Images de page
PDF
ePub

Le 22 décembre 1789 l'Assemblée nationale ordonna que la surveillance de l'éducation publique appartiendrait désormais aux administrations départementales. Nous n'avons pas à rappeler quelles grandes vues furent celles des législateurs de la Révolution. Il suffit de citer les rapports de Talleyrand, de Daunou, de Fourcroy, qui sont connus de tous; ceux encore de Robespierre, de Challan, de Daru, de Girardin, de Reederer, de Siméon, de Duvidal, de Duchesne, de Chassiron, de JardPanvilliers, de Carrion-Nisas. Tout ce qui a été réclamé depuis est indiqué dans ces travaux mémorables.

Mais ne sortons pas de notre sujet, même pour rappeler tant d'idées généreuses et non encore réalisées. Il ne nous faut parler que de Paris.

Voici quel accroissement a pris le budget de l'instruction primaire dans les comptes de la ville, depuis les premières années de la Révolution.

1792, 1,692 fr. ; - 1801, 33,480; – 1806, 55,283 ; - 1814, 251,880; – 1818, 337,608; – 1826, 272,578; — 1830, 91,735 ; 1840, 826,748; – 1845, 1,921,886; – 1848, 1,095,215; - 1850, 1,225,605; — 1853, 1,372,882; – 1860, 2,277,603.

Les époques sont peintes par la seule physionomie de ces chiffres. Quelle pénurie pendant tout le premier Empire ! Avec la Restauration, on voit d'abord se marquer un mouvement assez vif de progrès, qui s'affaiblit peu à peu. A partir de 1830, la marche ascensionnelle est rapide. Applaudissons-nous de l'accélération qu'elle a reçue particulièrement dans ces dernières années. En somme ce n'est guère que depuis trente ou trente-cinq ans que l'administration mnnicipale s'est occupée sérieusement de l'instruction primaire de la population parisienne.

On comptait, en 1840, à Paris, 23 salles d'asile pour 4,820 enfants; 48 écoles mutuelles, pour 8,980; 55 écoles congréganistes pour 12,816 et 26 écoles d'adultes pour 2,850. Il est bien évident que l'on ne tient pas compte ici des écoles privées tenues par des instituteurs libres et fréquentées par des écoliers payants.

En 1850 on comptait: 38 salles d'asile avec 7,500 élèves; 65 écoles mutuelles, avec 13,288; 58 écoles congréganistes, avec 14,300, et 29 écoles d'adultes, avec 5,100.

En 1862, le nombre total des admissions dans les diverses écoles et asiles gratuits des 20 arrondissements s'est élevé à 121,709.

En 1863, pour Paris et le département de la Seine, l'état' général indique: 154 salles d'asile ouvertes à 20,052 enfants, dont 17,399 ont été admis gratuitement; enyiron 2,000 écoles primaires : 328 écoles publiques de garçons; 156 écoles publiques de filles; 368 écoles libres

[graphic]

de garçons; 1,006 écoles libres de filles; 87 écoles protestantes; 14 écoles israélites. Ces chiffres sont faits pour faire honneur à notre époque.

En 1864, les dépenses faites par la ville de Paris pour le service de l'instruction primaire se répartissent ainsi :

Personnel des instituteurs et des institutrices lasques, 518,610 fr. – Frais du matériel, 597,080 fr. — Personnel des instituteurs et institutrices congréganistes, 290,880 fr. - Frais du matériel des écoles tenues par les congrégations, 661,430 fr. – Chant: orphéon, 109,370 fr. ; personnel des professeurs, 88,470 fr.; matériel, 20,900 fr. - Enseignement du dessin, 50,000 fr. — Personnel et frais des écoles adultes laïques, 95,800 fr. – Personnel et frais des écoles adultes congréganistes, 70,000 fr. - Bourses au collége Chaptal, 37,200 fr. – Bourses à l'école Turgot, 115,972 fr. – Ecole normale de jeunes institutrices et directrices de salles d'asile, 45,520 fr. — Cultes, 60,000 fr. - Ouvroirs de jeunes filles, 36,100 fr. – Subvention à l'école supérieure de dessin, 6,000 fr. – Subvention aux écoles de dessin des quartiers, 48,500 fr. - Subvention aux associations Polytechnique et Philotechnique, 10,400 fr. – Bourses d'apprentissage dans les écoles communales, 81,475 fr. — Subventions à divers établissements primaires et gratuits, 46,100 fr. — Dépenses imprévues, 20,000 fr. – De plus, 200,000 fr. pour travaux et constructions d'écoles. – Salles d'asile : 284,000 fr. pour le personnel ; pour le matériel et les frais divers, 337,000 fr. – Dépenses générales, 27,000 fr. - Bourses dans les lycées, 100,000 ir. – Bourses pour les sourds-muets, 15,060 fr.; pour les aveugles, 16,960 fr. – Bourses à l'École centrale des arts et manufactures, 7,200 fr.

Pour l'exercice de 1865, la dépense votée a atteint le chiffre de 5,010,172 fr., répartie de la sorte :

Asiles, au nombre de 99, avec 17,100 enfants, 812,062 fr.
Écoles laiques, au nombre de 129, avec 28,230 élèves, 1,352,381 fr.

Écoles congréganistes, au nombre de 111, avec 32,800 élèves, 1,188,170 fr.

Chant, 118,170 fr.
Dessin des écoles communales, 1,700 élèves, 50,000 fr.

Classes d'adultes laiques, au nombre de 59, avec 5,300 élèves, 85,000 fr.

Classes d'adultes congréganistes, au nombre de 23, avec 4,500 élèves, 64,450 fr.

Subventions à divers établissements scolaires, 58,500 fr.
Prix dans les écoles, 73,250 fr.
Bourses, 87,250 fr.

Ecole Saint-Pierre, pour 48 élèves-maîtresses, dont 22 à bourses gratuites de 400 fr., 64,820 fr.

[graphic]

Collége Chaptal, 37,200 fr.
École Turgot, 594 élèves, 119,406 fr.
Comités cantonaux et des asiles, 9,000 fr.
Ouvroirs, au nombre de 55, pour 5,000 élèves, 39,800 fr.
Subvention aux élèves de dessin, 91,500 fr.
Dépenses imprévues, 20,000 fr.
Libéralités diverses, 12,097 fr.
Dépenses générales, 29,900 fr.

Au budget municipal de 1866, il a été affecté 5,207,309 fr. au service de l'Instruction primaire, soit près de 200,000 fr. de plus, car il a été créé 12 nouvelles classes d'adultes pour hommes, 4 écoles de garçons, 4 écoles de filles, 4 ouvroirs et 6 écoles d'adultes pour femmes.

Les asiles coûteront cette année 987,753 fr. ; les écoles de chant, 121,467 fr.; les écoles de dessin, 144,960.

Assurément, l'Administration qui applique si libéralement les revenus municipaux à l'æuvre de la régénération des adultes et de l'éducation des enfants sans fortune, peut envisager sa tàche avec quelque fierté. Elle peut surtout se dispenser de répondre aux reproches de négligence qui, par hasard, pourraient lui être adressés. Mais son ambition n'est pas satisfaite. Elle sent toute l'étendue des obligations imposées à une capitale comme Paris, chez le seul peuple du monde où tout homme est un citoyen et participe, par son suffrage, au gouvernement de l'État.

Le nombre des écoles serait donc plus grand déjà ou, du moins, les fonds affectés au service de l'Instruction primaire auraient déjà pris l'importance qu'on leur verra prendre dans un prochain avenir, si la prudence n'exigeait pas, au moment où Paris se renouvelle et s'agrandit, de se rendre d'abord bien exactement compte des besoins de la cité. Le moment est venu de reconstruire toutes les écoles anciennes qui sont devepues insuffisantes. Dès à présent, on prévoit qu'il faudra 20 millions pour ces reconstructions. Cette somme ne doit pas être dépensée à la légère, mais elle le sera bientôt et on verra quels soins la ville de Paris aura pris pour que ses écoles soient dignes d'elle.

Il y a vingt ans, l'idéal de l'administration n'allait pas au delà de l'entretien de deux écoles par arrondissement. Nous sommes bien loin de ces visées modestes, et les programmes de l'Instruction primaire ont eux-mêmes participé au progrès général. Les petites écoles ont à présent presque du luxe, car le dessin y est enseigné d'après les meillerrs procédés et sur les meilleurs modèles, et les cours de musique ont été organisés par les plus grands maîtres de l'art.

PROSPER BAILLY.

[merged small][merged small][ocr errors]

SOMMAIRE : Journal of the statistical society de Londres. - Le budget français et le

budget anglais ; critique de ce dernier. Mouvement des céréales avant et après le rappel des cornlaws. Les banknotes et la panique. Les vins. - Merchants Magazine de New-York. Production du coton. La lourdeur des taxes. Les laines. Nouveau textile. Histoire des armes se chargeant par la culasse. — Zeitschrift (feuille périodique) du bureau de la statistique de Prusse. L'armée prussienne et ses pertes dans la dernière guerre. Le cadastre et ses résultats. — Austria. Les magasins généraux et le pesage public. L'approvisionnement de l'Angleterre pendant la guerre. Principes de politique commerciale de l'Austria. Le commerce et la spéculation. – Journal de statistique suisse. Le rapport entre les naissances et les décès dans 16 pays. Salaires et prix du blé à Genève. Statistique des communes suisses. – Vierteljahrschrift für Volkswirthschaft (Revue trimestrielle d'économie politique). Impôts généraux et communaux ; deux principes. Droit public de la Hollande, etc. L'influence des croisades. Étude sur les banques d'émission, etc. (billet de banque à terme). De la crise cotonnière. Divers.- Revue internationale. MM. Carey et Macleod. --Statistik Tidskrift (Journal de statistique suédois). Caisses d'épargne. Divers. - Gaceta economista d'Espagne. La crise économique. - Le Finanze, feuille financière qui plaide contre l'augmentation des impôts.

Le Journal of the Statistical Society de Londres ne renferme cette fois qu'un seul article de fond, dû au général Belfour, et dans lequel l'auteur compare les budgets français et anglais à tous les points de vue. L'honorable général fait un éloge sans réserve de notre organisation financière, ou plus exactement de la manière dont notre budget naît, vit, meurt et — nous allions ajouter - est enterré. En d'autres termes, il décrit la manière de le dresser, la manière de l'appliquer, la manière de rendre compte des fonds, et trouve que, sous tous les rapports, le budget anglais lui est inférieur. Sans partager complétement l'enthousiasme du général Belfour pour notre budget, nous sommes obligé - après avoir pratiqué beaucoup les Estimates et les Finance accounts -, de déclarer que tout le mal qui a été dit du budget anglais est pleinement fondé. En fait, il n'existe pas de budget général, mais des lambeaux de budget, et en réunissant tous ces lambeaux, on n'a pas un tout, si par hasard on a oublié de prendre note des chiffres du discours ou de l'exposé du chancelier de l'Échiquier.

Nous aurions voulu reproduire les critiques de l'honorable général, mais la liste en est trop longue. Nous allons donc utiliser l'espace que nous pouvons consacrer à la revue anglaise, en lui empruntant quelques-uns des renseignements compris parmi les Mélanges.

Sous le titre de : L'importation des grains avant et après le rappel des lois sur les céréales, on fait passer sous nos yeux une série de tableaux, dont voici le résumé :

Moyenne Moyenne par habitant.

de l'importation -Période. Population. quarters (290 1.8). En quarters. En litres. 1842-1845 26,989,000 2,648,000 0,098 28 1. 50 1852-1855 27,746,000 8,027,000 0,290 84 33 1860-1863 29,321,000 16,096,000 0,54915965

On voit, surtout par la dernière colonne, dans quelle proportion l'importation du blé a augmenté en Angleterre. Le rappel des lois sur les céréales était donc une nécessité, puisque l'agriculture britannique a été de moins en moins en état de satisfaire à la consommation.

Une autre série de tableaux sont relatifs à la circulation des billets de banque, après la panique causée par la faillite Overend. Il résulte de ces tableaux - curieux à plus d'un titre — que dans une semaine, du 9 au 16 mai 1866, la circulation des billets de la Banque d'Angleterre a augmenté de 3,776,000 livres sterl., dont plus de 2 millions 1/2 en notes de plus de 20 livres, tandis que l'émission des 190 banques privées et à joint stock a diminué, quoique dans une progression beaucoup moins rapide. (Les notes de plus de 20 l, servent peu à la circulation courante; leur mouvement indique le déplacement des dépôts, etc.)

La consommation générale du vin augmente dans la Grande-Bretagne; mais l'importation des vins espagnols a progressé plus vite que celle des vins français. C'est que le goût est encore plus puissant que le tarif.

Du Merchants Magazine de New-York, livraison de novembre, nous extrayons quelques renseignements utiles :

La production du coton, pendant l'année finissant le 1er septembre 1866, a été de 2,241,222 balles, dont les 2/3 ont été exportés (1,258,000 en Angleterre, 222,000 en France, etc.).

Un article réclame avec une grande force la réduction de nombreuses tares qui pèsent sur la production et la consommation, qui renchérit les prix dans une proportion plus forte que l'agio et entrave les affaires. On espère que le congrès se chargera d'opérer cette réduction, l'excédant des recettes étant très-considérable.

Un autre article, relatif au commerce des laines, montre combien peu la protection est efficace. En effet, la diminution du prix des laines américaines coincide avec une aggravation du tarif; antérieurement à la guerre, une autre expérience avait constaté une hausse des prix suivant une réduction du droit d'entrée (1).

(1) La même expérience a été faite en France.

« PrécédentContinuer »