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qu'en bloc ce double but a été atteint par rapport à la Belgique. Toutefois la règle générale n'a pas été sans quelques dérogations motivées soit sur des usages locaux, soit sur une manière de voir propre au gouvernement belge. Ces écarts méritent d'être signalés. Et puis, dans le traité négocié avec l'Angleterre, on avait omis de statuer sur un assez grand nombre de marchandises, soit des articles manufacturés que la prohibition n'atteignait pas, soit des produits bruts, peu ou point modifiés par l'industrie humaine. On avait négligé aussi d'y régler l'affaire des droits de sortie et des prohibitions à l'exportation qui s'offraient dans l'ancien tarif de la France. Enfin, après la signature du traité avec l'Angleterre, des réclamations, évidemment inspirées par l'intérêt général, s'étaient produites, afin d'obtenir qu'on modérât davantage quelques-uns des droits et qu'on simplifiàt la tarification qui, pour quelques catégories d'articles, était restée trop compliquée. Il a été pourvu plus ou moins complètement à ces différents objets.

Il est résulté de là : 19 que la liste des articles dénommés dans le traité avec la Belgique est notablement plus longue que celle du traité avec l'Angleterre; 2° que quelques-uns des droits ont été assis, pour l'importation en Belgique, sur des bases différentes de celles qui ont été admises pour la France par le traité du 23 janvier 1860 et ses annexes; 3o qu’un petit nombre des droits déterminés pour l'admission en France ont été adoucis; 4° enfin qu'on y a vidé à peu près sans exception la question des droits de sortie et des prohibitions d'exportation.

Sur le premier point, la tarification des objets que le traité avec l'Angleterre avait laissés à l'écart, le traité avec la Belgique a fait à peu près tout ce qui restait à faire. Le gouvernement français a pensé qu'il convenait que les droits sur les céréales et leurs dérivés, les farines, fussent fixés par une loi délibérée en Corps législatif. Il n'est donc pas fait mention de ces importants articles dans le traité belge. Mais un bon nombre de produits du sol y figurent, et la tarification qui s'y applique est fort modérée. Cette modération, au surplus, n'avait pas d'adversaires. L'agriculture, depuis quelques années, avait, mieux que la plupart des manufacturiers, compris qu'un régime libéral des douanes était d'intérêt public et favoriserait la production nationale ellemême tout autant que la consommation.

Le nombre des articles à l'égard desquels, pour l'importation en Belgique, les droits sont établis sur une assiette différente de ce qui avait été convenu pour l'entrée en France des mèmes objets venant d'Angleterre, est assez considérable. Il faut citer la fonte, le fer et l'acier et leurs dérivés, c'est-à-dire ces mêmes métaux ouvrés, et les machines. En cela, la Belgique porte l'abaissement de son tarif au delà de la réciprocité. Le tarif sur les fils de lin, de chanvre et de jute et sur les tissus de ces mêmes substances est aussi notablement réduit et simplifié. Pour les uns et les autres, les Belges se sont soustraits à la classification compliquée qui doit être en vigueur pour l'admission en France. Pour les fils, les droits sont spécifiques, c'est-à-dire d'un montant expressément porté au tarif. Pour les tissus, c'est un droit à la valeur de 15 p. 100. A l'égard des filés de coton au-dessus du n° 40, les Belges n'ont pas admis la tarification ascendante qui chez nous va par gradation jusqu'au n° 171 et porte le droit à un maximum de 3 fr. par kilogramme sur l'écru ; leur maximum est de 40 c. De plus, ils ne surtaxent pas les filés blanchis, quoique nous leur en eussions donné l'exemple, et leur surtaxe sur les filés teints n'est que des deux cinquièmes de la nôtre. On devra prochainement imiter ces diverses dispositions pour l'entrée en France. C'est d'un intérêt pressant. La modification des droits réglés, pour l'importation en France, par le traité avec l'Angleterre s'applique à peu d'articles, ce qui s'explique par le fait que le traité avec l'Angleterre est de date fort récente. Elle est d'ailleurs peu prononcée. Elle porte, par exemple, sur les fils de coton retors à deux bouts, ainsi que sur les fils de laine retors pour le tissage. La réduction est faible. Il y aurait eu de l'avantage à la rendre plus significative. Les intérêts auxquels nuit cette tarification demeurée excessive sont dignes d'une grande considération; il suffit de nommer l'industrie des tulles, qui jetterait une si grande masse de ses produits sur les marchés étrangers, si elle avait le filé de coton au même prix que les Anglais. Cette intéressante industrie avait fait entendre des plaintes énergiques lors de la publication de la convention annexe du 16 novembre 1860 au traité avec l'Angleterre. Elle ne sera point satisfaite de la modification qui lui a été accordée. Beaucoup de plaintes s'étaient élevées aussi à l'occasion du tarifsur les articles ouvrés en fer, fonte et acier, tei qu'il était in liqué par le traité avec l'Angleferre. Ce tarif présente en effet le double inconvénient d'être trop élevé dans le plus grand nombre des cas, et de présenter une complication extrême. Sous ce dernier rapport, c'est une disparate choquante au milieu d'autres dispositions du traité de commerce avec l'Angleterre. Pour le fer même que nous appellerons brut, on a, dans ce traité, beaucoup trop multiplié les divisions. Il eût fallu un seul droit pour le fer brut proprement dit, sous toutes les formes, en barres en fils, en feuilles. C'était parfaitement justifié par les conditions mêmes du travail dans l'industrie métallurgique. Ce qui n'est pas moins grave, la plupart des droits admis pour cette catégorie spéciale restent prohibitifs ; on en a la preuve par l'absence presque complète d'importation depuis lemois d'octobre, où cette partie du nouveau tarifest en vigueur. C'était, nous le croyons, le cas de revenir sur cette partie du tarif, à l'occasion du traité avec la Belgique. Ici, les négociateurs français avaient un excellent modèle sous les yeux, le tarif accepté par les Belges pour l'entrée chez eux. La modération et la simplicité s'y trouvent réunies. Voici en effet en quoi consiste ce tarif spécial, par 100 kilogrammes : Fonte brute et vieux fer, 1 fr. 50 c. maintenant, 1 fr. au 1°r octobre 1864 ;fer en barres, en fils ou en feuilles, 4 fr. maintenant, 3 fr. au 1er octobre 1864 ; ferblanc, 9 fr. et 6 fr. ; fonte ouvrée, 6 fr. et 4 fr. ; fer ouvré, 9 fr. et 6 fr.; acier ouvré, 9 fr. et 6 fr.; machines et pièces détachées, savoir : en fonte, 6 fr. et 4 fr.; en fer ou acier, 9 fr. et 6 fr. Un tarif pareil serait pour l'industrie française un grand bienfait, et il n'y a pas de raison pour que la métallurgie française ne s'en accommode pas aussi bien que la métallurgie belge. Les prohibitions à la sortie disparaissent du tarif français. Divers droits de sortie sont supprimés, quelques-unsde ceux qui disparaissent, ceux qui frappaient les tourteaux et le bois de noyer, par exemple, étaient assez élevés. La prohibition sur le chiffon et la pâte à papier fait place à un droit de 12 fr. les 100 kilog., tous décimes compris. Il faut croire que sous peu les intérêts qui avaient demandé le maintien de cette prohibition se rallieront à l'entière franchise de sortie. La frayeur qui les avait saisis est chimérique. On est étonné de ne pas trouver, dans la catégorie des droits de sortie supprimés, le droit sur les œufs. L'exportation des œufs, déjà très-grande en France, prendrait des proportions nouvelles si ce droit disparaissait. Les Belges, de même, ont supprimé les prohibitions et les droits de sortie autres que les simples droits de balance qui déparaient leur tarifs. En somme, ce traité avec la Belgique est un pas nouveau dans une excellente voie. Espérons qu'il n'aura été que le prélude d'autres conventions avec les principaux États de l'Europe. Le système de l'isolement commercial a fait son temps. De toutes parts on ensent les inconvénients. C'est une raison pour que les ouvertures que ferait le gouvernement français aux gouvernements des autres Etats, afin de généraliser le système d'un tariflibéral, trouvent partout un bon accueil.

— Nos exportations ne se sont guère améliorées en avril dernier. Les tableaux que publiait naguère le Moniteur font voir, sur la plupart des marchandises, une décroissance à laquelle font exception pourtant nos tissus et nos machines. Pour nos vins, la situation, en avril, est restée stationnaire. Quant à nos importations, elles se montrent en progrès très-marqués pour les sucres et les cafés, comme pour les matières textiles, les métaux bruts et les charbons, en un mot pour la généralité des articles qu'a dégrevés ou affranchis le remaniement de nos tarifs ou le traité avec l'Angleterre. Le cofon, en particulier, continue d'affluer chez nous en quantités toujours croissantes : 70 millions de kilogrammes en quatre mois, contre 20 millions l'an dernier. — Est-ce prévision

d'obstacles ultérieurs au trafic de ce précieux textile? Nous ne savons; mais il est certain que les arrivages dans les ports d'Europe, loin de se ralentir sous l'influence de la crise politique américaine, se sont, en dernier lieu, très rapidement développés. C'est toujours, bien entendu, le coton des États-Unis qui forme le gros de l'approvisionnement européen, les neuf-dixièmes au moins; les cotons de l'Inde, du Brésil ou de l'Egypte ne forment encore qu'un assez mince filet dans ce large courant cotonnier qui, des ports du Sud américain, vient aboutir aux ports d'Angleterre, de France et des mers du Nord, entre lesquels il se répartit dans des proportions si diverses.

Les relevés commerciaux du Moniteur présentent depuis quelques temps une innovation dont il faut savoir gré à l'administration des douanes. C'est le détail par principaux ports de nos expéditions à l'étranger. Le commerce pourra certainement trouver, dans ce perfectionnement de notre statistique officielle, de fort utiles informations. Constatons, en terminant, un résultat très-satisfaisant et nouveau par rapport aux six ou huit derniers mois, que font remarquer ceux du mois d'avril. La recette des douanes, à l'entrée, est enfin cette fois en augmentation ; elle a donné 9 millions 629,000 fr. contre 8 millions 956,000 fr. La perception sur le sucre y entre pour beaucoup.

- La mort de M. de Cavour a répandu dans le public une grande et légitime émotion. M. de Cavour meurt comme Mirabeau à l'aurore du gouvernement constitutionnel et au début de la révolution italienne, quand son esprit et sa main étaient encore nécessaires pour les diriger et les défendre. Heureusement, le gouvernement libre et l'indépendance de l'Italie ne sont pas plus à la merci du génie d'un homme que les principes de 1789. Cet homme d'Etat illustre laisse une page głorieuse à l'économie politique. Il a été le Turgot heureux du Piémont, ou, si l'on veut, son Robert Peel. Bien que les difficultés pour opérer les réformes économiques aient été moindres assurément dans ce dernier pays, elles étaient réelles néanmoins, et il n'a pas fallu moins que la forte et sage direction d'un pareil ministre pour mettre le Piémont dans la bonne voie. M. de Cavour n'était pas de ces hommes d'Etat qui parlent avec dédain de l'économie politique, alors même qu'ils la servent par des mesures partielles. Il l'aimait, la cultivait, la savait, et l'invoquait au besoin par son nom. Nous l'avons vu s'asseoir à notre banquet mensuel, et il était membre de notre Société d'économie politique. L'homme éminent, le grand ministre qui a introduit dans son pays les principes de la liberté commerciale, inspire parmi nous d'unanimes regrets.

Henri BAUDRILLART.

L'Administrateur-Gérant, GUILLAUMIN.

Paris, 15 juin 1861.

TABLE

DES MATIÈRES DU TOME TRENTIÈME

DEUXIÈME SÉRIE

No 14. Avril 1861.

Pages-

CoNDITION MORALE, INTELLECTUELLE ET MATÉRIELLE DEs oUvRIERS QUI VIVENT DE
L'INDUSTRIE DU CoToN.— Rapport fait à l'Académie des sciences morales et poli-

tiques. (Suite.) — Par M. LoUIs REYBAUD, membre de l'Institut..............
DU PRINCIPE DE PRoPRIÉTÉ. — Le juste. - L'utile. — (Suite et fin.) — Par
M. J. DUPUIT, inspecteur général des ponts et chaussées.....................
HISToIRE DU MINISTÈRE DE L'ALGÉRIE ET DEs CoLoNIEs. — Par M. JULES DUVAL...
LEs DIsCUssIoNs ÉCoNoMIQUEs DE L'ADREssE. — Par M. G. DU PUYNODE......... .

L'oUvRIÈRE. — Travail et Charité, par M. Jules Simon. — Compte rendu par
M. HIPPoLYTE DUssARD.......................................... .. .. -- ..
ÉcoNoMIE RURALE DE LA FRANCE DEPUIs 1789, par M. L. de Lavergne. - Compte
rendu par M. E. LECoUTEUx, membre de la Société impériale et centrale
d'agriculture de France.................................................
BULLETIN. — Opérations de la Banque de France et de ses succursales pendant
l'année 1860. Extrait du compte rendu par M. le comte de Germiny, gou-
verneur. - Observations par M. PAUL CoQ...............................
CoRREsPoNDANCE. — L'intervention de l'État dans les associations mutuelles jugées
au point de vue anglais et belge. - Par MM. SCRATCHLEY et WIssCHERs......
REvUE sCIENTIFIQUE — I. Nouvel alliage applicable aux usages industriels et à la
fabrication des monnaies d'appoint, de MM. de Ruolz et de Fontenay.
II. Nouveau procédé de fabrication de l'acier fondu et de régénération des vieux
aciers, par les mêmes. — III. Mémoire de M. Boussingault sur le guano. —
IV. Note de M. Coste sur le repeuplement du littoral français par la création
d'huîtrières artificielles. – V. Communication de M. Geoffroy-Saint-Hilaire à
l'Académie des sciences sur l'acclimatation et la domestication d'animaux
exotiques. - Par M. A. MANGIN. .........................................
BIBLIoGRAPHIE. - Études sur les divers systèmes pénitentiaires et projet d'un
Congrès international en Suisse, dans le but de traiter cette question, par
M. H. Nakwaski, ancien nonce à la diète de Pologne. — Compte rendu par
M. JULEs PAUTET............................. - - - - - - - - - - - - - - - - - - • - - - - - • -
BULLETIN FINANCIER. — Sommaire : Abaissement de l'escompte à Paris et à
Londres. – Augmentation à Paris du taux d'intérêt des bons du Trésor.
Crainte politique du côté de l'Italie, commerciale du côté de l'Amérique du
Nord. — Absence d'affaires générales sur toutes les bourses. — Assemblées
générales. - Dividendes votés ou probables. — Tableau des Bourses de Paris,
Lyon et Marseille. - Bilans de la Banque de France, du Comptoir d'escompte

2° sÉRIE. T.xxx. — 15 juin 1861. — Supplément. 35

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