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nées, les préparations cyaniques, les strychnées, les alcooliques, ces fonctions sont au contraire gravement lésées. Ces données ne doivent pas être perdues de vue pour la direction à donner aux recherches toxicologiques.

Des considérations précédentes, il suit qu'il sera possible de distinguer pathologiquement, dans la majorité des cas, l'intoxication par les poisons inorganiques, de l'empoisonnement par les végétaux précédemment cités ; que, d'après les mêmes données, on ne pourra arriver spécifiquement au mène résultat pour le premier genre de poisons, puisqu'ils produisent des effets, des lésions de même nature. Nous avons tâché, dans le cours de ce traité, d'élucider cette question plus qu'on ne l'avait fait jusqu'ici. Cependant, sauf quelques cas exceptionnels, surtout pour les personnes peu versées dans la toxicologie, il sera nécessaire, afin d'atteindre ce but, d'avoir égard aux modifications chimiques ou organoleptiques que les poisons inorganiques communiquent aux matières des vomisseinents, aux tissus : ainsi dans les empoisonnements, 1° par le phosphore, les matières, les tissus répandent l'odeur alliacée et sont phosphorescents à l'obscurité; 2° par l'íode, elles sont jaunebrunâtres et bleuissent l'amidon ; 3. par le chlore, les chlorures d'oxydes, elles répandent l'odeur de ce gaz et décolorent le tournesol; 40 par les acides, elles rougissent fortement le tonrnesol, font effervescence sur les cendres et offrent des taches, des escarres de couleur spéciale; 5° par les alcalis, elles offrent une réaction inverse; 6° par les poly-sulfures alcalins, elles répandent l'odeur d'auf convi; 7° par les préparations cuivreuses, elles sont colorées en vert ou en bleu, d'une saveur cuivreuse, il y a des rapports cuivreux, etc.

Traitement. Les poisons inorganiques donnant lieu aux mêmes effets, aux mêmes lésions, offrent par conséquent les mêmes indications à remplir, réclament le même genre de traitement. Il est rarement nécessaire d'avoir recours aux vomitifs; l'emploi des boissons, des lavements mucilagineux, albumineux, huileux,

laxatifs, suffit ordinairement pour faciliter l'expulsion du poison par les vomissements ou par les selles. La sonde esophagienne n'est guère en usage en France; elle est au contraire très-fréquemment usitée en Angleterre, de même que les vomitifs.

Nous nous sommes déjà expliqué sur les contre-poisons. Nous les avons considérés comme des agents propres à affaiblir l'action locale des poisons, à en retarder momentanément l'absorption, les effets éloignés, fondé sur ce que, dans beaucoup de cas, le composé qui en résulte est lui-même toxique. Si, dans l'acception rigoureuse du mot, n'étaient considérés comme tels que ceux qui forinent avec les poisons un composé insoluble, inattaquable par les organes gastriques, ils seraient bien peu nombreux, et ou ne pourrait guère citer que le sulfate de soude pour les sels de plomb, de baryte, le chlorure de sodium pour les sels d'argent, le chlore pour les sulfures alcalins, le fer, le zinc et leurs sulfures pour les sels de irercure, de cuivre. Et même ces derniers contre-poisovs étant insolubles, très-pesants, on conçoit combien leur effet doit être lent, incomplet. Il ne faut donc pas ajouter une confiance illimitée aux contre-poisons, leur attribuer un rôle. trop important, de manière à faire négliger les autres parties du trailcment; car, dans beaucoup de cas, le poison a été expulsé par les voinissements ou par les selles, avant qu'on ait pu se les procurer, et l'on sait combien ils ont peu de prise sur les portions du poison absorbé. Nous ne prétendons pas par la rejeter complétement les contre-poisons.

Pour combattre les effets dies poisons, il faut se diriger d'après les mêmes données qu'en pathologie ordinaire ou d'après les indications, c'est-à-dire, faciliter l'élimination de la camise ou du poison absorbé, et ramener les organes, les fonctions, dans leurs conditions normales. Quant à la première indication, M. Orfila conseille l'emploi des diurétiques (page 415). Celle méthode, expérimentée sur les animaux, n'a pas encore reçu la sanction de l'observation chez l'homine. Relativement à la seconde, combattre l'inflamination locale, soutenir en même

temps les forces organiques jusqu'à ce que le poison soit éliminé, que les fonctions soient rentrées dans leur état normal, combiner le traitement de manière à s'opposer à la fois aux effets locaux et généraux, le modifier selon l'ensemble, la prédominance de l'un de ces effets, la période de l'intoxication, les forces du sujet, etc., telles sont les bases d'une bonne thérapeutique toxicologique. Voyez, pour les détails, les généralités sur les puisons et l'empoisonnement arsenical.

Questions médico-légales. Erreurs à éviter. Plusieurs poisons inorganiques se rencontrent normalement ou accidentellement, à l'état libre ou de combinaison, dans nos organes, nos humeurs, nos aliments (poisons acides, potasse, soude, chaux, ammoniaque); tous sont employés comme médicaments, et plusieurs dans les arts. Le métal de quelques-uns (cuivre, plomb, étain, fer, zinc) sert comme ustensile de cuisine, etc. Il en est qui paraissent séjourner pendant un temps plus ou moins long dans l'économie (plomb et argent, pages 600 et 720). Enfin la viande des animaux, sous l'influence d'un poison, paraît être toxique (arsenic, cuivre, page, 403, 630). Ce sont autant de causes d'erreur à éviter.

La dose toxique de chaque poison n'est pas connue d'une manière précise pour l'homme, et quand il s'agit du poison absorbé, on conçoit, d'après les causes d'erreur que nous venons de signaler, combien l'expert doit être embarrassé pour affirmer s'il y a ou non empoisonnement. Ce n'est, le plus souvent, qu'en ayant égard aux circonstances antérieures qu'il peut établir ses convictions. On pourrait peut-être arriver à priori à la solution de cette question par des expériences comparatives sur les urines d'une personne soumise à un traitement arsenical et d'une personne intoxiquée. Nous disons à priori, parce que les analyses portent ordinairement sur le foie, que la quantité de poison contenu dans les organes, les urines, doit varier selon la période de l'intoxication, qu'ensuite tous les poisons ne sont pas également éliminés par les urines, et en même quantité ; le cuivre par exemple le serait à peine.

On donne comme caractères de l'introduction des poisons dans le tube intestinal après la mort, 1° l'absence de lésions locales, 2• l'égale répartition du poison, par imbibition, dans les divers organes; tandis que dans les cas d'intoxication la quantité est proportionnellement bien plus forte dans le foie. Il faudrait donc faire une analyse comparative de cet organe et des autres viscères ; ce qui a été peu fait jusqu'ici, ce qui serait impossible ou de nulle valeur lorsque la putrefaction est un peu avancée; ensuite les lésions du tube intestinal ne sont pas constantes dans les cas d'empoisonnement.

Il est maintenant démontré que les terres des cimetières peuvent contenir de l'arsenic, du cuivre, du plomb, etc. ; mais il reste à savoir si elles cèdentices poisons au cadavre, et vice versa. Il nous semble qu'avec le peu de faits, d'observations, même contradictoires, que nous possédons, par cela seul que le cadavre donnerait de l'arsenic et que le terrain n'en donnerait pas, il serait téméraire de conclure que le poison ne peut provenir du terrain. Ne peut-il pas se trouver, dans les deux cas, dans un état de combinaison différente et inégalement soluble dans l'eau de pluie?

Nous nous bornons à signaler ces causes d'erreur, ces ques. tions de toxicologie générale, parce que nous avons déja indique celles qui sont relatives à chaque poison en particulier, et que d'ailleurs nous reviendrons sur ce sujet dans l'empoisonnement considéré en général. Il eût été plus convenable, afin d'éviter des répétitions, de ne traiter des généralités qu'à la fin de ce traité; mais les poisons organiques diffèrent tellement des poisons inorganiques sous le rapport de la toxicologie chimique, que, probablement, les faits, d'ailleurs si nombreux, sur lesquels elles sont établies auraient déjà été oubliés.

PIN DES POISONS INORGANIQUES.

Page 5, dans l'indication des divers procédés pour détruire les matières organiques, nous avons omis le procédé de carbonisation par l'acide sulfurique (voyez page 328).

CHARBON (page 4). D'après M. Chevalier, le charbon employé comme décolorant aurait l'inconvénient d'enlever le poison aux liquides; avec l'acétate plombique dissous dans le vin, les eaux distillées, etc. , l'oxyde de plomb est complétement entraîné par le charbon, et l'acide acétique reste dans la liqueur. Ce chimiste expérimente afin de savoir s'il en est ainsi pour les autres poisons minéraux. Graham avait déjà constaté que le charbon enlevait aux liquides l'iodure de potassium, la chaux, les sous-sels métalliques, non l'acide arsénieux et les sels neutres. Plusieurs fois nous avons décoloré le vin iodé par le charbon, ce qui a lieu en quelques minutes, et la liqueur filtrée offrait les réactions de l'iode. Cependant ces faits doivent restreindre l'emploi du charbon comme décolorant. Peutêtre tirera-t-on parti de ce corps pour séparer certains poisons des liquides organiques.

Poisons acides. Tous sont absorbés à l'état de dilution ou concentrés. M. Orfila, cependant, dans ses expériences sur les chiens, n'a pu les déceler dans le foie, la rate, les reins, et les a constatés au contraire dans les urines.

Acide azotique. Si les procédés ordinaires ou par le chlore sont insuffisants, M. Orfila conseille de distiller les liqueurs, les décoctés avec quelques grammes d'acide sulfurique pur. Le produit distillé rougit le sulfate de narcotine, brunit le protosulfate de fer, et, quelques gouttes de ce sel ainsi coloré, versées sur l'acide sulfurique concentré, le colorent en rose violet. M. Orfila considère avec raison ces deux réactions comme insuffisantes pour affirmer qu'il y a de l'acide azotique, il faut en outre que le produit saturé par la potasse fuse sur les charbons ardents, donne des vapeurs nitreuses par l'acide sulfurique et la limaille de cuivre. Par ce procédé il a constaté l'acide azo

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