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120 centig., en deux fois, dans l'espace de douze heures; la première dose ne produit aucun effet; après la seconde, l'animal paraît inquiet, refuse toute espèce de nourriture, ne s'appuye que sur les pattes de derrière, éprouve des coliques violentes, est en proie à des souffrances horribles, et meurt trois jours après. Pas de lésion dans le tube intestinal. Les excréments donnent du plomb à l'analyse (Patois, journal chimique médical, 1837.)

Chromate de plomb. Un chien avale avec avidité une pâtée claire de viande dans laquelle on a incorporé 120 gram, (4 onces) de chromate de plomb; sept minutes après, il est pris de vomissements répétés de matières jaunâtres, suivis de convulsions très-violentes, qui se terminent par un tournoiement continuel pendant une demi-minute, et succombe en roidissant les membres. L'estomac, le duodénum, les intestins. grêles, rongés dans toute leur étendue, renserment une couche légère de poison. Le cerveau et les méninges sont fortement congestionnés, surtout vers la moelle épinière; poumons rosés; cæur vide de sang.

Les acétates, et probablement aussi les autres sels plombiques solubles, ne paraissent être guère actifs, ce qui dépend peut-être de ce qu'ils forment avec le mucus intestinal, avec la plupart des matières organiques liquides ou solides, et mêine avec l'eau ordinaire, des composés insolubles, et qu'ainsi, ils sont en grande partie expulsés par les vomissements ou par les selles, ou plutôt moins promptement absorbés. D'après M. Canuet, l'acétate de plomb, introduit dans l'estomac d'un cochon d'Inde (@sophage lié), à la dose de 12 gram. (3 gros), détermine la mort en trois heures. Les principaux symptômes sont : évacuations alvines; mouvement convulsif pendant trois quarts l'heure, qui se sont terminés par iin tournoiement continuel. 1 l'autopsie, muqueuse æsophagienne et gastrique rouge ou violacée; poumons sains; cerveau et moelle épinière très injecés. Dans une autre expérience, ce même sel, à la dose de 5gram. (1 once et 1/2), dissous dans 90 gram. (3 onces) d'eau, produit des vomissements verdâtres, une grande agitation, des évacuations alvines, des mouvements convulsifs et la mort. L'estomac et le duodénum étaient enflammés et tapissés d'une couche de sel plombique, le cerveau et la moelle épinière peu injectés. D'après M. Orfila, l'acétate de plomb dissous, à la dose de 20 à 30 gram., serait mortel pour les chiens en vingt ou trente heures, l'æsophage et la verge étant liés. Lorsqu'il laissait à ces animaux la faculté de vomir, cette dose était quelquefois insuffisante pour produire la mort. Un chien s'est rétabli neuf jours après l'ingestion de 32 gram. d'acétate de plomb dissous. Un autre a succombé en sept heures sous l'influencede 48 gram. de ce sel solide et pulvérisé. Il a constaté, comme principaux symptômes et altérations pathologiques : vomissements répétés et avec grands efforts de matières blanchâtres ou bilieuses; soif ardente et persistante; abattement; et, dans quelques cas, des selles et des mouvements convulsifs, c'est surtout lorsqu'il liait l'œsophage; rougeur vive ou noirâtre générale ou par plaques des tuniques internes du tube intestinal, lésions que ce toxicologiste considère comme de nature inflammatoire; dans quelques cas, décoloration ou coloration grisâtre de la muqueuse, qui était tapissée d'une couche membraniforme ou granuleuse, et offrait une traînée de granulations blanchâtres disposées en chapelet, visibles seulement à la vue simple, les trois premiers jours, à la loupe le quatrième, et colorables en noir par l'acide sulfhydrique. Cette couche et ces granulations seraient un composé plombique et de matières organiques.

D'après MM. Flandin et Danger, Rognetta, 10 gram. d'acétate de plomb seraient insuffisants pour tuer un lapin; il en faudrait 12 à 15 gram , et une plus forte dose pour les chiens. Ils ont constaté des vomissements blancs, laiteux, spumeux, caractéristiques; tantôt diarrhée, tantôt absence des selles et même constipation; abattement profond ; quelquefois, mais rarement, des mouvements convulsifs, des contractions mus. culaires vers le dernier moment de la vie; jamais des selles sanguinolentes; la muqueuse gastro-intestinale était comme tannée et offrait une sorte de couche, d'enduit d'un blanc grisâtre, et lorsque la pénétration du poison n'était que partielle et moins étendue en surface, une traînée de points éclatants ressemblant jusqu'à un certain point à des follicules muqueux hypertrofiés, mais s'en distinguant par leur blancheur.

M. Boulay fait administrer à un cheval 250 à 300 gram. d'acétate de plomb liquide; il survient des coliques de peu de durée, et, comme symptôme le plus remarquable, la paralysie des muscles laryngés et pharyngés. Ces conduits semblent être convertis en tubes inertes; les liquides passent en partie dans l'estomac et les poumons ; l'insensibilité de la muqueuse laryngée est telle que l'animal ne semble pas avoir conscience de l'erreur du lieu, ne manifeste pas la moindre toux, le moindre signe dyspnéique, asphyxique; quelquefois cependant, lorsque la dose du sel est un peu forte, l'animal tombe d'une seule masse, au bout de quelques minutes, les poumons alors ne pouvant opérer l'hématose. Lorsque la mort n'est pas immédiate, il survient des symptômes généraux en rapport avec l'étendue de la lésion de l'appareil respiratoire. A l'autopsie, muqueuse pharyngée, glottique et épiglottique sèche, ridée, jaunâtre et recouverte d'un coagulum de même couleur, adhérent; poumons infiltrés du sel plombique, plus durs, plus friables, offrant, à la coupe, des marbrures jaunâtres que l'acide sulfhydrique colore immédiatement en noir. Les intestins sont aussi tapissés d'un coagulum jaunâtre adhérent, et le diamètre des intestins grêles diminué à ce point que c'est à peine s'il est possible d'y introduire le doigt. Nous devons ces détails à l'obligeance de M. Lassaigne.

L'injection, dans la veine jugulaire d'un chien, de 65 centigram. (13 grains) d'acétate de plomb du commerce dissous dans 6 gram. d'eau, ont produit trois ou quatre inspirations profondes et une mort immédiate sans douleurs ni convulsions. Ouvert sur-le-champ, le cæur, qui battait avec force, renfermait, dans ses deux cavités, du saugfluide; les poumons étaient roses et crépitants. 25 centigram. (5 grains) du même sel ont déterminé la mort en cinq jours. Les effets se sont déclarés seulement le troisième jour. Il y a eu de l'abattement, refus d'aliments, difficulté de marcher; de temps en temps de très-légers mouvements convulsifs, une grande faiblesse. Les poumons et l'estoniac étaient sains. 50 centigranı (10 grains) du même poison ont occasionné immédiatement de la suffocation, une grande gène de la respiration, un écoulement de sérosité roussâtre par la bouche, et la mort en trente-cinq minutes, sans vertiges, ni convulsions, ni paralysie. Poumons livides par plaques, plus denses, peu crépitants ; cæur vide se contractant à peine; les autres organes sains.

M. Gaspard ayant injecté dans la veine jugulaire, en une ou deux fois, une dose insuffisante d'acétate de plomb dissous, pour tuer un chien, 5 à 10 centigram. (1 à 2 grains), il s'est manifesté, dès les premiers jours, un état de malaise, puis de la fièvre avec soif, narines sèches, perte d'appétit, de l'abattement, ensuite de l'amaigrissement, une espèce d'état scorbutique avec hémorragies passives des muqueuses intestinale et vésicale. Les matières fécales, les urines étaient noires, fétides. L'animal a succombé du cinquième au septième jour. Les poumons étaient ecchymosés par plaques, de même que les intestins grêles, lesquels, ainsi que les gros et la vessie offraient un enduit muqueux noirâtre.

Quant aux faits recueillis chez l'homme, Dupuytren, MM. Fouquier, Gendrin ont donné l'acétate de plomb cristallisé, à la dose de 60 centigram. à 1 gram. sans accidents, sans déterminer l'empoisonnement aigu, et Rivière et Gardner, à celle de 4 à 8 gram. (1 ou 2 gros). Desbois de Rochefort parle d'un Anglais qui aurait pris un verre d'eau de Goulard assez concentrée pour de l'orgeat, sans être incommodé. Dussaussoy cite un fait semblable. Nous verrons cependant des doses moindres de ce sel, mais fractionnées, produire l'empoisonnement lent. Un soldat, pour se guérir d'une diarrhée, prit, dans da lait, 2 dragnies d'acétate de plomb, en deux fois; peu de temps après la première dose, douleurs intestinales avec sentiment de distension autour de l'ombilic; après la seconde, ces symptômes deviennent plus aigus; le malade est pris aussitôt de vomissements bilieux, de perte de la parole, de délire, de Bueurs abondantes, de ralentissement du pouls, quarante pulsations. Il s'est rétabli, à l'aide des délayants et des cathartiques (Christison). Dans les trois observations que nous rapportons aux faits pratiques, la dose du poison n'est pas déterminée ; mais on peut la fixer, à priori, à celle de 20 à 50 gram. Un seul a succombé. Les symptômes ohservés sont : pâleur, défaiilance syncopale, précédés ou suivis de vomissements; anxiété précordiale; pouls Saible, filiforme, ralenti; altération des traits; douleurs, coliques abdominales avec sentiment de constrictions, de distension; abattement général; lassitudes, engourdissement des membres; pas de selles, et même constipation; et enfin quelquefois aphonie, frismus, convulsions. Un seul malade a succombé, le troisième jour de l'intoxication; le corps était d'un jaune pâle, le ventre fort dur et très-contracté, presque la totalité du tube intestinal et autres viscères abdomiDales étaient enflammés (Observ. V). Ces lésions n'étaient probablement que des congestions sanguines passives. Cependant, dans un empoisonnement criminel (questions médico-légales), la muqueuse gastrique était rouge de feu et corrodée en certains points; contractée, ratatinée, plissée, ecchymosée en d'autres; la muqueuse duodénale et des petits intestins brune noirâtre, les valvules conniventes, les muquenses cacale, rétale couleur lie de vin ou rouge cerise.

De quelques observations chez l'homme et des expériences sur les animaux, on peut conclure, je crois, que les prépara tions plombiques sont des poisons per actifs et fort peu irritants, qu'elles donnent lieu aux mêmes effets dans l'empoisonnement lent et aigu, effets variant seulement dans leur plus ou moins grande intensité; qu'elles agissent spécialement sur le système nerveux de la vie organiqne et de la vie de relation, et probablement aussi sur le sang. Pour valider ces conclusions, nous pourrions nous étayer des symptômes gastro-intestinaux qui ne sont pas inflammatoires, de même nature e: fin que ceux qu'on observe dans l'empoisonnement par les autres poisons minéraux, et qu'il en est probablement de même quant aux lésions, lesquelles ne nous paraissent être qu: des phénomènes congestionnels. Ajoutons enfin que las se's plombiques solubles

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