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abondante évacuation de matières fécales verdâtres et d'urines sedimenteuses. Enfin l'état s'améliore, le pouls devient régulier, l'expression de la ligure est assez bonne, les ulcères de la bouche sont en voie de cicatrisation, la deglutition est plus facile ainsi que la parole, et, malgré un paroxysme qui surviat le 7me jour, avec horripilation , gêne à la région précordiale, suivi de vomissements abondants d'une matière verdâtre, mê lée à des caillots sanguins, la malade entra en convalescence Je Gae jour, et, un mois après, elle était complétement rétablie. On a décelé le cuivre dans la partie liquide des vomissements et du verdet dans la partie solide. Il est à remarquer que les matières de vomisseinent n'ont pas toujours offert la couleur verte, ne contenaient pas toujours du poison; que mênje celuici n'a été complétement expulsé de l'estomac que vers la fin du 7me jour, ce qui dépend peut-être de ce que le verdet est peu soluble et qu'il avait été pris à l'état solide; c'est ce qu'in. diqueraient les ulcérations de la muqueuse buccale. (Guillo ainé, médecin à Prades.)

Observation VIII. Le 4 février 1843, à neuf heures du matin, Philibert déclare , à la mairie, qu'il vient de s'empoisonner avec du vert-de-gris mêlé à du vin. Il est pris, au bout de quelques minutes, de vomissements dans les matières desquels un pharmacien présent reconnaît, ainsi que dans un reste de liquide que le malade portait dans une bouteille, une énorme quantité d'acétate de cuivre. Transporté à l'hôpital, on lui fait boire une grande quantité d'eau albu. mineuse , jusqu'à onze heures du matin, époque à laquelle on peat administrer le proto-sulfure de fer hydraté. Avant l'administrativa de cette préparation ferrugineuse, le malade offrait l'état suivant : Vomissements fréquents ; diarrhée; coliques violentes; ventre météorisé; pouls petit; sueurs froides ; céphalalgie ; altération des facultés intellectuelles

. Deux cuillerées de proto-sulfure de fer toutes les demi-heures; eau albumincuse pour boisson; lavements émollients; sinapismes au jambes. Le soir, à neuf heures, commencement de réaction ; vomissements; diarrhée; ventre moins douloureux. Bain; proto-sulfure de fer toutes les heures. Le 5, nuit assez calme, Le malade n'a pas vomi depuis plusieurs heures; diarrhée ; pouls à 90, plein ; douleurs vives à l'épigastre ; ventre tendu. Vingt sangsues sur l'abdomen; bain;

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boisson albumineuse; lavements émollients, Le 6, amélioration marquée, plus de voinissements; deux selles pendant la nuit; ventre sensible à la pression ; pouls à 75. Bain: eau gomméo; lavement; bouil. lon léger. Le 7, le malade ne souffre presque plus. Il quitte l'hôpital, bien portant, après y avoir été retenu quelques jours par mesure de police. (Gazette méd. 1844. D' Roussilhe).

M. Lartigue, en discutant ce fait d'empoisonnement, accorde beaucoup de confiance aux neutralisants chimiques; et, d'après lui, l'eau albumineuse, l'eau sucrée aupulleraient, avec toute la certitude possible, l'action toxique des préparaLions cuivreuses. Dans le journal de médecine de Bordeaux, il rapporte que deux malheureux ont été arrachés à une mort certaine par le seul emploi de sucre. Aussi, d'après lui, on aurait tort de remplacer ces neutralisants par d'autres inoins communs et moins usuels. Il pense que les vomitifs, aidés de boissons, ne peuvent pas expulser, dans tous les cas, l'agent toxique de l'estomac. Dans combien de cas, ajoute-t-il, ces moyens vulgaires sont restés impuissants, tandis que les contrepoisons ont produit un calme général, et, par suite, une réaction salutaire, pendant laquelle, un mouvement péristastique s'établissant, a amené le rejet de matières nuisibles, annihilé ainsi l'effet local du poison. Ces considérations générales ont quelque chose de vrai; mais prises au point de vue pratique, elles perdent de leur valeur. Car le premier soin du médecin, c'est de faire expulser par les vomissements ou par les selles la substance toxique, et ce serait perdre un temps bien précieux que d'attendre le neutralisant chimique avant de remplir ces deux indications: Combien de fois même la nature ne s'est-elle pas suffi à elle seule. Si le poison est soluble, son expulsion par les vomissements sera bien plus complète avant qu'après l'emploi du contre-poison, le nouveau composé étant insoluble; el ensuite, comme nous l'avons déja indiqué, il n'est pas toujours inerie. Nous ne prétendons pas par la rejeter les contre-poisons.

Observation IX. Le fils d'un peintre, âgé de trois ans, lèche complétement une capsule pleine de vert de schéele. Une demi-heure après, il est dans une grande agitation, court dans la chambre en criant, et se plaignant de violentes coliques; vomissements fréquents; selles abondantes; face livide; anxiété; sueurs froides; langue et lepres barbouillées de vert ; ventre rétracté ; corps fléchi en deux, comme chez les personnes qui souffrent de coliques violentes ; soif très-vive. Eau froide pour boisson ; 15 grammes de sesqui-oxyde de fer hydraté delayé dans de l'eau chaude et administré en quatre doses. Environ une heure après l'emploi de ce médicament, les vomissements et la diarrhée cessent, et, une demi-heure plus tard, la soif et les douleurs abdominales. Le lendemain au matin, le malade était très-bien, sauf un grand abattement, qui disparut après plusieurs jours (Spath, Archiv.génér. 1842)

Observation X. Un enfant d'un an mordit à plusieurs reprises dans une tablette d'encre verte (contenant du vert de schéele): immédiatement, vomissements dans lesquels on distingue des morceaux de ceite encre; ventre non tuméfié, non douloureux; pouls non fréquent; pas de mouvements convulsifs; l'enfant repose sur les bras de sa mère. Cinq minutes après, vomissements de même nature. Sirop d'ipécacuanha; blancs d'aufs convenablerent delayés dans de l'eau sucrée; lait. Bientôt l'enfant commença à se plaindre, le visage devint påle, de fait, le ventre se météorisa sans devenir douloureux ; le pouls prit beaucoup de fréquence, la peau se refroidit, le malade refusa de rien prendre, et resta dans un abattement complet. Il survint bientôt une diarrhée assez copieuse, à la suite de laquelle l'enfant recouvra la pleine Santé. (M. Lewinstein, Gazette des hôpit. 1842.)

Il n'est pas facile, dans ces deux observations, de faire la part de l'acide arsénieux et de l'oxyde de cuivre, de distinguer, enfin, ce qui appartient à chacun de ces poisons, puisqu'ils ont le même mode d'action. Observons cependant que, dans l'intoxication arsenicale , il y a presque toujours constipation, par conséquent la diarrhée peut bien être attribuée au cuivre.

Observation XI. Un jeune homme de seize ans, après avoir travaillé, pendant neuf jours consécutifs, à imprimer des fonds avec le vert arsenical, fut pris de coriza, de mal de tête ; les narines, les lévres, les paupières devinrent gonflées, empâtées, se couvrirent d'une éruption de boutons rouges ou jaunes, à base dure. Le lendemain et les jours suivants, il eut de violentes coliques, une faiblesse muscolaire extrême, et l'cedème des boutons analogues à ceux du visage, se manifestèrent aux bourses. Ces symptômes cédèrent au bout de huit jours, et le malade se rétablit.

D'après M. Blandet, auteur de cette observation, ces accidents s'observent chez les ouvriers des fabriques du vert de schéele, chez les imprimeurs de fond avec ce vert, et surtout chez les satineurs, parce que, en brossant les imprimés, le vert arsenical se dégage dans l'air sous forme de poussière. L'intoxication peut aussi avoir lieu par les mains quand elles sont excoriées. Ce médecin conseille, comme moyen curatif et prophylactique, le sesqui-oxyde de fer. Il serait mieux de garantir les organes du contact du composé arsenical.

EMPOISONNEMENT PAR LES PRÉPARATIONS DE PLOMB.

Le plomb, les oxydes, les acétates, le carbonate, le chromate, telles sont les préparations les plus importantes à connaître, non qu'elles soient souvent employées comme poisons, mais

parce que, d'un usage fréquent dans les arts et en médecine, elles peuvent donner lieu à des accidents graves, à une intoxication spéciale, la colique des peintres, etc.

Plomb. Solide, d'un gris bleuâtre, assez éclatant, très-mou; il se laisse facilement couper et rayer, tache le papier par frottement, imprègne les doigts d'une odeur spéciale, se ternit, perd son éclat à l'air et se couvre d'une couche grisâtre. Sa densité est de 11,445. Il fond à 332, et, si c'est à l'air, passe successivement à l'état d'oxyde gris, jaune, rouge. Ces caractères peuvent facilement être constatés sur un charbon ardent. Il se dissout dans l'acide azotique, et la dissolution offre les réactions des sels de plomb.

Le plomb s'oxyde facilement à l'air humide, est facilement attaqué par les boissons acides, l'eau aérée, les matières organiques. Christison, qui a vérifié les expériences de GuytonMorveau, c'est-à-dire, l'action de l'eau sur ce niétal, est arrivé aux résultats suivants : L'eau distillée, privée d'air, est sans action sur le plomb; l'eau distillée aérée, par conséquent les eaux

Oxydes de PLOMB. 1° Le sous-oxyde est cette poudre griscendré qui se forme sur le plomb exposé à l'air humide. 20 le protoxyde ou oxyde plombeux anhydre est en poudre jaune (massicot); à l'état d'hydrate, il est en poudre blanche, un peu soluble dans l'eau et cristallisable. La litharge est le protoxyde de plomb fondu mêlé à du plomb, à du carbonate; elle est en petites écailles, micacées, rougeâtres, plus ou moins brillantes; d'après son aspect, elle est désignée sous les noms de litharge d'or, d'argent. 3° l'oxyde plombique, deuto ou bi-oxyde, minium, composé, d'après les chimistes français, de proto et de sesqui-oxyde, est en poudre d'un rouge assez éclatant. 4° le suroxyde plombique, sesqui-oxyde, oxyde puce, est en poudre brun foncée.

Caract. chimi. Ces divers oxydes sont très-pesants et insolubles dans l'eau. 1° Chauffés entre deux morceaux de braise, ils passent, le puce à l'état de minium, celui-ci à l'état de massicot, et, en définitive, tous se réduisent en globules métalliques qui, après refroidissement, sont entourés d'une poussière jaune et rouge. Ces globules ont pour caractère, de se laisser diviser avec la pointe d'un canif, et d'offrir alors l'aspect métallique du plomb; ils se dissolvent complétement dans l'acide azotique, et le soluté présente les réactions des sels plombiques, 2° l'acide azotique dissout le proto, transforme le deuto en proto-nitrate et en sesqui-oxyde ; celui-ci est inattaquable par cet acide. 4o enfin, l'acide chlorhydrique convertit le proto en chlorure, ainsi que le bi et le sesqui, mais, dans ces deux derniers cas, avec dégagement de chlore.

CARBONATE DE PLOMB, céruse, blanc de plomb. Solide, en morceaux, en pains ou en poudre, blanc, très-pesant, d'une saveur styptique, imprégnant les doigts d'une odeur plombique. Chauffé entre deux fragments de braise, il se réduit en globules métalliques comme les oxydes. Il se dissout dans les acides acétique, azotique, avec effervescence, dégagement du gaz carbonique, et donne un acétate, un nitrate qui offrent les caractères des sels de plomb. Si la céruse était sophistiquée avec du carbonate de chaux, son soluté dans l'acide nitrique serait pré

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