement pour les États intermédiaires, qu'est-ce en comparaison de la chance de l'insurrection des esclaves, chance qui existera sérieusement pour tous les membres de la Confédération méridionale du moment que la guerre sera organisée, mais qui est bien plus menaçante pour les États intermédiaires, parce qu'ils sont en contact immédiat avec la Confédération libre?

La Brie est une de nos contrées les plus avancées au point de vue agricole. Sur une étendue de 590,333 hectares, 337,460 sont livrés à l'agriculture. Le surplus de son territoire est occupé par de magnifiques forêts, des routes et des chemins en parfait état, des cours d'eau, des propriétés bâties et des jardins. On y compte plus de 2,300 fermes de premier ordre, dont 150 au moins peuvent rivaliser avec les plus belles cultures de l'Angleterre. Entre autres richesses agricoles, on peut citer plus de 100,000 têtes bovines, représentant un capital d'au moins 30 millions; 1 million de moutons valant 40 millions, et donnant un revenu qui dépasse 10 millions. Le rendement du froment est en moyenne de 20 hectolitres à l'hectare, tandis que la moyenne en France est au plus haut de 14 hectolitres. La culture de cette riche contrée est en grande partie entre les mains de fermiers dont la plupart jouissent d'une grande aisance, intelligents, doués de beaucoup d'activité et d'énergie. Les progrès intellectuels, aussi bien que les progrès agricoles, gagnent incessamment les ouvriers des campagnes. Lorsque les autres parties de notre pays auront atteint le même degré de prospérité, ce qui est possible pour les quatre cinquièmes au moins d'entre elles, il ne se résoudra pas en France une seule question économique pouvant intéresser l'agriculture sans que cette portion de la France n'y prenne une part importante.

Cet esprit de judicieux progrès qui anime aujourd'hui la culture avancée vient de se manifester dans une brochure intitulée Du Mouton mérinos, comparé aux races perfectionnées de l'Angleterre, par M. Teyssier des Farges, propriétaire-agriculteur de Seine-et-Marne. Rapporteur d'une commission nommée par le préfet pour examiner l'Exposition de 1860 au point de vue des intérêts agricoles du département, M. Teyssier des Farges développe quelques-unes des questions discutées dans le sein de cette commission, présidée par M. Drouyn de Lhuys et composée de propriétaires et d'agriculteurs notables. Il constate que la Brie, dont les troupeaux sont en majeure partie composés de mérinos produisant une excellente laine fine intermédiaire indispensable pour les besoins d'un grand nombre de fabriques, n'a rien à craindre du nouveau régime des Jaines, et il donne de cette opinion des raisons décisives. Il établit que, quand le sol et le climat sont favorables à une industrie agricole quelconque, il n'y a pas à redouter la concurrence étrangère, attendu qu'on ne produit nulle part sans frais, et que la production n'augmente qu'à l'aide des hommes qui consomment. Il repousse donc les vaines terreurs de ceux qui veulent voir dans les colonies des produits indéfinis destinés à inonder l’Europe. Comme expression de l'opinion collective de propriétaires et de cultivateurs éclairés et importants, c'est un fait bien digne d'être noté.

Abordant ensuite la question spéciale des races, M. Teyssier des Farges soutient que, tout au moins pour une partie de la France, la race mérinos est préférable à toute autre, et notamment aux races perfectionnées de l'Angleterre, soit au point de vue de la laine, ce qui est incontestable, soit au point de vue de la viande, et finalement du profit. Il suffit, suivant lui et les éleveurs dont il est l'organe, d'apporter dans la sélection des reproducteurs et dans le régime le tact et les soins convenables pour obtenir des résultats aussi satisfaisants que ceux qui sont donnés par les meilleures races anglaises, dont la réussite est souvent douteuse en France ainsi que leurs croisements, et qui ne produisent qu'une laine lisse ou commune, propre seulement au peigne, tandis que la laine mérinos est propre au peigne et à la carde.

Ces questions ont une véritable importance. La laine et la viande jouent dans la consommation générale un rôle de premier ordre. Tout le monde le comprend pour la viande. Pour la laine, il ne faut pas oublier que chaque année maintenant la France achète à l'étranger des laines dont la très-grande partie se compose de laines fines et dont la valeur dépasse 150 millions. On peut voir par ce chiffre de quel intérêt cette question est pour l'agriculture.

L'économie politique peut enregistrer un nouveau succès. De même que Montpellier, Reims vient d'ouvrir un cours d'économie politique, et tout fait espérer que le nouveau professeur, notre confrère et ami M. Victor Modeste, y obtiendra le même accueil qui a été fait à M. Fré

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