Images de page
PDF
ePub

faut les soumettre à l'un des procédés suivants. MM. Devergie et Orfila conseillent de précipiter ces derniers liquides par le gaz sulfhydrique , après avoir préalablement détruit ou précipité la matière organique par le chlore (Devergie), par l'alcool (Orfila), et ensuite d'agir sur le sulfure comme il vient d'être indiqné.

A. Procédé Devergie. Il consiste à décomposer les matières suspecles par le chlore, et à traiter les liqueurs filtrées par les réactifs, et, si les résultats sont négatiss, à précipiter le cuivre sur une lame de zinc par le gaz hydrogène naissant.

Manuel opératoire. Faites passer à travers les matières suspectes un courant de chlore, après les avoir préalablement ramollies ou dissoutes dans l'acide hydrochlorique, comme nous l'avons indiqué aux préparations antimoniales et mercurielles (pages 481 et 524), filtrez, essayez les réactions de sels de cuivre par l'acide sulfhydrique, l'ammoniaque, le cyanure jaune de potassium et de ser et la lame de ser. Si les résultats sont négatifs, immergez dans la liqueur une lame de zinc bien décapée, de 4 centim. de longueur, sur 1 centim. de large; ajoutez de l'acide chlorhydrique pour operer le dégagement de gaz hydrogène. Ce gaz réduit l'oxyde de cuivre en s'emparant de son oxygène, et ce métal se dépose sur la lame de zinc sous forme de couche brunâtre, qui devient rougeâtre après dessiccation. On la lave, on la dessèche au papier joseph, et on la traite rapidement par quelques gouttes d'acide azotique étendu d'eau. Il se forme du nitrale de cuivre, complètement dépouillé de matière organique; on évapore,à siccité; le résidu, dissous dans l'eau, offre les réactions du cuivre. Par ce procédé fort simple, ajoute M. Devergie, on se met à l'abri de toute erreur, de foule supposition relative au cuivre aormal ou habituellement contenu dans nos organes, nos aliments, etc., Cependant, si ces essais donnent des résultats négatifs, ii conseille d'évaporer les ijqueurs à siccité et de soumettre le résidu, ainsi que le tube intestinal. et autres matières solides ou molles au procédé suivant ou de l'incinération simple. Mais alors, ajoute-t-il encore, il resterait à démontrer, si le cuivre proš vient d'une préparation ingérée, ou si c'est du cuivre normal, question qu'on pourrait résoudre à priori, par la quantité relativement obtenue (voyez cuivre normal).

B. Procédé del'incinération simple. Il consiste à détruire les matières organiques par la chaleur seule, à traiter les cendres par

l'acide azotique et à constaler ensuite les réactions caracıé. ristiques de sel de cuivre.

Manuel opératoire. Les liquides étant préalablement évaporés à siccité, «t les matières molles parfaitement desséchées dans des capsules de porcelaine , projetez le résidu, parties par parties, dans un creusel aussi de porcelaine, chauffé au rouge-brun; tassez de tenips en temps la matière au fond du creuset , surtout si elle se boursoufle. La carbonisation opérée, divisez le charbon avec une baguette de verre et continuez à chauffer jusqu'à incinération complète. Les cendres, qui sont bleuâtres ou brun-marrou, lorsque la quantité de cuivre est un peu forte, renferment ce métal à l'état d'oxyde, de phosphate, etc. Introduisez-les dans un tube de 'verre; lavez-les à deux ou trois reprises, avec de l'eau distillée pure, afin de séparer les sels solubles; chaufiez le résidu avec quelqnes gouttes d'acide azotique; évaporez à siccité, pour chasser l'excès d'acide; reprenez le résidu par l'eau et constatez les reaccions des sels de cuivre par l'ammoniaque, le cyanure jaune, la lame de fer. Comme on opère ordinairement sur de petites proportions de poisons, il faut exécuter ces réactions, dans de petits tubes, sur des fragments de verre, avec des bagliettes imprégnées de la liqueur suspecle et des réactifs. Ce mode opératoire est en général suffisant pour constater la présence du cuivre. Cupendant, lorsque les matières renferment des sels terreux, de fer, de plomb, etc., il est nécessaire, avant d'essayer les liqueurs par les réactifs, de précipiter ces hases à l'état de cartonate par un excès de carbonate d'ammoniaque. La liqueur ammoniacale, filtrée et évaporce a sic'cite, laisse la préparation cuivreuse pour résidu.

C. Procédé de carbonisation par l'acide sulfurique. Nous avions appliqué ce procédé à la recherche du cuivre dans les matières organiques bien avant que MM. Flandin et Danger en aient donné communication à l'Institut. Nous pourrons nous étayer du témoignage de nos élèves. Les matières suspecies étant préalablement desséchées ou privées de leur humidité dans une capsule de porcelaine, ajoutez, après refroidissement «le 1/3 à 1/6ne d'acide sulfurique pur, et chaussez jusqu'à carbonisation (voyez page 328). Divisez le charbon, calcinez-le dans la capsule même, ou dans un creuset de porcelaine, jus. qua incinération, et traitez les cendres, comme dans le procédé de l'incinération simple, par l'acide azotique, ou sulfurique, etc. MM. Flandin et Danger emploient ce dernier acide. Par ce procédé, ils ont pu apprécier un cent millionième de cuivre.

D. Procédé de carbonisation par l'acide azolique et le chlorale de potasse. Les matières suspectes, molles ou liquides étant divisées et privées par évaporation, dans une capsule de porcelaine , de leur excès d'humidité, on les arrose avec envi. ron leur poids d'acide azotique, on chauffe jusqu'à ce qu'elles soient dissoutes , on ajoute 1/15 à 1/10 de chlorate de potasse et on carbonise, comme nous l'avons indiqué aux preparations antimoniales ou d'étain, pages 480 et 512. Le charbon, préalablement divisé, est incinéré dans la capsule même ou dans un creuset de porcelaine, et les cendres sont soumises aux mêmes manipulations que celles que nous avons indiquées au procédé d'incinération simple.

M. Orfila opère de la manière suivante : Faites bouillir les matières suspectes (celles des vomissements, le tube intestinal etc.) dans de l'eau distillée, pend, nt une ou deux heures; filtrez; évaporez les liqueurs à siccité; carborisez le résidu ayrc son poids d'acide azotique et 1/13 de chlorate de potasse (voyez page 479); divisez le charbon; chauffez-le pendant un quart d'heure avec de l'acide azotique étendu de son poids d'eau; filtrez; évaporez le liquide qui est jaune ou jaune-rougeâtre, à siccité; reprenez le résidu par l'eau bouillante et constatez les réactions du cuivre, etc. M. Orfila ne carbonise pas directement les matières suspectes par l'acide azotique et le chlorale de potasse, ne pousse pas non plus la carbonisation jusqu'à l'incinération, parce que, en opérant ainsi , on peut dil-il, obtenir le cuivre normal, et alors il n'y aurait plus pos. sibilité de savoir si ce métal provient d'une préparation cuivreuse ingérée. Par les mêmes raisons, il rejette les procédés de l'incinération simple, de carbonisation par l'acide sulfurique poussée aussi jusqu'à incinération, ainsi que celui de M. Devergie, c'est-à-dire, l'emploi des acides forts, qui enlèvent aussi, d'après lui, le cuivre normal aux matières organiques.

Réflexions sur ces divers procédés. Tous sont bons, mais d'exécution plus ou moins facile, et l'on peut, surtout à l'aide des trois derniers, déceler des quantités très-minimes de cuivre. Le procédé de l'incinération simple, comme le plus ancienneinent connu, est presque le seul qui ait été mis en usage dans le cas d'expertise légale; c'est le plus long, le moins facile à exécuter; mais aussi il expose à beaucoup inoins d'erreurs, en raison du moins grand nombre de réactifs. Le procédé de carbonisation par l'acide sulfurique est le plus prompt

, le plus facile, à la portée des personnes peu expérimentées. Il n'a pas, comme celui par l'acide azotique et le chlorate de potasse, l'inconvénient de la déflagration, de laisser de la potasse dans le résidu charbonneux, base qui nécessite quelquefois l'emploi d'une assez grande quantité d'acide pour dissoudre le cuivre, et si l'on ignorait cette circonstance les résultats pourraient être nuls. Ajoutons enfin que, dans ce dernier procédé, les liqueurs cuivreuses renferment aussi beaucoup de sel de potásse.

Relativement aux modifications proposées par M. Orfila, c'est-à-dire, de ne pas carboniser les organes directement, mais les decocés, et de ne pas pousser la carbonisation jusqu'a incinération, afin de ne pas confondre le cuivre ingéré avec le cuivre normal, il n'est pas facile de se prononcer, les opinions sur l'existence du cuivre normal étant encore contradictoires, comme nous le verrons ci-après. S'il était démontré que nos organes ne contiencent pas habituellement du cuivre, les modifications proposées par ce toxicologiste exposeraient à perdre la portion de poison que l'eau n'enlève pas aux tissus. Aduettrait-on même le cuivre normal, la quantité en est si infinitésimale ( 1/46 millième, d'après Devergie), que ce ne peut être une cause grave d'erreur, surtout lorsqu'on aura évité celle qui peut provenir des réactiss, des vases, etc. D'ailleurs ce n'est point sur des quantités aussi minimes qu'on peut affirmer qu'il y a empoisonnement. Plusieurs autres procédés, ont été proposés et même mis en pratique. 1o Dissoudre les matières suspectes dans l'acide azotique à chaud; evaporer à siccité; carboniser le résidu ; le reprendre par l'acide azotique étendu, etc. Ce procédé est moins bon, moins délicat que celui de l'incinération. 20 Mêler les matières avec la moitié de leurs poids de carbonate sodique, dessécher, puis incinérer. Les cendres, delayées dans l'eau , laissent, après décantation, de petites parcelles de cuivre. On pourrait enfin, comme essai, pour s'assurer si les matières sont cuivreuses, y laisser séjourner, pendant quelque temps, une lame de fer décapée, après les avoir acidulées.

Cuivre absorbé. Il n'y a pas bien longtemps que quelques toxicologistes croyaient à la non absorption des préparations cuivreuses, quoiqu'elles fussent employées dans des maladies où on ne pourrait expliquer l'effet thérapeutique sans admettre cet acte physiologique. M. Orfila dépose sur le tissu cellulaire de la cuisse d'un chien 8 grammes d'acélate de cuivre cristallisé, pend l'animal 78 heures après, et décele ce poison dans le foie, la rate, les reins, et en trouve à peine des traces dans l'urine. Mêmes résultats avec les sels de cuivre donnés à l'intérieur. L'absorption parait en être très-prompte, car ce toxicologiste, après avoir injecté dans l'estomac d'un chien 1 gram. 50 centigram de sulfate cuivrique (@sophage lié), a retiré le cuivre, 1 heure et demie après, des mêmes organes, ainsi

que du poumon et du cæus. MM. Flandin et Danger, ( 24 juillet 1842) ont constaté aussi, par leur procédé, l'absorption du cuivre, et l'ont rencontré surtout dans le foie et le tube intestinal. Il en existuit à peine des traces dans l'urine. Ils ont remarqué, en outre, que les chiens salivaient beaucoup; que la sécrétion bronchique était très augmentée, et, comme les

« PrécédentContinuer »