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animaux avalent leur salive, ils expliquent ainsi la présence du cuivre dans le tube intestinal, les sèces, etc., dans le cas où la préparation cuivreuse a été appliquée à l'extérieur; p'utôt que par le canal de la bile, car ce liquide en renfermait à peine des traces. Nous pensons qu'en general, on néglige un peu trop la muqueuse intestinale comme organe eliminateur. Les personnes qui ont disséqué savent que c'est par cette voie que l'écononie se débarrasse des gaz miasmatiques absorbés. La saveur particulière, les coliques, qui se manifestent dans les empoisonnements métalliques extèrnes, indiquent que ces poisons sont aussi éliminés par cette voie.

D'après ces chimistes, le cuivre serait à peine éliminé par les urines, à l'inverse de l'aršenic et de l'antimoine, et le serait au contraire par la muqueuse bronchique et buccale; il se localiserait , conime ces derniers métaux, dans le foie, et les lavages répétés ne l'enlèveraient pas non plus complétement aux organes.

Pour déceler le cuivre absorbé, MM. Flandin et Danger proposent leur procédé de carbonisation par l'acide sulfurique, et, M. Orfila, le procédé de carbonisation par l'acide azotique et le chlorate de potasse : mais, comme il s'est assuré, que les acétates, le sulfate de cuivre, introduits dans l'estoinac des personnes mortes, pénétraient par inbibition, et dans l'espace même de vingt-quatre heures (temps légal accordé pour operer l'autopsie), jusqu'au foie, à la rate, aux reins, aux poumons, au cœur, il propose, dans le double but d'éviter les erreurs qui pourraient résulter du cuivre provenant de cette source et du cuivre normal, de modilier ce procédé comme il suit: 19, il met d'abord à macérer ces organes dans de l'eau froide, pendant une à deux heures, liquide qui, à cette température dissoudrait le cuivre d'imbibilion et fort peu du cuivre absorbé; 2. fait ensuite bouillir ces organes dans de nouvelle eau , qui, à cette température, séparerait le cuivre absorbé et non le cuivre normal; évapore le décocté jusqu'à siccité et carbonise le résiilu par l'acide azotique et le chlorate de potasse. Il est évident qu'on perd ainsi la portion de cuivre absorbé et entraîné par l'eau froide, ainsi que celle que l'eau bouillante n'enlève pas aux organes , et qu'en fractionnant trop les opérations on s'expose à perdre beauconp de poison. D'ailleurs, nous doutons que ces subtilités toxicologiques puissent recevoir leur application dans la plupart des cas de médecine legale, surtout lorsque la putrefaction est avancée. M. Orfila rejette encore les procédés de l'incinération simple, de carbonisation par l'acide sulfurique , toujours dans le but de distinguer le cuivre absorbé du cuivre normal. Pain préparé ou sophistiqué avec le sulfate de cuivre.

Il est généralement admis, même dans les ouvrages les plus récents de toxicologie, que le sulfate de cuivre sert à confectionner le pain, dans le but de lui donner plus de blancheur, d'en augmenter le poids, en faisant absorber une plus grande quantité d'eau à la pâte. Enfin, ce sel aurait la propriété de faire bien lever le pain. Ces assertions sont erronées, et si, dans les expertises légales , on a rencontré du sulfate de cuivre dans le pain, c'est plutôt par erreur de nom , qu'il y a été introduit; c'est-à-dire que, sous le nom d'alun bleu (dénomination qui s'applique probablement à l'alun de rochie, peutêtre en raison de sa cas-ure bleuâtre), les boulangers ont employé le sulfate de cuivre : c'est ce que démontreraient les expériences suivantes. Nous ne prétendons pas dire par la que le pain puisse renfermer accidentellement du cuivre.

Les délégués du conseil de salubrité ont obtenu expérimentalement les résultats suivants. A. Un soluté d'alun, ajouté à la pâte, fait bien lever le pain, lui donne plus de blandheur, le rend moins compacte et cominunique à la croûte une couleur dorée luisante. Cette propriété découle sans doute de ce que l'alun, à la température du four, fond, se boursouflc beaucoup et se transforme ei alun calciné, qui est très-blanc. L'addition de l'alun, en petite quantité bien entendu, ve paraît pas rendre le pain dangereux. B. Quatre pains fabriqués avec 2 kilogram. de farine chaque et 60, 40, 20, 10 centigram. de sulfate de cuivre, lèvent mal, sont mais; le nu i est d'un vert désagréable, les nos 2 et 3 de couleur verte de moins en moins foncée. Le pain à 10 centigram. de sel, quoique de plus belle apparence, ne peut cependant' supporter la comparaison avec le pain fabriqué avec la même farine seule. Tous avaient une saveur désagréable, et donnèrent, par incinération, des cendres plus ou moins bleues , si ce n'est celles du n° 4, qui étaient à peine colorées. Ces cendres, traitées par l'acide sulfurique étendu d'eau, le soluté par l'acide sulfhydrique et le sulfure par l'acide azotique, ont donné une quantité de nitrate de cuivre à peu près correspondante à celle du sulfate ajouté. Ces faiis indiqueraient donc que le sulfate de cuivre ne peut être ajouté sciemment au pain dans le but qu'on lui attribue.

Dans plusieurs expertises légales pour reconnaître cette prétendue fraude, on a trouvé du cuivre, mais on n'a pas spécifié dans quel état de combinaison il se trouvait dans le pain. Dans la plupart de ces, cas c'est le procédé de l'incinération simple qui a été mis en usage. M. Orfila, prétextant que ce procédé est très long, puisqu'il exige plusieurs heures, même en n'opérant que sur 100 à 130 gram. de pain , propose la carbonisation directe par l'acide azotique et le chlorale de potasse, (voyez page 601). Il dit avoir souvent carbonisé ainsi 1 ou 2 kilogram. de pain ordinaire, non additionné d'un composé cuivreux, et n'avoir découvert la moindre trace de cuivre. Il ne s'explique pas sur la présence du cuivre normal dans le pain, s'il peut y être démontré ou non par le procédé de l'incinération simple, et nous verrons ci-après, que, par ce procédé, plusieurs chimistes ont retiré ce métal du blé, de la farine, et même du pain. Nous faisons cette remarque à dessein , par ce que, consulté dans un cas de médecine légale, par les bourgmestres de Bruges, sur du pain supposé sophistiqué avec un sel de cuivre, ce chimiste répondit que si les premiers experts n'avaient pas obtenu du cuivre, c'est qu'ils n'avaient pas poussé la carbonisation jusqu'à incinération ; en effet, il en obtint en opérant ainsi. Ce fait, avec les détails que nous avons donné en parlant des divers procédés, n'a pas besoin de commentaires.

Un point important, dans ce genre d'expertise, c'est d'analyser comparativement la farine qui a servi à la fabrication du pain, de s'assurer si elle n'a point séjourné, n'a point été préparée dans des vases en cuivre, si le levain n'a pas été mis à ser. menter dans des vases de même nature, si l'eau qui a servi à confectionner le pain n'y a pas séjourné, etc. MM. Theulen et Servan, appelés à analyser du pain qu'on croyait avoir été préparé avec du sulfate de cuivre et qui était taché de vert, démontrèrent que ces taches étaient réellement cuivreuses, mais que ce poison provenait des cylindres en cuiyre de la blaterie, qui avaient servi à moudre le blé, et dont les débris, mêlés à la farine, s'étaient probablement oxydés pendanț la fabrication du pain.

Effets toxiques des préparations cuivreuses. Le cuivre, bien décapé, et quel que soit son degré de division , n'est pas poison , ne s'oxyde pas non plus dans le tubę intestinal, quelle que soit la nature des matières alimentaires, ne produit enfin d'autres accidents que ceux qui résultent d'un corps étranger; il est expulsé plus ou moins de temps après son adıninistration, soit par les vomissements, soit par les selles. C'est ce que démontrent les observations chez l'homme et les expériences sur les animaux. Hévin en rapporte plusieurs exemples dans les Mémoires de l'académie de chirurgie. Thomas Bartholin ciie un cas où deux pièces de cuivre ne furent rejetées qu'après six mois par les vomissements. Lamothe parle d'un enfant qui, ayant avalé trois liards, les rendit le lendemain par les selles. Drouart fut appelé auprès d'un enfant, qui, en mangeant, avait avalé deux centimes; il lui fit prendre des choux, de la soupe et 1 grain d'émétique; le malade rendit les deux centimes 1 heure après avec leur brillant, mêlés aux choux. Un enfant avale une boucle en cuivre, et ne la rend par les selles que six semaines après, ternie en brun. Ses excréments étaient colorés en vert; cependant, Deyeux n'y a pas décelé du cuivre (Dubois). Drouart, M. Leforlier etc. donnèrent 8 à 52 gram. de cuivre très-divisé, réduit même par le gaz hydrogène (Lefortier) à plusieurs chiens. Il ne survint ancune incommodité. Les excréments, colorés ou non en vert, renfermaient le cuivre en nature, mais non à l'état d'oxyde, de sel. Il en a été de mêine lorsque la limaille a été administrée avec de la graisse, de l'huile, du vinaigre. Dans tous ces cas le cuivre a conservé son brillant ou s'est simplement terni en noir, par sa transformation en sulfure , d'après Drouart.

Tous ces faits prouvent, manisestement, que le cuivre ne s'oxyde pas dans le tube intestinal, qu'il n'est pas poison, n’acquiert pas, dans cet organe, des propriétés toxiques; que, par conséquent, les acciden is attribués à ce métal sont dus à ce qu'il a été donné en partie oxydė, comme dans le cas cité par Portal : c'est celui d'une personne qui aurait éprouvé du ténesme, des vomissements, des coliques atroces etc., pour avoir pris, progressivement, 20 centigram. (4 grains) par jour de liinaille de cuivre, sous forme pilulaire. La consistance molle des pilules, leur exposition à l'air, sont deux conditions les plus favorables à l'oxydation du cuivre.

Les oxydes, les carbonales, les phosphates de cuivre, les cendres bleues et aulres préparalions insolubles ne seraient peut-être pas toxiques, en raison niême de leur insolubilité; mais les expériences de M. Lefortier (page 597) démontrent qu'il en est tout autrement, parce qu'elles sont décomposées et transformées en sel soluble par les acides de l'estomac, des aliments, des boissons. Nous en exceptons le sulfure de cuivre, car nous ignorons s'il subit cette trausfor. mation, s'il peut devenir toxique.

L'arsenile de cuivre, quoique insoluble, est un poison très-acuif; les acides de l'estomac le transforment en sel de cuivre soluble et en acide arsénieux, il en résulle donc uue double causc d'empoisonnement.

Les acétates, le sulfate, le nilrate, les chlorures, les sels de cuivre ammoniacaux, enfin les préparations cuivriques solubles sopi, de toutes, les plus actives. 60 centigr.(12 grains) de verdet, intoxiquent le chien en 22 heures (Drouart).

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