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querel n'en cite qu'un seul cas. En l'absence d'altérations pa. thologiques, il la considère comme une névralgie saturnine, siégeant sur les filets nerveux de la vie de relation, ou provenant de cette partie de la moelle qui préside à la sensibilité. Dans le rhumatisme aigu, il y a gonflement, rougeur, douleur à la pression, réaction fébrile, etc. ; dans le rhumatisme chronique, la douleur est erratique, saute sacilement d'un membre à un autre ; dans la névralgie idiopathique la douleur siége et suit seulement le trajet des cordons nerveux, n'est pas aussi mobile, etc.; dans la courbature, la douleur est vague, générale ou partielle. Ces caractères et surtout les circonstances antérieures, sa coïncidence avec d'autres formes saturnines, ne permettent pas de confondre l'anthralgie avec ces nialadies.

PARALYSIE et ANESTHÉNÉSIE SATURNINES. La première consiste dans l'abolition du mouvement volontaire, la seconde dans celle du sentiment. Différentes l'une de l'autre, ces deux affections peuvent exister isolément ou simultanéinent. Elles se développent sous les mêines influences que la colique, et surtout chez les personnes exposées pendant longtemps aux émanations plombiques; aussi sont-elles précédées de caractères prodromiques très-marqués.

La paralysie peut affecter les divers muscles de la vie de relation. Sur cent deux cas, M. Tanquerel l'a observée quatre-vingt-dix-sept fois sur les membres supérieurs, quinze sur les inférieurs, deux sur les muscles intercostaux, un sur les muscles sterno-mastoïdien, pectoraux et grand dorsal. Chez ces individus, l'aphonie s'est manifestée seize fois et le bégaiement ou difficulté de la parole treize. Elle siége sur les muscles eztenseurs et s'annonce par des lassitudes, un sentiment de pesanteur, de froid, d'engourdissement, de faiblesse, de brisure, par un tremblement léger des parties qu'elle doit envahir. Trèsrarement elle débute brusquement. Sur deux cents cas, elle a été précédée qualorze fois de coliques. Quand elle est déclarée, les malades éprouvent un sentiment de lourdeur, de fatigue des parties paralysées, surtout dans les circulations où passept

les muscles affectés, quelquefois la sensation d'un froid glacial appréciable au toucher. La sensibilité persiste, est abolie ou affai. blie, Les lésions fonctionnelles des mouvements sont en rapport avec celles des muscles affectés. Sa marche est ordinairement lente, progressive; elle peut mettre depuis quelques heures jusa qu'a quinze jours à se dessiner, puis rester stationnaire, diminuer ensuite insensiblement ou durer des jours, des années et même toute la vie. Elle est d'autant plus facile à guérir qu'elle est moins étendue, plus récente, l'individu plus jeune, et a eu moins d'attaques. Elle peut guérir spontanément, quoique rarement. Musgrave cite un cas de guérison après dix ans. Le mort est due, le plus souvent, à des complications, si ce n'est dans la paralysie des muscles intercostaux, qui est promptement mortelle. L'aphonie et même la perte de la parole ne doivent pas inspirer de vives inquiétudes. Elles suivent ordinairement la marche de la paralysie des membres, qu'elles accompagnent assez souvent et dont elles n'aggravent pas le pronostic. Lorsque la maladie se prolonge, le pouls devient faible, mou, lent, le sang séreux, peu riche en fibrine, les parties paralysées flasques, létries, érnaciées, la peau på!e, livide, jaune, terreuse, rude au toucher ; l'épiderme s'écaille; les muscles diminuent de volume, se relâchent, s'atrophient et contrastent d'une manière très-marquée avec le relief des muscles voisins non affectés ; car la paralysie peut être partielle ou bornéc seu lement à un système de muscles. Enfin surviennent le marasme général, des infiltrations partielles ou générales, etc. Elle est considérée par Boerbaave, Baglivi, Broussais, comme sympathique de la colique saturnine; par Astruc, Bordeu, comme siégeant à l'origine des nerfs; par M. Tanquerel des Planches, en l'absence d'altérations pathologiques, comme une maladie nerveuse plombique, ayant son siège dans les cordons postérieurs de la moelle, origine des nerfs des muscles du mouvement. On n'a trouvé qu'une plus grande quantité de sérosité dans le canal rachidien, et les muscles, flétris, atrophiés, décolorés, ont donné du plomb (Devergie). D'après les membres et les parties affectées, M. Tauquerel établit plusieurs variétés de paralysie saturnine.

L'anasthénésie saturnine consiste dans la perte de sensibilité des organes de la vie de relation. Comme la paralysie, avec laquelle elle peut exister sur le même individu, elle peut affecter des parties distinctes. Sur vingt-trois cas, quatre fois elle occupait la profondeur des muscles, sept fois elle était bornée à la peau, et douze fois à l'ail. Elle débute tantôt sans prodromes, ou est précédée d'un léger engourdissement, tantôt au milieu d'une colique, le plus souvent au milieu d'une paralysie du mouvement, quelquefois enfin elle succède à l'antrhalgie. Toujours partielle, elle n'envahit que quelques points du ventre, du cou, de la poitrine, des membres, ou successivement ces diverses parties. Elle est complète ou incomplète

. Lorsqu'elle est bornée à la peau elle acquiert son summum d'un moment à l'autre. Sa durée dépasse rarement huit à quinze jours. L'anasthénésie profonde est moins mobile. On s'assure alors de cette affection, parce que les organes affectés sont insensibles au froissement dans les positions forcées, à des aiguilles enfoncées dans ces parties. Lorsqu'elle coïncide avec la paralysie, elle peut siéger sur les mêmes parties ou sur des points différents d'un membre, occuper une région opposée ; si c'est avec l'antchalgie, elle ne siége pas nécessairement sur les mêmes parties. Enfin, sur une même région du corps, on peut observer à la fois ces trois formes saturnines. L'anasthénésie est sans réaction félorile, sans accidents cérébraux, à moins qu'elle ne se complique d'encéphalopathie. Cette affection n'est pas grave par elle-même. Son siége, d'après M. Tanquerel, est dans la partie de la moelle qui préside à la sensibilité. On n'a pas trouvé de lésions

ENCÉPHALOPATHIE SATURNINE. Considérée, par quelques auteurs, comme une complication de la colique de plomb, par d'autres comme une forme distincte, elle est caractérisée par le délire, le coma, les convulsions accompagnés ou non de la perte de un ou plusie:irs sens, et consiste, par conséquent, dans l'exaltation, la perversion de la sensibilité et des mouvements volontaires. D'après M. Tanquerel, c'est une névrose de l'encéphale, apyrétique, et à physionomie très-mobile, cosome les autres affections saturnines. Son début peut être brusque, mais, le plus souvent, elle s'annonce par une violente céphalalgie, des vertiges, de l'insomnie, des rêves, des hallucinations bizarres, des troubles passagers de l'ouïe, de la vue, des terreurs soudaines, et surtout par un air hébété, iriste, soucieux. Ces prodromes, chez un ouvrier en plomb, ou affecte de coliques, doivent faire craindre l'invasion de l'encéphalopathie. Sur soixante-douze cas, six fois elle a débuté seule et quarante-deux fois elle a été précédée de colique. Cette maladie varie beaucoup dans son expression fonctionnelle ; cependant le délire, les mouvements brusques, désordonnés ou convulsifs, l'assoupissement, l'affaissement des facultés intellectuelles sensoriales et locomotives en forment le caractère dominant. Aussi, M. Tanquerel a-t-il admis l'encéphalopathie à forme 10 délirante, 2° convulsive, 30 comateuse; formes qui, en raison de quelques modifications, ont été subdivisées en plusieurs variétés.

La forme délirante est la plus fréquente. Le délire est léger ou profond, partiel ou général, continu, rémittent ou intermittent, tranquille ou furieux. Dans le premier cas, le facies a l'aspect bizarre, étonné; les réponses sont alternativement raisonnables et incohérentes ; les malades marmottent des paroles inintelligibles, sont gais ou tristes, loquaces ou silencieux, ont des hallucinations des sens. Dans le délire furieux, le facies est contracté, les yeux sont hagards, les malades crient, vociferent, insultent, menacent leurs voisins. Leur parole est brusque, saccadée, incohérente, le timbre de la voix plus énergique, le pouls irrégulier, les mouvements désordonnés, choréiques, spasmodiques, tétaniques. Les delives furieux et tranquilles ont une marche irrégulière, alternent entre eux, sont interrompus par de la somnolence, et parviennent bientôt à leur minimum d'intensité.

Forme comateuse. Soit au milieu de leur occupation, soit après la colique ou autre affection saturnine, les individus tombent subitement dans un état comateux. Ils sont immobiles, ramassés sur eux-inêmes, les yeux à demi fermés, ron.. flent par intervalles, poussent quelques gémissements sourds,

sont sourds aux questions. Si on les pince fortement, ils se réveillent pour retomber presque aussitôt, font, de temps en temps, quelques mouvements automatiques. Presque toujours précédée de la forme convulsive ou délirante, le plus souvent elle n'apparaît qu'après plusieurs attaques épileptiformes.

Forme convulsive. Assez fréquente, elle existe rarement seule. Les convulsions sont partielles ou générales, irrégulières, le plus souvent épileptiques, tétaniques ou cataleptiques, ce qui forme quatre variétés. Dans la première, la face, l'un des côtés du corps seulement, ou plusieurs membres, sont pris d'un tremblement général, bientôt remplacé par des se cousses spasmodiques, brusques, désordonnées, suivies d'une roideur générale. La figure est égarée, påle; les yeux fixes, immobiles, secs ; la parole impossible. Au bout de quelques minutes, un état de calme, d'assoupissement survient, la raison après, et les malades racontent ce qu'ils ont éprouvé pendant l'attaque. Dans la variété épileptiforme, on n'a pas conslaté l'aura epileptica. Elle prélude par quelques symptômes cérébraux, est constituée par de violentes secousses spasmodi. ques, des mouvements alternatifs d'extension et de flexion des membres, par des roideurs tétaniques du tronc, du cou, d'un seul côté ou de deux côtés à la fois. Il y a trismus, la respira tion est saccadée, costale, stertoreuse ; une salive écumeuse et sanguinolente est expulsée avec bruit; la langue est ordinairement déchirée, la face violette; les veines du cou sont gonflées; enfin survient l'état de résolution momentanée. Dans la variété cataleptique, les malades, inmobiles dans leurs lits, les yeux fermés, ne donnent aucun signe de sensibilité, quand on tiraille ou brûle leur peau. Les membres, placés dans la position la plus gênante, la conservent pendant quelques secondes ou minutes. Cet état est interrompu par des mouvements tétaniques de la durée de quelques minutes.

La marche, la durée, la terminaison de l'encéphalopathie sont irrégulières, insidieuses. La forme délirante, comatique, convulsive, et inême leurs diverses variétés peuvent se réunir, alterner, se remplacer de diverses manières, sans ordre

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