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Paris. -- Typ. de Mme Ve Dondey-Dupré,

rue

Saint-Louis, 46. NOTES SUR LES OEUVRES DE CET ILLUSTRE MAITRE,

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ET SUR LES DRAMES DE CORNEILLE,
RACINE, QUINAULT, REGNARD, MONTLUC, MAILLY HAUTEROCHE, SAINT-ÉVREMOND,

DU FRESNY PALAPRAT, DANCOURT, LESAGE,
DESTOUCHES, J.-J. ROUSSEAU, BEAUMARCHAIS, ETC.;

OU SE MÊLENT DES CONSIDÉRATIONS

SUR

L'HARMONIE DE LA LANGUE FRANÇAISE,

PAR

CASTIL-BLAZE.

Ridendo , castigat aures,
SANTEUL, con variazione,

TOME PREMIER

PARIS

CASTIL-BLAZE, RUE BUFFAULT, 9.

1852

275 C. 27

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PRÉLUDE.

Rameau ne put jamais faire comprendre une seule phrase de sa musique à Voltaire; et pourtant ils écrivaient ensemble le Temple de la Gloire et Samson. La symphonie héroïque de Beethoven, les finales de Don Juan, le trio de Guillaume Tell, exécutés à ravir, ou bien un sac de clous avec adresse remué, secoué, tracassé, n'en doutez pas, seront pour nos poètes une seule et même chose. Comme les dilettantes de Ventadour, ils n'en feront

pas

moins de l'enthousiasme, quand on leur aura dit cent fois que c'est admirable, sublime, prodigieux. Les mots de chant, accord, mélodie, harmonie, cit, récitatif, mélopée, etc., seront jetés au hasard dans leurs épîtres et leurs dithyrambes. Frappant sans cesse à faux, ces vocables prouveront que nos rimeurs n'en connaissent pas la signification. Rassurons-nous; des prosateurs académiciens nous expliqueront à leur guise ces expressions qui, pour eux, sont des termes de chimie : leur glose arrivera pour embrouiller l'affaire.

Molière a parlé de la musique de son temps en homme instruit; ses comédies sont des monuments historiques bien précieux de notre art musical. Lisez, si vous voulez rire, lisez les drôleries que ce brave Auger, de l'Académie française, a fait tomber sur les pages de l'auteur du Sicilien, du Bourgeois gentilhomme, etc. Les commentaires d’Auger et de ses rivaux sont imprimés sur beau papier, avec illustrations, images et vignettes assortissantes ; et Molière, toujours caustique et malin, les traîne à sa suite pour les livrer au ridicule, jusqu'au moment où l'Académie française croira que son honneur l'oblige à mettre un terme à ce scandale révoltant.

Després, Le Duchat, Ménage, Bret, Nicot, La Harpe, Aimé-Martin, Petitot, se sont montrés prudents; ils ont gardé le silence, leur glose sur les auvres de Molière ne signale aucun des nombreux passages relatifs à la musique. Voltaire avait gardé la même réserve à l'égard de Corneille. Singuliers commentateurs qui prennent soin de nous expliquer ce que tout le monde sait, ou peut savoir, et se récusent toutes les fois que leur jugement serait indispensable. Cela ne vous rappelle-t-il pas la caricature des musiciens ganaches s'arrêtant à l'endroit difficile ? Oh! que des notes de La Harpe sur le bémol et le bécarre du Sicilien eussent été curieuses! Après l'inimaginable commentaire qu'il nous a donné sur Gluck et sur Grétry, ce butor académicien, ce digne rival de Geoffroy, devait aborder et traiter Molière avec la même impudence. Il faut avoir la fureur, la rage d'expectorer un fleuve, un océan d'absurdités sur la musique, pour les colloquer dans un cours de littérature. Quelle nécessité ? je vous le demande. N'est-ce pas tenir mal à propos de stupides propos ? Le rhéteur éloquent, le critique judicieux, spirituel même, dont nous avons ap

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