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qu'il reste à faire pour initier notre pays aux bienfaits du crédit. Mais il faut d'abord ne pas confondre le crédit avec l'émission des billets; il faut aussi, au lieu de s'attaquer au principe de l'unité de la Banque, s'appliquer à concilier celui-ci avec la ramification des comploirs, formés spontanément dans les localités où le besoin des relations d'escompte se révèle, et chargés de fonctionner comme agents responsables de l'institution centrale. Dans cette voie, nous n'aurions bientôt rien à envier aux pays étrangers.

Vous parlez sans cesse des six cents branches des banques écossaises : ce n'est pas la médiocre quotité des billets émis, c'est la masse énorme des dépôts qui entretient leur action féconde : les banques populaires d'Allemagne n'émettent pas de billets; elles sont déjà deux fois aussi nombreuses que les banques d'Écosse. Bien que vous ayez préconisé la fameuse doctrine : « le crédit c'est du capital, » si une assertion aussi chimérique peut flatter des erreurs vulgaires, l'économie politique, d'accord avec la morale, condamne quiconque imagine qu'on peut s'enrichir autrement que par le travail et par l'épargne. Les combinaisons de crédit ne sont bonnes qu'autant qu'elles facilitent l'application de ces deux grands instruments du progrès.

Cette lettre est plus longue que je ne l'aurais désiré, et je suis loin d'avoir tout dit. Il me fallait avant tout remplacer par des données plus exactes les prétendues citations de mes opinions et les interprétations erronées de ma pensée. Je ne prends donc pas congé de vous, mon cher et honoré confrère. La suite de mon travail sur le Change, dont cette réponse obligée retarde l'insertion, me permettra de traiter à fond des points essentiels de doctrine dont vous paraissez ne pas soupçonner l'importance, notamment l'influence souveraine que le change exerce sur le taux de l'escompte et, par voie de conséquence, sur l'unité d'émission, et l'application exacte des doctrines du free-trade à la question qui nous divise.

J'éprouve un double regret en terminant: de ne pas avoir eu le temps et l'espace nécessaires pour répondre de suite à mes autres contradicteurs, et d'avoir rencortré dans votre épître un langage irritant, qui aurait pu motiver de légitimes représailles, si je ne croyais qu'un débat scientifique doit conserver une autre allure. Vous aimez la liberté, je vous en félicite, mais vous devez savoir ce qui lui est le plus funeste; puisque vous me renvoyez à l'apologue de Lafontaine : l'Ours et l'Amateur des jardins, permettez-moi d'ajouter que beaucoup de ceux qui s'en doutent le moins pourraient tirer profit de cette lecture.

L. WOLOWSKI.
Membre de l'Institut.

POST-SCRIPTUM

A LA

LETTRE ADRESSÉE A M. WOLOWSKI

PAR M. MICHEL CHEVALIER

Dans le tirage à part, actuellement sous presse, de la let adressée à M. L. Wolowski sur la question des banques ( M. Michel Chevalier a ajouté le passage suivant relatif à l'opini de Richard Cobden :

Parmi les hommes que vous citez, pour vous prévaloir de leur app il en est un que je ne puis passer sous silence, c'est l'illustre Richa Cobden, esprit éminent, âme noble, dont l'amitié a été pour moi ! des plus grands charmes de la vie. Vous le représentez comme ayant jo. un des premiers rôles dans l'affaire de la Banque d'Angleterre, et comi. ayani été un des plus fermes avocats de la loi anglaise de 1844. Permt. tez-moi de vous dire que vous exagérez fort. En 1844, Cobden av. voté, avec une très-grande majorité de la Chambre des communes, loi restrictive proposée par Robert Peel. Après la crise de 1847 où manifestèrent, pour la première fois, les dangers de la loi, nom membre du comité de la Chambre qui fut chargé de faire à ce sujet ur enquête et un rapport, il fut de la faible majorité qui s'opposa år qu'on changeât la loi, et qui maintint ainsi le régime restrictif. Ma s'ensuit-il qu'aujourd'hui, après les nouvelles expériences qui ont e lieu et qui ont été tellement significatives, il garderait la même opi nion ? C'est ce que nul ne peut dire. De ce que Richard Cobden cru opportunes en 1844 les restrictions formulées par le bill de Rober Peel, peut-on conclure qu'il voulût des restrictions plus grandes et qu'il fût partisan de la théorie absolutiste dont vous êtes le vaillant champion, d'après laquelle il ne devrait y avoir dans un État qu'une seule bangue d'émission ? C'est ce que rien ne vous autorise à supposer. On peut avoir voté la loi restrictive de 1844 et être partisan du maintien des banques d'Écosse et des banques d'Irlande, et même vouloir positi

(1) Le Monopole et la Liberté, lettre à M. Wolowski, membre de l'Institut, Paris, Guillaumin. In-8 de 40 p.

POST-SCRIPTUM

A LA

LETTRE ADRESSÉE A M. WOLOWSKI

PAR M. MICHEL CHEVALIER

Dans le tirage à part, actuellement sous presse, de la lettre adressée à M. L. Wolowski sur la question des banques (1), M. Michel Chevalier a ajouté le passage suivant relatif à l'opinion de Richard Cobden :

Parmi les hommes que vous citez, pour vous prévaloir de leur appui, il en est un que je ne puis passer sous silence, c'est l'illustre Richard Cobden, esprit éminent, âme noble, dont l'amitié a été pour moi l'un des plus grands charmes de la vie. Vous le représentez comme ayant joué un des premiers rôles dans l'affaire de la Banque d'Angleterre, et comme ayani été un des plus fermes avocats de la loi anglaise de 1844. Permettez-moi de vous dire que vous exagérez fort. En 1844, Cobden avait voté, avec une très-grande majorité de la Chambre des communes, la loi restrictive proposée par Robert Peel. Après la crise de 1847 où se manifestèrent, pour la première fois, les dangers de la loi, nommé membre du comité de la Chambre qui fut chargé de faire à ce sujet une enquête et un rapport, il fut de la faible majorité qui s'opposa à ce qu'on changeât la loi, et qui maintint ainsi le régime restrictif. Mais s'ensuit-il qu'aujourd'hui, après les nouvelles expériences qui ont eu lieu et qui ont été tellement significatives, il garderait la même opinion ? C'est ce que nul ne peut dire. De ce que Richard Cobden crut opportunes en 1844 les restrictions formulées par le bill de Robert Peel, peut-on conclure qu'il voulût des restrictions plus grandes et qu'il fût partisan de la théorie absolutiste dont vous êtes le vaillant champion, d'après laquelle il ne devrait y avoir dans un État qu'une seule banque d'émission ? C'est ce que rien ne vous autorise à supposer. On peut avoir voté la loi restrictive de 1844 et être partisan du maintien des banques d'Écosse et des banques d'Irlande, et même vouloir positi

(1) Le Monopole et la Liberté, lettre à M. Wolowski, membre de l'Institut. Paris, Guillaumin. In-8 de 40 p.

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vement la conservation des diverses banques établies dans l'Angleterre proprement dite et le pays de Galles.

Les banques en général n'occupaient qu'une place très-médiocre dans l'estime de Richard Cobden. A cet égard, il ne faisait aucune différence entre la Banque d'Angleterre et les autres banques, et c'est le sens irrécusable de quelques mots de lui que vous cilez. Au sujet de cette institution, il partageait l'opinion qui dominait dans la chambre de commerce de Manchester, dont il était membre, et c'est un fait bien connu qu'en 1839 cette chambre avait dénoncé la Banque d'Angleterre à la vindicte publique dans un document qui fit sensation. Ce n'est donc pas lui qui eût voulu donner à la Banque d'Angleterre, ni à aucune banque quelconque, la haute main sur le commerce de l'empire britannique.

En un mot. C'est à tort que, dans votre campagne pour le monopole d'une banque unique d'émission, vous vous étayez du nom respecté de Richard Cobden.

Je vous parlais, il y a un moment, de l'avocat-général Antoine Séguier, et du discours qu'il prononça lors du lit de justice du 12 mars 1776, tenu par Louis XVI pour l'enregistrement de l'édit qui supprimait les corporations d'arts et métiers. Je vous ai fait remarquer, en même temps que quelques différences, la similitude qui existe entre votre argumentation et la sienne contre la liberté du travail; une ressemblance de plus résulte de votre tactique de faire intervenir Richard Cobden. L'avocat général du parlement évoqua de même l'ombre d'Henri IV. «Ce roi, disait-il, qui sera toujours les délices des Français; ce roi, qui n'était occupé que du bonheur de son peuple; ce roi, que Votre Majesté a pris pour modèle. Oui, Sire, c'est cette idole de la France qui, sur l'avis des princes de son sang, des gens de son conseil d'État , des plus notables personnages et de ses principaux officiers, assemblés dans la ville de Rouen pour le bien de son royaume, a ordonné que chaque état serait divisé et classé sous l'inspection des jurés choisis par les membres de chaque communauté, et assujettis aux règlements particuliers à chaque corps de métier différent, et Henri IV s'est déterminé à cette loi generale, non pas comme ses prédécesseurs, qui ne cherchaient qu'un secours momentané dans cette création; mais pour prévenir les effets de l'ignorance et de l'incapacité, pour arrêter les désordres, pour assurer la perception de ses droits, et en faire usage à l'avenir suivant les circonstances : d'où il résulte que c'est le bien public qui a nécessité l'érection des maîtrises et des jurandes; que c'est la nation elle-même qui a sollicité ces lois salutaires; que Henri IV ne s'est rendu qu'au veu général de son peuple; et nous ne pouvons répéter, sans une espèce de frémissement, qu'on a voulu faire envisager la sagesse de ce monarque si bon et si chéri, comme ayant autorisé des

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