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sublimé corrosif, sauf la salivation, ne sont point en rapport avec l'activité supposée de ce poison chez l'honime, puisqu'il est insoluble et que la dose n'a guère dépassé celle qui peut être administrée comme médicament.

Expériences sur les chiens. 4 à 6 gram. de nitrale de bismuih pulvérisé, déposé sur le tissu cellulaire d'un chien, déterminent une inflammation locale et la mort en vingt ou quarante-huit heures, sans autres symptômes qu'un grand abattement. Le soluté de 60 à 75 centigr. de ce sel, injecté dans la veine jngulaire, produit de la gêne de la respiration, des moulvements convulsifs des membres, de l'abaitement et la mort en huit ou quaranie huit heures. Les poumons sont congestionnés en quelques points. Le nitrate pulvérisé, à la dose de 6 à 8 gram., le sous- nitrale à celle de 10 grain., ingérés dans l'estomac, sont mortels en douze, quarante-quatre heures. Ils provoquent des vomissements, de la gêne de la respiration et un grand abattement. A l'autopsie, la muqueuse gastro-intestinale enflaipmée, ulcérée, se detachait par lambeaux; les poumons étaient fortement congestionnés, hépatisés. De ces expériences M. Orfila conclut que les sels de bismuth agissent coinme irritants locaux, qu'ils sont absorbés et ont une action spéciale sur le système nerveux, les poumons. D'après M. Mayer, 4 gram. de nitrate de bismuth intoxiquent les chats en six heures. En outre des symptômes précédemment observés, il cite la cessation des mouvements du cæur, la paralysie des extrémités postérieures. Il a trouvé à l'autopsie une couche gélatiniforme sur la muqueuse gastrique. Ces faits démontreraient que le nitrate et même le sous-nitrate de bismuth, quoique insolubles, sont doués d'une assez grande activité.

Trailement. Le même que pour les autres poisons inorganiques. Donner des boissons albumineuses, lactées, dans le but de décomposer le nitrate de bismuth, de le précipiter à l'état insoluble. Coinme ce sel est transformé en sel acide par l'eau, il conviendrait peut-être de suspendre un peu de magnésie calcinée dans ces boissons.

EMPOISONNEMENT PAR LES PRÉPARATIONS D'ARGENT.

Le nitrale d'argent cristallisé est en lames hexaédriques, translucides, incolores; le nilrate d'argent fondu ou pierro infernale, en petits cylindres, gris-ardoisé, à cassure radiée. Ces deux sels sont inodores, tachent la peau en brun-violacé, brunissent à la lumière, se réduisent même au bout d'un certain temps, s'ils sont mêlés à des matières organiques. Déposés sur un morceau de braise incandescent, ils déflagrent vivement, dégagent des vapeurs nitreuses, laissent une tache d'un blanc mat (argent), qui, gratiée avec la pointe d'un canif, prend le brillant argentin. Cette tache se dissout à chaud dans l'acide azotique, et le soluté offre les réactions du nitrate d'argent.

Le nitrate d'argent cristallisé et fondu sont très-solubles dans l'eau distillée. Lesolutéqui cst limpide, incolore, âcre, caustique, à réaction neutre ou acide, lisse un dépôt d'un brun-noirâtre sur le goulot du vase, et colore anissi les matières organiques. Il précipite, 10 par l'acide sulfhydrique, les sulfhydratos, en noir (sulfure d'argent); la liqueur est surnagée par petites pelicules noirâtres à re flet métallique; 2 par la potasse, en brun-olive (oxyıle d'argent), complétement soluble dans l'ammoniaque et l'acide azotique purs, et réductible sur les charbons ardents; 3° par l'acide chlorhydrique, les chlorures alcalins, en blanc cailleboulé (chlorure d'argent), insoluble dans l'eau, l'acide azotique à froid er à chaud, soluble dans l'ammoniaque, fusible et indécomposable par la chaleur seule, se colorant en noir violacé à la lumière. Ces réactions sont certainement suffisantes pour caractériser les sels d'argent. On pourrait encore ajouter qu'ils précipitent en jaune par les arseniles et les phosphales ; en ronge-brique par les arséniales; en rouge carmin par les chromates, etc. Par l'évaporation, on reconnaîtrait que c'est un nitrate aux caractères déjà indiqués.

Si la dissolution était trop étendue pour donner ces réactions, il faudrait la concentrer, ou bien encore précipiter l'argent à

de

l'état de chlorure par l'acide chlorhydrique ou le clılorure de sodium. Le chlorure d'argent, lavé et desséché, serait réduit, soit en lc chauffant avec du flux noir dans un tube on un creuset de porcelaine, soit par le procédéile Turner on le gaz liydrogène, comine nous l'avons indiqué par le sulfure d'antimoine, page 477, en ne faisant passer le gaz hydrogène que lorsque le chloruie commence à entrer en fusion et prend une teinie rougeâtre. Il se forme de l'acide chlorhydrique qui se dégage, et l'argent reste adhérent aux parois du tube en couche blanche.

Lorsque la pierre infernale contient du cuivre, elle deviert verelâtre à l'air humide. Si elle était sophistiquéc avec da charbon, de la plombagine, du sesqui-oxyde de manganèse ou tout aulre corps insoluble, on pourrait isoler ces corps insolubles par l'eau distilléc. Si enfin elle était fabriquée arec de l'axolate de potasse, après l'avoir dissoute dans l'eau distillée, on précipiterait l'argent par l'acide chlorhydrique, et, après filtration et évaporation, on obtiendrait ce sel cristallisé.

Niirates, d'argent et matières organiques. Les solutés d'argent sont décomposés par la plupart des matières organiques, non seulement en formant avec elles un coinpose insoluble, mais encore par les carbonates, les tartrales, les chlorures, les phosphates, qui précipitent l'argent à l'état de scl insoluble Le vin de Bourgogne est troublé, et, après quelques jours de contact, donne un dépôt violacé. Le thé, les solulés albumineux, le lait, le bouillon, la bile donnent des précipités diversement colorés. Les sels solides réagissent aussi sur les matières organiques solides on molles, les colorent en brun. La lumière accélère ces réactions auxquelles l'acide azotique n'est probablement pas étranger. Elles sont promples, complètes, puisque M. Orfila, dans un mélange de nitrate d'argent et de matières organiques, n'a pu, un mois après, déceler ce poison dans la partie liquide.

Analyse. 1" Examiner si, dans les matières suspectes, dans les dépôts des liqueurs, à la surface du tube intestinal, il n'y a

point une poudre blanche (chlorure, carbonale, etc., d'argent) qu'on séparerait par les lavages. 20 filtrer les parties liquides, les précipiter par l'acide chlorhydrique ou le chlorure de sodium, laver, dessécher le précipité, le chausser de même que celui obienu ci-dessus avec de l'eau régale pour le priver de matière organique et le transformer en chlorure qu'on réduirait ensuite soit par le flux noir, soii par le gaz hydrogène. 3° dessécher les matières solides, le tube intestinal, etc., les carboniser ensuite soit par l'acide sulfurique, soit par l'acije azotique et le chlorate de potasse, soit par incinération simple. Dans le premier et dernier procédé, il serait nécessaire de chauffer les cendres avec de la polasse ou de la soude pour réduire l'argent qui pourrait se trouver à l'état de chlorure. Dans tous, les cendres, exactement lavées à l'eau distillée, donneront de l'ar. gent en petits globules ou parcelles. On pourrait d'ailleurs l'isoler en traitant les cendres à chaud par l'acide azutique.

. M. Devergie précipite les liqueurs par le chlorure de sodium, chaufle les dépôts, les matières solides avec de l'acide chlorhydrique dans une capsule de porcelaine jusqu'à ce qu'elles soient dissoutes, délaye le produit dans l'eau et laisse déposer. Le chlorure obtenu, dans les deux cas, est lavé, dessé. ché et réduit par le gaz hy Irogène.

M. Orsila précipite aussi les liqueurs par lc chlorure de sodium, etc., met à digérer dans de l'ammoniaque les dépôts, les parties solides, dans le but de dissoudre les sels d'argent qui pourraient être combinés avec elles; sature le soluté ammoniacal par l'acide hydrochlorique, et réduit le ch'orure qui se dépose par le gaz hydrogène, après l'avoir préalablement dé. pouillé de matière organique, en le chauffant avec de l'acide azotique, Eufin, les matières épuisées par l'ammoniaque sont ensuite carbonisćes par l'acide azotique et le chlorale de potasse. Les sels d'argent élant facilement réductibles, toutes ces manipulations sont inutiles, et il no:is parait préférable et plus simple de recourir immédiatement aux procédés de carbonisation ou d'incinération.

Sels d'argent absorbés. L'absorption des sels d'argent était

démontrée pathologiquement depuis bien longtemps, puisque, chez les personnes qui en usent, l'épiderme prend une couleur brune indélébile. Brandes, en 1829, chez un épileptique soumis pendant dix-huit mois à l'usage du nitrate d'argent, et dont la peau, les organes internes, le plexus choroïde, et surtout le pancréas présentaient une couleur brune très-prononcée, retira de ces organes de l'argent métallique. Ce fait, trèsimportant en toxicologie légale, démontrerait que les sels d'argent peuvent se réduire dans nos organes et devenir ainsi inoffensifs pendant longtemps. En est-il de même pour les autres poisons métalliques, moins réductibles que les sels d'argent? Cela est très-probable, si nous nous rappelons que nos tissus peuvent être imprégnés de plomb, et cependant la maladie saturnine ne se déclarer, ne récidiver que des mois, des années après que les individus se sont soustraits à l'influence de la cause. M. Landerel, qui prenait du nitrate d'argent pour combattre l'épilepsie dont il était atteint, observa que son urine se troublait en peu de temps et donnait un dépôt abondant, volumineux, se colorant en noir à la lumière. Il le mit à digérer dans l'ammoniaque, filira, salura la liqueur par un acide, et obtint du chlorure d'argent. M. Orfila ayant empoisonné des chiens avec 4 ou 6 gram. d'azotate d'argent, a retiré du foie, de la rate, des reins, des urines, 5 à 6 centigr. de chlorure d'ar. gent, en les carbonisant directement par l'acide azotique et le chlorate de potasse. Il chauffe ensuite le charbon avec de l'a: cide azotique, précipite le nitrate étendu d'eau par l'acide hydrochlorique, et réduit le chlorure par le gaz hydrogène.

Effets toxiques, altérations pathologiques. Malgré les observations, fort incomplètes d'ailleurs, rapportées par les auteurs, et les expériences sur les animaux, nous sommes bien peu fixés sur les effets et les lésions que développent les sels d'argent. Boer haave parle d'un jeune élève en pharmacie qui, ayant avalé de la pierre infernale, éprouva des souffrances horribles, et le sphacèle des premières voies. D'après plusieurs auteurs, le nitrate d'argent, donné à dose médicamenteuse, aurait produit des vertiges, une cécité passagère, un flux abon

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