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vase ;

un vase en fopte, par un effet galvanoplastique le plomb est revivifié et se dépose non-seulement à la surface de la fonte, mais encore en pénètre les porosités. Par le décapage au sable, à l'acide azotique, on dissout bien le plomb précipité sur les parois du vase, mais non celui qui a pénétré dans les interstices. Si ensuite on carbonise dans ce vase, ainsi décapé, des matjères organiques exemples de plomb, le charbon cependant renferme de ce métal, parce que celui-ci alors se liquéfie, surgit en petits globules à la surface du vase, et se mêle au charbon. M. Orfila, dans un Mémoire qu'il a publié après les débats judiciaires de l'assaire Pouchon, adniet la plupart de ces faits, mais il conteste que le plomb infilıré dans les pores de la fonte puisse se mêler au charbon des matières organiques qu'on y carbonise à la chaleur rouge. D'après lui, ce métal se liquéfie 'en esfet, sort des

pores

du mais au lieu de se mêler au résidu charbonneux, il tapisse les parois de la fonte, et l'on peut le dissoudre par l'acide azotique. Ces résultats différents tiennent probablement à ce que M. Orfila n'aura pas remné le résidu charbonneux jusqu'à complet refroidissement. Les inculpés ont été condamnés aux travaux forcés.

Nous aurions youlu présenter quelques réflexions sur ce ras de médecine légale; mais nous avons déjà trop consacré aux préparations plombiques. Nous ferons remarquer cependant, combien il importe, dans tous les cas d'expertise, de s'assurer, par les lavages, si le tube intestinal, les matières suspectes, ete., ne renferment pas des poisons insolubles ; de s'assurer exp. rimentalement de la pureté des réactifs; d'agir séparément sur le tube intestinal et sur les autres organes ; d'opérer les carbonisations dans des vascs en porcelaine. Les matières supposécs avoir été vomies par Pouchon nous paraissent trop impures pour tirer de leurs analyses des conclusions affirmatives. Les petites paillettes qui tapissaient l'estomac et qui offraient les plus grands rapports avec la litharge auraient dû être conservées pour être soumises à une nouvelle analyse. On ne peut non plus affirmer que le plomb trouvé dans les organes ne provenait pas des terres du cimetière, parce que l'acide acétique ne

dissout pas toutes les préparations plombiques. Les expériences auxquelles les experts ont soumis les matières suspectes sont insuffisantes, comme nous le démontrerons plus tard, pour affirmer qu'elles ne renfermaient aucun poison de nature or-, ganique. L'affaire Pouchou a soulevé les questions toxicologiques suivantes.

A. Les préparations plombiques solubles ou insolubles peuvent-elles être administrées dans un but criminel, dans du vin, dans une salade ? Cette question peut avoir deux solutions différentes. M. Rognetta ayant introduit 8 gram. d'acétate de plomb dans une bouteille de vin, dans une salade, le vin est devenu trouble, épais, et les deux aliments ont acquis une saveur si repoussante, qu'il faudrait avoir le goût le plus dépravé pour les prendre. Il en serait ainsi, quoique d'une inanière moins marquée, pour les oxydes, les carbonates, quoi. que insolubles, avec des liquides, des aliments fortement acides. Cependant, lorsque les boissons sont peu acides, on pent faire dissoudre dans ces liquides une certaine quantité de litbarge, pour les rendre toxiques, pour produire l'empoisonnement lent, même, dans quelques cas, l'empoisonnement aiga (voyez faits pratiques), sans que cependant ces liquides contractent une saveur désagréable. C'est ainsi qu'ont lieu les accidents nar le vin, le cidre, adoucis par la litharge on par leur séjour dans des vases en plomb.

B. Les composés plombiques insolubles sont-ils toriques ? Les oxydes, le carbonate, les préparations enfin attaquables par les acides de l'estomac, des aliments, ne donnent guère lieu aux accidents de l'empoisonnement aigu, chez les animaux, qu'à la dose de 30 à 60 gram. D'après M. Dupaquier de Lyon, les composés insolubles, non attaquables par les acides, ne seraient point toxiques, et à la dose de 15 à 60 gram. ne produiraient pas plus d'effet que le sable : c'est ce dont il s'est assuré sur les chiens avec les l:orate, tannate, phosphate, tartrate, oxalate, sulfate, les sulfures naturel et artificiel. Cependant, d'après Orfila, les deux premiers sels se dissoudraient dans de l'eau acétique, et tous dans le chlorure de sodium et

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quelques gouttes d'acides acélique ou chlorhydrique. Si cette assertion était vraie, ces sels, administrés dans ces conditions, pourraient, sinon produire l'empoisonnement aigu, du moins l'empoisonnement lent.

C. Une préparation plombique ayant été administrée à un individu comme médicament, depuis douze, quinze, dix-huit mois, ses organes peuvent-ils donner du plomb à l'analyse chimique? Cette question, dans l'affaire Pouchon, résolue affirmativement par les uns et négativement par les autres, est extrêmement importante. Les sels plombiques solıbles et même insolubles, d'après Orfila, forment, avec nos tissus, un composé insoluble, sans qu'on sache encore d'une manière certaine dans quel état ils s'y trouvent. MM. Orfila, Dupaquier, ont retiré du plomb du tube intestinal des chiens auxquels ils avaient donné de l'acétate de plomb, soit par la bouche, soit en lavement, le premier, dix-sept jours, et le second, environ un mois après. Dans le cas d'encéphalopathie, de paralysie saturnines, le cerveau, les muscles fournissent aussi de ce métal. Si l'affection saturnine peut récidiver quoique les

personnes ne soient plus exposées depuis un, deux ans et plus aux émanationis plombiques, il faut bien admettre que

le plomb est resté pendant ce laps de temps dissimulé dans les organes. Nous verrons enfin que, chez les individus qui ont été soumis pendant un certain temps à l'usage du nitrate d'argent, la peau, les autres organes prennent une couleur brune, et peuvent donner, douze, dix-huit mois après avoir cessé l'usage de ce médicament, de l'argent à l'analyse. Cette question, de la plus haute importance toxicologique, nous paraît donc devoir être résolue affirmativement quant au płonb, à l'argent.

D. Une personne ayant une affection chronique du tube intestinal nécessairement mortelle succombe, il y a soupçon d'empoisonnement, on trouve du poison dans les organes; la mort est-elle due au poison, ou à la maladie organique antérieure? Cette question s'est présentée deja aux préparations cuivreuses ; nous n'avons pu la traiter, parce que le fait n'était qu'énoncé. Dans l'affaire Pouchon, les experts ont été divisés d'opinion. Le poison, d'après les uns, a été la cause déterminante ou efficiente de la mort. D'après les autres, les symptômes étaient ceux que Pouchon avait déjà éprouvés, mais seulement exagérés. Il est difficile de se prononcer, puisque les symptômes n'ont rien osfert de particulier, et qu'à l'autopsie on n'a pas non plus trouvé de lésions spéciales à tel ou tel poison. Dans le doute, il vaut donc mieux rapporter les symptômes à la lésion organique. Nous ferons remarquer, cependant, que les individus atteints d'une affection cancéreuse ou ulcéreuse de l'estomac s'éteignent soit lentement et par émaciation, c'est-à-dire par défaut d'alimentation, soit promptement, et ordinairement à la suite d'une imprudence dans les aliments, etc. Mais alors l'assection organique offre des traces de lésions récentes, telles quedéchirures, ruptures de vaisseaux, etc. Ces lésions n'ont pas été constatées dans l'affaire Pouchon, et les premiers experts, à cause même de l'absence de ces lésions, ont attendu le résultat des recherches ultérieures pour se prononcer.

E. Quelle est la dose toxique des préparations plombiques solubles ? Cette question ne peut être résolue d'une manière absolue. D'après les expériences sur les chiens, il faudrait 15, 30 gram. d'acétate de plomb pour produire l'intoxication; cependant, nous verrons aux faits pratiques que quelques centigram. de litharge, dissoute dans le vin, ont suffi pour produire des accidents graves, l'empoisonnement lent, et même, dans quelques cas, l'empoisonnement aigu. L'activité de ces poisons, comme celle de beaucoup d'autres, serait donc variable selon les circonstances dans lesquelles ils seraient admjnistrés, etc.

AFFAIRE Merle (Alger). Cette affaire, dont nous ne pouvons juger que par l'extrait d'un rapport lu à la Société' médicale de La Rochelle par M. Lesieure, pharmacien major et professeur de chimie à Alger (1832), est celle de la femme Adrien Merle, qui fut prise tout à coup de coliques atroces, auxquelles succédèrent des vomissements, de déjections alvines sanguinolentes, et qui succomba. A l'autopsie, la muqueuse estomacale était d'un rouge de feu ou cérise, corrodée en quel

qués points, plissée, ratatinée en d'autres, ecchymosée çà et là, et la duodénale de couleur brune noirâtre, comme sphacélée. Les petits et les gros intestins offraient aussi des traces d'inflammation, mais à un degré moindre. Le tube intestinal et les matières qu'il contenait, incinérés enseinble ou séparément avec de la potasse, ont donné un produit charbonneux griz foncé et de globules métalliques de la grosseur d'un grain de millet, qui, dissous dans l'acide azotique, offraient les réactions des sels plombiques. Une portion de drap tachée de jaune et de rouge, incinérée avec de la potasse, n'a fourní aux réactifs que des précipités indiquant la présence du fer. Parmi les matières suspectes, le marc du café, trouvé dans une cafetière, n'a pas donné les caractères du plomb par l'eau distillée, tandis que, incinéré avec de la potasse, comme le tube intestinal, il a offert les mêmes réactions plombiques, mais plus faibles. Deux fioles renfermaient aussi un sel de plomb. Les experts concluent que les symptôines éprouvés par la femme Merle sont ceux d'un empoisonnement et que le poison est un sel de plomb. L'extrait du rapport est trop abrégé, trop peu circonstancié pour que nous puissions le commenter, le discuter.

Faits pratiques. Le nom de Saturne, donné au plomb, indique qu'il est anciennement connu; cependant, les accidents que ce métal peut occasionner par suite de ses usages dans l'économie domestique, étaient ignorés des peuples anciens, puisque Caton, Pline, Columelle, étc., parlent de l'usage habituel d'évaporer le inoût de raisin dans des vases en plomb pour le convertir en sirop, d'introduire des plats de ce métal dans le vin pour en saturer l'acide, l'empêcher de passer à l'aigre. C'est peut-être ce dernier usage, encore suivi dans le dernier siècle, dans plusieurs contrées de l'Europe, pour la bière, le cidre et autres boissons acides, qui a conduit à frelater le vin par la litharge.

Nicandre, et après lui les autres auteurs grecs, romains et arabes, décrivent les accidents occasionnés par l'ingestion du minium, de la litharge, du carbonate, accidents qui, comme

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