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conseils d'un aussi grand maître, Marmontel y débuta par la tragédie de Denis le tyran; cette pièce eut un succès si prononcé, que l'auteur fut appelé sur le théâtre. Cet honneur, tant prodigué depuis , n'avait encore été accordé qu'une fois à Voltaire à l'occasion de Mérope. A Denis le tyran, Marmontel fit succéder Aristomène , qui n'eut pas un moindre succès. Voltaire qui n'était point jaloux de ses inférieurs, . pressa l'auteur dans ses bras à la première représentation de cette pièce , en s'écriant , macte animo generose puer ! Cléopâtre suivit de près Aristomène ; mais la négligence du style , la foiblesse du sujet , et d'autres circonstances que nous ne rapporterons pas , empéchèrent cette pièce d'avoir tout le succès que l'auteur en espérait. Cette dernière tragédie parut en 1750. Denis le tyran avait paru 1748 ; ainsi, dans l'espace de deux ans, Marmontel produisit trois tragé. dies; fécondité rare alors, mais qui est devenue assez commune depuis que l'on travaille sans goût et sans réflexion. Les Heraclides eurent encore moins de succès que Cléopâtre; cependant cette pièce offre de belles situations. L'auteur attribue la disgrâce qu'elle éprouva , à l'état d'ivresse et d'étourdissement dans lequel se trouvait, au second acto, Mlle. Dumesnil, qui jouait le rôle de Déjanire. Cette actrice , dit-il, aimait le vin ; elle avait coutume d'en boire un gobelet dans les entre-actes, mais assez. trempé d'eau pour ne pas l'enivrer; malheureusement ce jour-son laquais le lui versa pur à son insu : toute bouillante encore , elle avala ce vin , qui lui porta à la tête.

Dégouté de la scène tragique par la chûte des Funérailles de Sesostris qu'il donna ensuite , Marmontel se montra sur la scène lyrique, et y débuta par la pastorale héroïque d’Acanthe et Céphise, dont Rameau fit la musique. C'était une pièce à grandes machines, et qui fut composée à l'occasion de la

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naissance du Duc de Bourgogne. Il fit ensuite la Guirlande et les Sybarites, deux actes détachés qui eurent du succès, et dont Rameau fut encore le musicien.

Marmontel qui visait au solide , et qui avec raison voulait se faire dans le monde un état fixe, obtint la place de secrétaire des bâtimens du roi ; mais cet emploi qui le retenait à Versailles , ne l'empéchait pas de se livrer au travail de l'encyclopédie dont il faisait les articles sur la littérature. C'est de ces articles épars dans ce vaste dictionnaire , qu'il composa dans la suite sa Poétique française ; ouvrage estimable , et qui le place au premier rang parmi nos rhéteurs. Poli, souple, insinuant, quoique doué d'un caractère plein de franchise, Marmontel savait se concilier les bonnes grâces des grands , et surtout les conserver; il usait sobrement de leurs faveurs; mais il employait avec zèle son crédit auprès d'eux, quand il s'agissait d'obliger ses amis. Il en a donné la preuve en faisatu accorder à Boissy le privilège du Mercure. Celui-ci, se sentant trop faible pour une aussi grande entreprise, eut recours aux talens de son bienfaiteur, qui, à cette occasion, composa quelques-uns de ses Contes moruur, son plus beau titre à la gloire littéraire. Nous nous dispenserons de faire l'éloge de ces ouvrages, écrits avec autant d'esprit que de simplicité et de naturel. · Après la mort de Boissy , Marmontel obtint pour luiinême le privilège du Mercure ; dès-lors il renonça à la place de secrétaire des bâtimens , pour s'occuper uniquement d'un ouvrage d'autant plus utile , que les pensions de plusieurs gens de lettres étaient fondées sur ses produits. Il accueillit les premiers essais de l'abbé Delille et de Malfilâtre, ceux de Lemierre, et il encouragea par de sages critiques les talens dır jeune Thomas. Il contribuia par ses conseils à rectifier ce que Mlle, Clairon avait de vicieux dans son jeu brillant, et l'ou peut dire , à cet égard, qu'il opéra une réforme salutaire dans l'art dramatique, en faisant succéder à l'emphase, à la déclamation, le ton de la nature et de la vérité. Malheureusement l'auteur ne resta pas long-tems à la tête du Mercure. Lié avec Cury , il eut le malheur de reciter une parodie de Cinna que celui-ci avait faite, et dans laquelle il attaquait le duc d'Aumont, alors intendant des menus-plaisirs..

Le Duc, irrité, se plaignit au Roi, et Marmontel fut nonseulement privé du Mercure, mais encore renfermé à la bastille ; punition bien rigoureuse, pour une légère inconséquence. Il en sortit à la vérité au bout de quelques jours; mais le Mercure ne lui fut pas rendu.

Loin de se laisser abattre, Marmontel tira de nouvelles forces de sa disgrâce : libre de tous soins, son esprit devint plus sécond et plus vigoureux. Il acheva sa Poétique, et la dėdia au roi ; il conçut et écrivit son Belisaire , qui lui causa quelque désagrément, mais qui mit le comble à sa gloire. Il fit les Incas, roman fort intéressant. A tant de titres, il fut reçu à l'Académie , dont il devint secrétaire perpétuel. Mais, loin de s'endormir sur ce trône littéraire, il composa et fit jouer successivement plusieurs opéra-comiques , dont Grétry fit la musique. Ce sont les Mariages Samnites ; le Huron, Lucile et Silvain , l Ami de la Maison et Zénire et Azor.

Marmontel avait cinquante ans lorsqu'il épousa Mlle. de Montigny, nièce de M. Morellet, à peine âgée de dix-huit aus. Cette disproportion d'âge n'empêcha pas ce mariage d’être heureux; et l'on peut dire qu'il embellit l'automne et l'hyver d'une vie, dont le printems et l'été s'étaient passés au milieu des trayaux littéraires. L'amour conjugal ne rendit point Marmontel infidèle aux muses; il composa l'opéra de Didon,qui eut un succès complet; celui de Pénélope , qni ne fut pas aussi heureux, et la comédie du Dormeur Eveillé , sujet tiré des Mille et ụne Nuits , qui n'eût pas le bonheur de plaire.

Sans prendre une part active à la révolution , Marmontel la vit avec les sentimens d'un patriote, qui désire la réforme des abus : dans la suite, pour éviter les persécutions, il fut obligé de se cacher. Quand l'orage fut dissipé, il passa tranquillement une partie de ses dernières années à Gaillon; enfin, il fut nommé député, et défendit la religion avec énergie.

Comme il avait vécu sobrement, il sentit peu les infirmités de la viellesse ; il mourut d'apoplexie le 31 décembre 1799. Comme auteur tragique, Marmontel ne peut être placé qu'au troisième rang. Son style est naturel et yrai , mais il manque de couleur et de force. Ses opéra-comiques, notamment Zémire et Azor, l'élèvent au premier rang parmi les auteurs lyriques; ses Contes, sa Poétique et son Bélisaire le placent à côté de nos meilleurs écrivains en prose..

MAROLLES (l'abbé de) nous a donné, en 1658, une traduction des comédies de Plaute.

MARQUIS RIDICULE (le), ou La Comtesse FAITE A LA HATE, comédie en cinq actes, en vers, par Scarron, 1656.

Don Blaise Pol, marquis de la victoire, doit épouser Blanche , fille de don Cosme de Vargas, gentilhomme de la ville de Madrid. Don Blaise , qui craint que sa future ne soit une coquette, commande à son frère, don Sanche, de faire croire qu'il est passionné pour Blanche; celle-ci connaît déjà don Sanche, et l'aime; et le cavalier, de son côté, est fort épris de Blanche. Cependant une Portugaise, nommée Stéphanie, aventurière des plus signalées, se met en tête de se faire

épouser par don Blaise. Pour y parvenir, elle vient trouver don Cosme de Vargas , et lui dit qu'elle est femme de son gendre futur, dont elle a deux enfans. Don Blaise a beau protester de la fausseté de ce fait; Stéphanie soutient toujours ce qu'elle a avancé; de sorte que don Blaise , pour se débarrasser de cette créature , lui offre une somme d'argent , qu'elle accepte. Ensuite, craignant les infidélités de Blanche s'il l'épouse, il promet une dot à don Sanche pour tenir sa place.

MARS (Mlle.), actrice du théâtre Français , 1810.

Cette actrice a joué et joue encore les ingénuités avec beaucoup de succès ; elle est aimée du public , qui lui a long-tems prodigué ses faveurs. Mais ses yeux ont perdu de leur éclat; le Tems, le Tems impitoyable a flétri sa jolie fi- gure. Ce n'est plus ce front virginal où se peignaient la candeur et l'ingénuité: à trente-six ou quarante ans on n'est plus innocente ; à cet âge, en un mot, on ne sait plus rougir. Pénétrée de cette vérité, Mlle. Mars s'est essayée dans l'emploi des grandes coquettes , où elle s'est fait applaudir ; ce qui prouve incontestablement qu'elle est très-flexible , car ces deux emplois sont diametralement opposés. Toutefois nous lui conseillons de s'en tenir à ce dernier rôle. Une fille ingénue peut devenir une grande coquette , mais celle-ci ne peut plus devenir ingénue ; à plus forte raison, elle ne peut être tout à la fois et grande coquette et ingénue.

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MARSIDIE, reine des Cimbres , tragédie, par madame de Gomez , 1724.

Le consul Marius , après avoir vaincu Marsidie , reine des Cimbres, et fait prisonnier Gotharsis, prince de Basa ternes, rend la liberté à ce dernier, et l'envoie auprès do

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