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Poitou, de Madrid, de Dewonshire, etc., selon le lieu, la cause présumée de cette affection. Il est à peu près démontré que ces accidents dépendaient de ce que ces boissons avaient été préparées et conservées dans des vases en plomb ou fraudées avec une préparation plombique, la litharge, par exemple, afin d'en masquer la saveur acide. Ces usages, autrefois trèsfréquents en Allemagne, en Angleterre, le sont moins de nos jours; aussi cette maladie est-elle moins commune. Un individu eut des coliques violentes après avoir bu quelques verres de liqueur trouble, ce qu'il n'avait pas éprouvé lorsque la liqueur était claire. On trouva, enchatonnés au fond de la bouteille, 10 grains de plomb qui, peu à peu, s'étaient carbonatės, de telle sorte qu'il ne restait plus qu'un petit noyau au centre (Dr Hanle). Apparemment que le plomb s'étaitoxydé avant l’in. troduction de la liqueur dans le vase, car il n'est personne qui n'ait bu sans accidents du vin d'une bouteille où sc soient trouvés plusieurs grains de plomb. Il serait prudent, cepen. dant, de remplacer ce métal par lout autre corps non nuisible. Bourdelin, eu 1775, cut à traiter, au faubourg Saint-Antoine, cinquante-quatre malades atteints de colique épidémique qu'il attribua au vin lisbargiré. Des ouvriers éprouvèrent des coliques vives après avoir bu du vin; plusieurs même faillirent succomber. Le marchand avoua naïvement au docteur Tessier, chargé de faire un rapport sur cette affaire, avoir ajouté de la litharge au vin pour lui communiquer une saveur sucrée. L'analyse donna environ 5 centigrani. (1 grain) d'acétate plombique par bouteille. Dans la maison de Newcastle, en Hanovre, trente personnes, après avoir bu du vin blanc plonubique, éprouvèrent la colique saturnine, plusieurs même eurent des rechutes, du delire, des attaques épileptiformes qui les conduisirent au tombeau. Du temps de Musgrave, d'Huxam, on observait assez souvent une colique semblable que ces auteurs attribuaient aux boissons aigres. G. Backer, frappé de la différence qu'il y a entre le suc de pomme et la qualité vénéneuse du plomb, de l'analogie de la maladie avec celle que proiluit te métal, démontra, en présence de plusieurs membres de l'A

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cadémic de Londres, que le cidre renferinait du plomb:18 bouteilles donnèrent 4 grains 1/2 de ce métal. Le plomb sefvait, en effet, a sceller, à doubler les moulins, les cuves, les pressoirs des tinés à écraser les ponimes, à conserver le suc; les fermiers introluisaient même dans ce liquide des morceaux de plomb alin d'en retarder la fermentation acide. Les habitants des contrées voisines, qui ne suivaient pas ces usages, n'ciaient pas sujets à celle espèce de colique, quoiqu'ils bussent du cidre très-aigre, Ce chimiste dit que plusieurs propriétaires du comté de Kent, ayant fait bouillir du cidre dans des vases en p'onib, ou l'ayant conservé dans des coves de ce métal, furent aiteints de la colique

saturninc. John Hunter attribue la colique de plomb, autrefois si fréquente à la Jamaïque, à l'usage du rhum disưille dans des alambics de plomb.

Les matières alimentaires servent assez sonvent d'excipient aux molécules plombiques, à leur introduction dans l'écono. mie. Les ouvriers qui niangent les aliments conservés dans les fabriques de céruse, de minium, sont plus pronplement affec, tés de coliques; un broyeur en fut atteint au bout de quelques jours pour avoir mangé du pain que ses camarades avaient saupoudré de.céruse. Les aliments préparés avec de l'eau conservée dans des vases en plomb ont produit la colique saturnine cbez une famille entière. D'après Gmelin cettc affection se serait développée par l'usage du pain dans lequel on avait introduit de la céruse, et, d'après Gaubius, par du beurre mêlé alissi avec cette préparation plombique. Combalusier attribue la coligne qu'il a observée chez neuf jardiniers, à Montrouge, à l'usage du pain cuit dans un four chauffé avec de vieux treillages peints en vert avec de la céruse et du verjet. Les mêmes accidents, attribués aussi à la même cause, auraient été observés à Marly. De la poussière des potiers, mêlée aux aliments des chiens, proluit aussi la colique saturnine chez ces animaux. Barruel a constaté des symp!ômes abdominaux graves chez une personne qui avait mangé une andouille cuite dans une chaudière couverte d'un vicil étamage; cet aliment contenait du plomb. En 1775 a régné à La Rochelle une eolique violente dont la ressemblance avec la saturnine fit supposer à Senac qu'elle provenait de vases mal étamés. On ne se servit plus de ces vases et elle cessa. MM. Lazunaga et Hernandez attribuent la colique de Madrid à une cause semblable.

Les bonbons, les papiers qui servent à les envelopper, colorés avec les oxydes, les sels de plomb, peuvent déterminer la colique saturnine; il en est de même du chocolat, de la vanille, etc., enveloppés dans des seuilles en plomb, conservés dans un lieu humide. Des accidents graves ont été aussi constatés par les sirops, les mellites, l’eau-de-vie décolorés par l'acétate plombique (Cadet Gassicourt, Boutigny).

Les préparations plombiques et surtout les acétates, employés comme médicaments, ont occasionné très-fréquemment les accidents saturnins. Plusieurs auteurs en citent des exemples : un malade, atteint d'expectoration purulenie, prit, sur l'avis d'un apothicaire, pendant six jours, et trois fois par jour, du sucre de saturne, à la dose de 25 centigr. (5 grains) ; l'expectoration se supprima dès le moment où la colique se déclara, et celle-ci s'accompagna de la paralysie du bras (l'issor). Un homme, affecté de gonorrhée, prenait , d'après l'avis d'un barbier, du sucre de plonb, à la dose de 60 centigr.(12 grains). Il en avait consommé 3 drachmes, dans l'espace de quinze jours, et la gonorrbée était presque suppri:rée, lorsque se déclarèrent la colique saturnine et la paralysie des pieds et des mains. Backer parle d'un gonorrhéique chez lequel le sucre de saturne était administré à l'intérieur et en injection, qui , au bout de quelques jours, fut pris de vomissements, de coliqnes, de coastipation, de suppression d'urine, de douleurs névralgiques dans les menubres; symptômes qui résistèrent aux antiphlogistiques, et furent combattus par les purgatiss. A ces faits, nous pourrions en joindre encore bien d'autres, où l'acétate de plomb, donné dans les cas de goutte, de fièvre intermittente, de po!lutions, de gonorrhée, a produit les accidents saturnins. M. Tanquerel des Planches rapporte l'observation d'un jeune bomme, qui, pour une hypertrophie du cœur, fut mis à l'usage de l'acétale plombique, d'abord à la dose de 3 grains les quatorze premiers jours, et ensuite à celle de 24 grains pendant six jours, et qui, à cette époque, fut atteint de colique saturnine dont il guérit. Environ un mois après on lui donna, pendant quelque temps, le sel de plomb, à la dose de 30 grains, et il fut de nouveau atteint de colique, avec paralysie complète des inembres supérieurs, exaltation de la sensibilité, émaciation des parties paralysées, et succon ba à peu près trois mois après, à dater de la première colique. Chez un jeune étudiant, trois pilules d'acétate de plomb de 5 centigr. chaque auraient occasionné des accidents assez graves pour nécessiter une expertise légale. M. Leridon donne à un malade, trois jours de cuire, 30 centig. d'acétate de plomb neutre; le quatrième jour la colique la plus violente se déclare accomp:gnée d'icière, de constipation, de rétraction du ventre, et ne ce le qu'au traitement de la Charité (Trousseau). Un jeune homme, pour un écoulement blennorrhagique, fut souniis a l'usage de plusieurs grains d'acétate ploinbique par jour. Vers la fin du premier mois de ce traitement, des attaques de colique se déclarèrent, revinrent à diverses reprises, et, à la fin du second mois, la maladie saturnine se confirma. Prise d'abord pour une indigestion, pnis pour une inflammation, les antiphlogistiques, les opiacés furent employés sans succès. D1. Fizeau, par les renseignements, la nature des symptômes, l'insuffisance de antiphlogistiques, reconnut une colique saturnine, laquelle céda au traitement de la Charité.

Après avoir énuméré les principales circonstances dans lesquelles peut s'esfectuer l'empoisonnement lent par le plomb, circonstances que le praticien ne doit pas perdre de vue, soit pour le diagnostic, soit sous le point de vue de l'expertise lé gale, terminons par quelques observations d'empoisonnement aigu, malheureusement fort incomplètes.

Obserration IV, Rébecca Adam, âgé de vingt et un ans, faible, délicate, ayant des chagrins d’ainour, prit, pour se suicider, pour quatre sous de sucre de plomb : aussitôt vomissements, douleurs d'estomac et des intestins. Elle sent ses jambes engourdies et crie qu'elle va mourir, perd connaissance. Transportée à l'hôpital, une demi-heure après,

elle était dans un état de faiblesse extrême; vi:age påle; yenx cernes de noir, lèvres livides cl crispées; peau chaude, humide; pouls faible, filiformé ; hoquet. La nature de poison étant connue, on lui injeciá dans l'estomac, à l'aide de la pompe, une pinte environ d'un insuse préparé avec 15 gram (4 gros) roses de Provins, cau, 1250 gram. (I litre et 1/2), additionné d'acide sulfuriqne étendu, 12 gram. (3 gros), sucre, 45 gram. (1 once et 1/2), dans le but de transformer l'acétate de plomb en sulfate insoluble. Après avoir retiré le liquide, on lit coucher la malade, et on appliqua des fomentations chances aux jambes, aug pieds. Ces moyens rappelèrent la patiente de la mort à la vie. Une heure après, 30 gram. d'huile de ricin ont produit des selles alondantcs. Le lendemain, il s'est déclaré une fortc fièvre, une douleur intense au creux de l'estoinac. Mixture saline, sangsues, résicatoire à la région du caur. La maladc a éprouvé un grand soulagement, et a quitté l'hôpital bien portante, si ce n'est un battement remarquả: ble aux tempes, qu'elle avait avant l'accident. (Boyrenson, Gazet. méd. 1839).

Obserration V. Le 23 avril 1816, Bax, tambour du quarantesixièine, passionné pour le vin, but une fiole remplie d'extrait de sa turne qu'il trouva dans la chambre d'un de ses camarades; il deviat d'abord extrêmement påle, se plaignit de constipation, d'anorexie, d'une grande lassitude des extrémités, d'un abattement général. Le 24 ces symptômes augmentèrent. Le 25 au matin il cut des coliques qui allèrent en augmentant, avec sentiment d’étranglement et de contraction du ventre, des nausées, de fortes convulsions, des sucurs froides visqueuses avec aphonic, trismus. Fomentations chaudes avec la jusquiame et la camomille. Le malade put à peine prendre des boissons à cau:e du resserreincnt des mâchoires, et succomba le 26 å six heures et demi du soir.

Autopsie : Corps d'un jaune pâle; ventre fort dur et très-contracté, estomac fortement phlogosé, ses vaisscaux très-congestionnés. ct sa muqneuse macérée çà et là, sourtout vers le pylore. La partie inférieure de l'cesophage, le duodénum et le jéjunum, la portion ascendante et transverse du colon, le pancréas, une portion de mésentère, la rate, la face conoïde du foie étaient également enflammés. La vésicule du fiel renfermait beaucoup de bile. (Kerkhofli, Gazette de santé, 1820.)

Si l'on rapprochait ces lésions de celles qu'a offertes Adrienne Merlê (page 694), ainsi que les animaux empoisonnés par

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