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ceux des courriers-majors dont le service aboutissait à la frontière française (1).

Le 26 juillet 1670, un traité fut donc signé à Paris par le marquis de Louvois et par le sieur Giovo, porteur des pleins pouvoirs de don Domingo de Assauza , lieutenant des courriers-majors du roi d'Espagne en Italie, Flandre et autres pays, et de Charles Cittadini, général des postes de l'État de Milan et courrier-major de Sa Majesté Catholique entre Milan et Rome.

Si incomplet que fût ce traité, les conditions d'échange qu'il stipulait continuèrent à régler les rapports entre les postes de France et celles d'Espagne, et ces conditions furent successivement renouvelées jusqu'au mois de décembre 1696.

Jusqu'alors les communications entre Paris et Madrid n'avaient lieu que tous les quinze jours, au moyen des courriers qui convoyaient, à travers la France, les dépêches de l'Espagne pour la Flandre espagnole, et vice versa. Mais un prince français venait de monter sur le trône d'Espagne, des relations plus fréquentes allaient s’établir entre les deux cours, et faire ressortir l'insuffisance des moyens de communication en usage. Les offices de France et d'Espagne furent invités en conséquence à prendre les dispositions nécessaires pour augmenter le nombre des ordinaires entre les deux pays, et un nouveau traité ne tarda pas à être conclu.

Il porte la date du 24 septembre 1701, et dispose : Qu'indépendamment du courrier qui se rendait tous les quinze jours de Flandre en Espagne et d'Espagne en Flandre, il serait établi un second courrier qui partirait de la France pour l'Espagne, et de l'Espagne pour la France.

Le point où les courriers français devaient rencontrer les courriers espagnols, pour l'échange des malles, était Oyarsun, près Irun.

Aux termes de ce même traité, les courriers espagnols partaient :

1° D'Oyarsun, le lundi à 2 heures de l'après-midi, pour arriver à Madrid le vendredi suivant, à la même heure;

4o De Madrid, le samedi à midi , pour arriver à Oyarsun le mercredi suivant, à 10 heures du matin.

Le trajet entre ces deux points demandait donc 96 heures (2), Malbeureusement ces améliorations, dues à un heureux concours de circonstances exceptionnelles, devaient être singulièrement compromises par les événements qui allaient se produire.

C'est d'ailleurs le propre des conventions internationales de subir les variations qui se manifestent dans l'esprit des gouvernements contractants, et de devenir fécondes ou de rester stériles, selon les tendances des époques ou la pente des siècles (3).

(1) Les suppressions des charges de courriers-majors et la centralisation du service des postes en Espagne ne furent opérées que sous le règne de Philippe V.

(2) Aujourd'hui, le service quotidien entre Irun et Madrid s'effectue en vingt heures. (3) Il ne faut pas oublier qu'en 1811 les relations politiques ayant été suspendues

Pendant longtemps, ce fut moins une pensée généreuse qu'une préoccupation d'égoïste exclusion qui présida à la rédaction des traités postaux ; ce n'était pas l'intérêt de la civilisation que l'on cherchait à servir, c'était bien plutôt, c'était uniquement l'intérêt étroit et jaloux d'une nation que l'on tentait de faire prévaloir.

Ainsi les traités dont nous venons de parler, traités qui avaient eu principalement pour objet d'assurer les communications, par la voie de la France, entre l'Espagne et ses possessions de Flandre et d'Italie, furent bientôt suspendus par la guerre dite de Succession, et plus tard annulés de fait par les traités de paix d'Utrecht et de Rastadt.

On chercha bien, il est vrai, à diverses reprises, en 1713, en 1796, en 1802, en 1806, à renouer les relations interrompues, mais les convenances de famille, les intérêts de parenté qui les avaient provoquées n'existaient plus; mille obstacles politiques vinrent, en outre, s'opposer à la conclusion de nouveaux traités, et ce ne fut qu'en 1849 que les deux gouvernements parvinrent enfin à s'entendre et à signer une convention.

Que d'essais, que de tâtonnements, de démarches, de tentatives, pour arriver à ce résultat !

Pour s'en convaincre, pour se faire une idée exacte du chemin parcouru sur la route du progrès, il suffit de se rappeler quels ordinaires reliaient alors la France avec l'étranger.

Ils étaient peu nombreux. Le courrier pour Londres, après avoir été longtemps hebdomadaire, partit de Paris deux fois par semaine à dater de 1692. Le bureau d'où il était expédié se trouvait rue aux Ours, et les départs avaient lieu les mercredis et samedis.

Le courrier pour Rome partait du bureau principal situé rue SaintJacques, le vendredi de chaque semaine. Ce courrier, après avoir desservi la Savoie et les États de l'Italie, correspondait, dit-on, avec Naples, Malto et Constantinople.

Le mardi, partait du même bureau l'ordinaire de Genève, qui entretenait des ramifications avec la Suisse, la Valteline, le pays des Grisons et les Etats de Venise.

Ces divers courriers étaient établis surtout au point de vue du service des voyageurs. On confiait, il est vrai, les correspondances aux conductours, mais quelle sécurité pouvaient offrir ces agents pour la transmis. sion des lettres qui leur étaient remises ?

Il y a trente ans à peine que le nombre des offices étrangers avec lesquels l'administration des postes de France entretenait des relations directes, en vertu de conventions diplomatiques, ne s'élevait qu'à huit. C'étaient l'Angleterre, l'Autriche, Bade, la Bavière, les Pays-Bas, la Prusse, la Sardaigne et la Tour et Taxis, c'est-à-dire des pays limitrophes de la France, avec lesquels les échanges commerciaux étaient fréquents et les rapports sociaux forcés.

entre la France et l'Angleterre, des ordres furent donnés dans chacun des deux pays pour que la correspondance provenant du pays ennemi fût impitoyablement brûlée !...

Croirait-on aujourd'hui, au milieu de ce xixe siècle si fier de son expansion intellectuelle et économique, si jaloux de ses conquêtes morales et de ses merveilleuses inventions, croirait-on qu'en 1830 la France n'entretenait de rapports de poste ni avec la Grèce, ni avec la Suède ou les Etats-Unis, ni même avec l'Espagne et la Suisse qui étaient à sa porte ?

Hâtons-nous d'ajouter que depuis nous avons fait un grand pas dans cette voie naguère si bornée ; ce sera la gloire la plus profitable de l'Empire, ce sera surtout l'honneur des hommes qui l'ont représenté, d'avoir dans ces dernières années largement aidé à la civilisation du monde entier, en provoquant ou en facilitant le développement des relations postales sur tous les points du globe.

Pour ne parler que des six dernières années qui viennent de s'écouler entre 1860 et 1866, dix-huit traités diplomatiques (Conventions principales ou Conventions additionnelles) ont été conclus avec différents gouvernements ou offices étrangers, et, pendant la même période, quarantehuit Décrets concernant exclusivement les rapports de poste entre la France et les Pays étrangers ou les Colonies, ont été promulgués.

Il n'est pas inutile de mettre en lumière l'esprit des dispositions ou l'utilité des principales modifications que les traités nouveaux ont consacrées.

En 1860, les objets qui pouvaient être échangés avec l'extérieur par la voie de la poste étaient exclusivement :

Les lettres ordinaires;
Les lettres chargées ;
Les échantillons de marchandises;
Les imprimés.

A ces différentes catégories, les conventions nouvelles ont ajouté : les lettres chargées contenant des valeurs déclarées ; les papiers de commerce ou d'affaires.

En outre, le service des mandats de poste, qui était autrefois intérieur, est devenu, comme celui de la correspondance, international avec l'Italie, la Suisse, la Prusse et la Belgique.

Il faut reconnaitre, dans ces résultats obtenus, l'influence des tendances libérales des gouvernements modernes.

Cette manière plus humaine de comprendre les intérêts des peuples a reçu d'ailleurs une consécration quasi officielle, lorsque, le 11 mai 1863, les représentants de presque toutes les administrations postales du monde civilisé se sont réunies à l'hôtel de la rue Jean-Jacques-Rousseau, à l'effet d'étudier les changements à introduire dans le service des communications internationales.

L'Autriche, la Belgique, le Danemark, l'Espagne, les États-Unis, la Grande-Bretagne, l'Italie, le Portugal, la Prusse, les îles Sandwich, la Suisse, les villes anséatiques avaient envoyé des commissaires à ce congrès postal, et, bien que ces représentants fussent sans pouvoir pour discuter et régler certains faits pratiques qui appartenaient au domaine de la négociation diplomatique, ils ont pu du moins se rapprocher momentanément dans une entente commune, proclamer certains principes

36 SÉRIE. T. v. - 15 janvier 1867.

généraux et préparer ainsi les éléments d'un code international de la Poste,

L'avenir recueillera sans aucun doute les fruits de cette tentative; mais si l'on trouve dans les Conventions conclues depuis cette date du 11 mai 1863 une appréciation plus équitable du service rendu, une réciprocité postale plus étroite, enfin une tendance commune vers l'uniformité de poids si souvent réclamée, il est juste de reporter en partie l'honneur de ces conquêtes à la Commission internationale des postes.

L'ensemble des modifications introduites a fait sentir son influence, et le mouvement de la correspondance avec l'étranger a suivi un accroissement notable qu'il est important d'indiquer ici.

Ainsi en 1860, le produit de la correspondance étrangère s'élevait à près de 14 millions de francs; en 1865, il atteignait le chiffre de 15 millions.

Les États qui ont pris la part la plus active au développement de cette nature de produits sont ceux avec lesquels des Conventions ont été passées, et tout particulièrement l'Angleterre, la Prusse, la Suisse et l'Italie.-La correspondance entre la France et les États-Unis est la seule qui ait présenté une certaine diminution; mais cette diminution a san explication dans le ralentissement des affaires et l'interruption des coinmunications postales pendant la guerre.

On a pu voir par ce résumé très-succinct du développement de nos relations postales avec l'extérieur combien sont lentes et difficiles les conquêtes de la civilisation, combien d'intérêts contraires arrêtent souvent l'essor du progrès, et quelle persévérance est nécessaire à celui qui poursuit le noble but des améliorations sociales.

Nous voudrions, en finissant, dire quelques mots sur nos établissements de poste à l'étranger.

On sait que dans un grand nombre de pays avec lesquels nous entretenons des relations diplomatiques, mais qui ne sont pas pourvus d'administration postale fonctionnant régulièrement, la France a établi certains offices dont la direction est confiée à des agents français ; c'est ainsi que nous possédons aujourd'hui des bureaux de poste dans les principales stations du Levant, à Alexandrie, à Smyrne, Constantinople, à la Vera-Cruz et jusqu'à Shang-has même. Ces offices ont une utilité qu'il n'est pas besoin de faire ressortir ; ils servent les intérêts de nos nationaux à l'étranger, éclairent les gouvernements qui les tolèrent sur les bienfaits que l'on en peut retirer , et sont, à ce double point de vue, le complément indispensable de nos agences diplomatiques.

Ces établissements ont tous les caractères d'une institution moderne. Il semble qu'ils soient nés d'hier, sous l'influence d'une double aspiration politique et civilisatrice ; on dirait des sentinelles intelligentes que le dix-neuvième siècle a jetées en avant sur la route de l'avenir, création originale, à coup sûr, féconde, neuve, d'où se dégage un certain air d'imprévu et de fantaisie.

Hélas ! il n'y a rien de nouveau sous le soleil, et il est heureux que le dix-neuvième siècle soit assez riche pour se passer de cette gloire l... Nous sommes obligés de confesser que les bureaux de poste à l'étranger ne datent pas d'hier.

Dans un temps qui est bien loin de nous, alors que le successeur de saint Pierre dépassait de sa tiare toutes les têtes couronnées de l'Europe, alors que Rome était bien vraiment la capitale du monde civilisé, la plupart des princes chrétiens entretenaient dans la ville sainte des agents chargés de recevoir et expédier ou faire distribuer toutes les dépêches qui leur étaient remises. La Sardaigne, la France, l'Espagne, y avaient chacune un bureau spécial , et, d'après des documents certains, nous pouvons affirmer que le bureau français, notamment, y fonctionnait encore en 1818.

Quelles étaient les attributions de ces établissements, de quelle nature était le service qu'ils effectuaient, dans quel rayon, étendu ou restreint, exerçaient-ils leur action ? C'est ce qu'il nous serait impossible de préciser. Quoi qu'il en soit pourtant, il est constant que l'institution existait dès le seizième siècle, et l'idée des offices que nous entretenons actuellement à l'étranger était bien évidemment en germe dans les bureaux de poste de Rome. (Moniteur.)

PIERRE ZACCONE.

SOCIÉTÉ D'ÉCONOMIE POLITIQUE

Réunion du 5 janvier 1867

PRÉSENTATIONS : Déposition de M. Wolowski à l'Enquête des banques. - Cours de droit

constitutionnel de Rossi, recueilli par M. A. Porée. — Le Droit de la guerre et de la paix, de Grotius, nouvelle traduction par M. Pradier-Fodéré. – Les Caisses de pré

voyance des ouvriers mineurs, par M. A. Visschers. COMMUNICATION : Création d'une chaire d'économie politique à l'École commerciale.

Cet enseignement dans les diverses écoles de commerce. DISCUSSION : La question des octrois.

M. H. Passy, membre de l'Institut, un des présidents de la Société, a présidé cette réunion, à laquelle avaient été invités : M. le marquis Pepoli, député au Parlement italien; M. Somerset Beaumont, ancien député de Newcastle au Parlement britannique; M. A. Dréo, avocat, rédacteur de l'Avenir national; et auquel assistaient en qualité de membres récemment admis par le Bureau à faire partie de la Société : M. Ernest Bertrand, conseiller à la Cour impériale; M. Cheysson, ingénieur des ponts et chaussées, un des secrétaires du jury de l'Exposition universelle de 1867.

M. L. Wolowski, membre de l'Institut, a présenté sa Déposition à l'enquête de la Banque, qui sera probablement la plus étendue de celles

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