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tembre le travail que j'avais déjà cité le 1er août, j'en ai rappelé les conclusions, en ajoutant que M. Newmarch avait porté à l'act de 1844 les coups les plus vigoureux; mais c'était pour mettre un terme à la séparation des deux départements de l'émission et de l'escompte, afin de placer la Banque d'Angleterre sur le même pied que la Banque de France. Je faisais remarquer en même temps que cet écrivain ne réclamait nullement une liberté de l'émission livrée à la concurrence : il déclare, en effet, dans le même tract, que le droit d'émission dévolu à la Banque d'Angleterre n'est point un privilege de nature à porter préjudice, et que si cette faculté se trouvait ouverte à tous, aucune banque de Londres ne voudrait s'en servir (1). - Puisque vous argumentez en vous appuyant sur l'opinion de M. Newmarch, dites-moi de quel côté se rencontrent des éclipses de mémoire bien complaisantes ; est-ce de ma part, alors que j'ai sans cesse dit et répété dans mes deux articles que M, Newmarch était au nombre des adversaires les plus autorisés de l'act de 1844, ou de la vôtre, qui m'accusez à tort d'avoir prétendu le contraire, tandis que vous oubliez que M. Newmarch vous condamne. Il se prononce, comme M. Mac-Leod, pour la hausse vigoureuse de l'escompte, quand le change faiblit; au lieu de demander un maximum de 4 0/0 pour le taux perçu par la Banque d'Angleterre, il voudrait qu'il fut interdit à celle-ci de prêter au-dessous de ce taux de 40/0, établi comme minimum. Vous trouvez les écrits de M. Newmarch excellents; je suis parfaitement de cet avis; admettez-vous sa doctrine?

Où donc avez-vous lu que je ne voyais rien au-dessus de l'act de 1844 ? J'ai montré comment le but poursuivi par sir Robert Peel, en présentant cette loi, se trouvait pleinement atteint quant au point fondamental, la certitude mathématique d'une conversion facultative des billets en espèces; j'ai en même temps indiqué comment la Banque de France obtenait un pareil résultat : loin de se contredire, ces deux idées se complètent.

La conversion assurée du papier en or, cette garantie première de la fixité et de la solidité de la circulation, tel est le principal en matière d'émission; le reste n'est qu'un accessoire. Le rôle de la monnaie comme mesure domine tout, elle intervient dans toutes les stipulations, même quand elle est matériellement absente. En maintenir l'expression fidèle, c'est la condition sine qua non de la sécurité des transactions. Vous semblez surtout préoccupé du désir de multiplier les instru

(1) It is sometimes said that the exclusive right to circulate noles in London and sixty-five miles round it, is a grievous monopoly. The answer is that no London Bank would think it worth while to attempt a note circulation even if the law was altered. (Newmarch, The recent financial Panic, p, 14.).

ments d'échange, et, vous avez beau vous en défendre, vous glissez ainsi sur la pente qui a précipité Law dans l'abîme. Confondre le crédit avec le capital, prendre l'accroissement des signes de la circulation pour une augmentation de la richesse, voilà ce qui imprime au système une tache ineffaçable, voilà l'erreur à laquelle sacrifie M. Patterson, que vous louez si fort! L'unité de la Banque est ici hors de question; Law voulait en faire un instrument de propagation immodérée des billets, tandis que je l'invoque comme le moyen d'en empêcher la funeste diffusion.

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Les chambres de commerce du Royaume-Uni se sont prononcées, suivant vous, contre l'act de 1844; je n'entends pas m'arrêter sur un point, essentiel cependant, la constitution de ces chambres, qui sont de simples réunions de négociants ou d'anciens négociants, autorisées par une charte, sans avoir aucune ressemblance avec nos chambres de commerce. Il me suffira de rappeler que l'opinion générale des chambres de commerce anglaises se résume dans le væu d'une plus grande latitude attribuée au droit d'émission de la Banque d'Angleterre. Elles se prononcent, en majeure partie, pour un régime analogue à celui de la Banque de France; néanmoins, plusieurs d'entre elles voudraient une séparation absolue de l'office de l'émission des billets, confiée à une seule institution publique, avec l'office de l'escompte, entièrement libre. — M. New march, dans l'analyse qu'il donne des idées exprimées par les chambres de commerce, ne dit pas autre chose; il ne fait aucune allusion à la liberté de l'émission, telle que vous la réclamez.

Vous usez de la tactique commune aux coalitions qui veulent renverser; elles réunissent sous un drapeau commun les tendances les plus divergentes. Vous caressez avec amour les idées contraires à l'act de 1844, sans tenir compte de ce que la plupart de ceux qui l'attaquent se bornent à demander un régime analogue à celui que nous possédons, et qui est le point de mire de vos accusations. Je comprends que vous invoquiez l'opinion d'un certain nombre de chambres de commerce de l'Angleterre contre la limitation rigoureuse de l'émission de billets, imposée à la Banque d'Angleterre; mais il est difficile de voir en quoi celte opinion peut servir de projectile contre la Banque de France. Celle-ci est au contraire en droit d'invoquer, comme un argument en sa faveur, les tendances que vous avez l'imprudence de relever d'une manière triomphale.

Dans un autre écrit que vous citez, M. Newmarch n'a-t-il pas dit (1):

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(1) The sudden Rise in the Rate of discount, p. 5. - The first thing to be done, therefore, is to put an end to the division of departements — that is to say to place the Bank of England on the same level as the Bank of France.

« La première chose à faire, c'est de mettre fin à la séparation des deux départements, c'est-à-dire de placer la Banque d'Angleterre au niveau de la Banque de France.

Sous prétexte de défendre la liberté du travail, principe fondamental auquel je suis dévoué de longue date, que je défendais quand beaucoup d'autres sacrifiaient encore au régime réglementaire, vous demandez la libre concurrence en fait d'émission : je la combats. C'est à cette pierre de touche qu'il faut apprécier l'opinion des hommes d'État et des écrivains, dont vous tentez vainement de faire vos auxiliaires. Il est vraiment étrange que, par un travestissement complet de pensées nettes, clairement exposées, vous me rendiez responsable de grotesques erreurs, dont votre imagination a seule fait tous les frais. Certes, je n'ai invoqué ni Adam Smith ni · Rossi pour défendre l'act de 1844; croyez que je connais assez l'histoire et la chronologie, pour ne pas commettre une pareille bévue. J'ai répété aussi à satiété que Tooke, Newmarch et Mac-Leod avaient combattu l'æuvre de sir Robert Peel.

Mais je sais qu'Adam Smith ne considère point l'émission des billets comme une industrie ordinaire et qu'il reconnaît la nécessité de la soumettre à une réglementation. Je sais que l'illustre fondateur de l'économie politique moderne a fermement posé un principe qui coupe court aux chimères; il établit combien est limité le domaine de la monnaie de papier. Celle-ci ne saurait remplacer qu'une fraction de la somme des métaux précieux employés comme instruments des échanges, et qui doivent toujours former la base solide à la circulation.

Le principal service rendu par la monnaie consiste à ramener toutes les valeurs à un commun et stable dénominateur. Ceux qui songent avant tout à multiplier les billets, à augmenter l'outillage, sans s'inquiéter de l'emploi, prennent la question par le plus petit côté. Si la richesse immobilière et mobilière de l'Angleterre peut être évaluée à 200 milliards, que signifient 100 ou 200 millions d'économie sur le numéraire métallique, remplacé par autant de billets ? C'est un infiniment petit qui ne vaut guère la peine qu'on se donne pour en célébrer l'influence, et, d'un autre côté, à quel prix pourrait être acquise cette dose homeopathique de currency ? Au prix de l'instabilité des transactions qui portent chaque année sur des centaines de milliards et de l'instabilité des valeurs mille fois plus considérables que cette somme de 100;ou 200 millions. En vérité, ce serait acheter trop cher un avantage bien mince et bien problématique.

Tooke a rudement malmené les partisans de la liberté d'émission : comment pouvez-vous invoquer son nom, quand il a condamné votre doctrine ? Il ne s'agit point là d'une équivoque, comme celle que vous exploitez contre moi, en me déponçant pour aroir fait de Tooke un partisan de l'act de 1844, alors que j'ai dit et répété à satiété tout le contraire; il s'agit d'une sentence rendae en bonne et due forme : « L'émission n'est point une branche l'industrie, a dit Tooke, c'est une matière à régler par l'État, en vue de l'intérêt général... Je considère comme un droit incontestable de l'État le principe que les banques d'émission doivent être réglées par lui. Quant à la liberté des Banques dans le sens où quelques-uns la sanctionnent, je suis de l'avis que le libre commerce de banque ainsi compris est synonyme du libre commerce de la supercherie. Vous pouvez consulter l'original (1), pour voir si ma traduction est fidèle.

Tooke, contrairement à l'avis de M. Patterson, n'envisage l'État que comme simple certificateur du poids et du titre de la monnaie; il comprend en même temps que l'État doit régulariser l'émission des billets appelés à jouer le rôle du numéraire.

Rossi, ce grand et libéral esprit, a prononcé contre la concurrence en matière d'émission, la condamnation la plus dure :

a La libre concurrence en matière de banque, a-t-il dit, est un danger que ne peuvent tolérer les lois d'un peuple civilisé. Autant vaudrait permettre au premier venu d'établir au milieu de nos cités des débits de poison, des fabriques de poudre à canon. La libre concurrence en matière de banque n'est pas le perfectionnement, la maturité du crédit, elle en est l'enfance, ou si l'on veut la décrépitude.»

Après avoir établi que le système préventif ne doit être qu'une exception, et que cette exception ne doit s'appliquer ni à celles de nos facultés dont la libre activité est une condition essentielle du développement moral de notre nature, ni à celles dont l'exercice est une garantie des libertés publiques, ni aussi à celles dont l'inaction serait évidemment plus nuisible que l'activité n'en serait dangereuse, Rossi ajoute :

« Aucun de ces trois caractères ne se retrouve dans la libre concurrence en fait des banques. Comme les inconvénients de ce système, trèsgraves en eux-mêmes, ne sont d'abord qu’un abus de l'intérêt particulier contre l'intérêt général, un moyen d'enrichir d'habiles spéculateurs aux dépens de la communauté et surtout des classes laborieuses, nous croyons exprimer notre pensée en écartant toute idée de libre concurrence pour l'émission des billets de banque. »

Votre illustre prédécesseur, dans la chaire du Collège de France, me dispense d'insister sur vos réclamations en faveur du principe de la li

(1) Tooke, History of prices, t. III, p. 207.

berté du travail. Vous multipliez de vains efforts pour abriter sous ce noble pavillon une prétention hostile à la liberté de tous, que vous sacrifiez au profit de quelques-uns. Ceux qui tirent profit des billets sont ceux qui les émettent et non ceux qui les reçoivent, car l'abaissement du taux de l'intérêt, invoqué comme résultat de l'émission libre, n'est qu'un leurre. La rivalité réelle enfanterait le désordre, une rivalité apparente serait une déception; la concurrence ne saurait s'établir sur ce terrain. Les Banques d'Écosse s'entendent pour arrêter de concert le taux de l'escompte, uniformément adopté pour toutes dans les réunions tenues chaque quinzaine par les directeurs, et une circulaire porte l'application de la règle commune dans toute les branches. Aussi, depuis plus de quarante ans, jamais le taux perçu par la Banque d'Écosse n'est-il descendu au-dessous de 4 0/0; il varie au-dessus, suivant le cours du marché de Londres, pris comme régulateur. Les fameuses Banques de Jersey perçoivent au minimum 5 0/0 d'intérêt et 1 0/0 de commission. Il faut avouer que les avantages qui en résultent pour le bon marché de l'argent sont essentiellement platoniques.

Quant au système planétaire que, suivant les prévisions de M. Rossi, les banques locales, armées chacune d'un privilége exclusif, pouvaient former un jour en se coordonnant entre elles et autour de la Banque de France, ce système n'était pour lui qu'un pis-aller, les préférences de M. Rossi se manifestaient pour l'unité : il reculait simplement devant les difficultés que semblait présenter le défaut d'une préparation suffisante des esprits. La révolution de Février 1848 a rapidement fait l'éducation du pays dans le sens du progrès indiqué par l'illustre économiste comme une espérance d'avenir. D'ailleurs rien de plus facile que d'établir, au moyen des succursales et des comptoirs intéressés, ce système planétaire que vous semblez regretter. L'action locale peut se relier au pouvoir central, et la variété se concilier avec l'unité, sans porter aucune atteinte au principe fondamental qui nous régit.

Vous n'aviez pas besoin de me rappeler que Rossi, ne pouvait approuver l'act de 1844 en 1840; mais si, au lieu de vous en tenir à la forme extérieure, vous vous donniez la peine de pénétrer au fond de la question, vous verriez que cet homme éminent n'était point demeuré étranger au mouvement qui entraînait l'Angleterre vers la réforme de Sir Robert Peel. Il connaissait les efforts et approuvait les tendances de la grande école du Currency-Principle.

Sans doute, ce que l'on discute, ce ne sont pas simplement les noms mais les preuves. Cependant, lorsque des hommes illustres ont fourni de bons arguments, il est permis d'en profiter. «Vous prenez des moines pour des raisons, » disait Pascal aux jésuites. Quand ces moines s'appellent Rossi, Gobden, Gladstone, Goschen, sir Robert Peel, Léon Faucher, lord Overstone, Torrens, Norman, etc., on ne risque guère de s'égarer en

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