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c'est l'apparition de l'ombre de Duncan, apparition plus ridicule que tragique; et l'horreur que conçoit Macbeth de son crime avant de le commettre. Il observe même que

le roi, au moment du danger, l'appellera sans doute à son secours. Le roi l'appelle en effet, et Macbeth, en dépit de ses réflexions, consomme le régicide. On voit que ces remords inutiles ne peuvent intéresser.

Depuis, M. Ducis a voulu remédier à ces deux défauts. Il a réussi pour le premier, le plus facile à corriger; mais il n'a fait que

rendre le second plus évident, comme on en pourra juger par les détails suivans. Le fils du roi, l'élève du vieillard, le jeune Malcolin, vient déclarer qu'il est seul héritier du trône d'Ecosse, et que Macbeth est coupable; celui-ci nie son crime; alors, Malcolin évoque l'ombre de son père, pour appuyer son assertion : l'ombre apparaît; Macbeth la voit, les autres personnages la voient, mais elle est invisible pour le spectateur. Macbeth n'en continue pas moins de taxer le prince d'imposture, et il va jusqu'à menacer de le faire punir. L'apparition de l'ombre est donc moins choquante ; mais l'intérêt qu'inspiraient les reinords de Macbeth repentant, n'est plus aussi vif, quand ce Macbeth persiste dans son dessein, et se montre disposé à commettre un nouveau crime.

Il existe de grandes beautés dans cet ouvrage : on y trouve de ces vers, que l'on admire et que l'on retient facilement. Voici l'un des plus saillans de la pièce : on représente à Macbeth, rongé de remords, . qu'il ne peut rien changer à ce qui s'est fait, que Duncan est mort; il répond:

Mort pour tout l'univers, il est vivant pour moi.

MACEY (le frère Claude), hermite, a composé une tragédie intitulée : l'Enfant Jésus, ou la Naissance de Jésus en

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Bethléem , qui fut imprimée en 1729, et représentée dans les

Couvens.

MACHABÉE (la), ou MARTYRE DES SEPT FRÈRES ET DE SALOMONE, LEUR MÈRE, tragédie, tirée de l'écriture sainte, par Jeau Virey, 1596.

L'auteur traita le même sujet en 1600, sous le titre de la Divine et heureuse Victoire des Machabees, sur le roi Anthiochus. Ces pièces étaient sans distinction d'actes ni de scènes. La première avait été formée d'une traduction en vers, que l'auteur avait faite du livre des Machabées, et la seconde n'était qu'une correction de celle-ci. · MACHABÉES ( les ), tragédie de Lamotte, aux Français, 1721.

Cette tragédie, dont le sujet est également tiré de l'écriture sainte, est une des meilleures pièces de Lamotte; c'est, sans contredit, la mieux écrite de toutes. On y trouve avec d'heureux détails , une versification bien soutenue. L'auteur ayant gardé l'incognito, on crut, pendant quelque tems, que c'était nn ouvrage posthume de Racine; du moins, on lui attribuait les trois premiers actes. Enfin, on voulut juger par compa. raison, et l'examen des vers détruisit cette fausse opinion. Rousseau dit, à ce sujet : « On donne cette pièce à Lamotte; mais s'il n'y a ni pointes, ni pensées fleuries, ni petites finesses d'esprit, elle ne saurait être de lui ». - On vit une chose très-extraordinaire aux représentations de cette tragédie : c'est Baron, jouant le rôle du jeune Machabée, à l'âge de plus de soixante-dix ans, et si faible alors, qu'il fallut l'aider à se relever quand il se jeta aux pieds de Salomone; sur quoi l'on fit ces vers :

Et le vieillard Baron , pour l'honncur d'Israël ,
Fait le rôle enfantin du jeune Misael ;

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Et, pour rendre la scène exacte,
Il se fait raser à chaque acte.

Dans cette tragédie, Misaël raconte les cruautés inouies exercées sur ses frères. A cette affreuse peinture, la mère de ce jeune héros s'arme d'une religieuse intrépidité; mais, malgré ses efforts, les sentimens de la nature l'emportent, et, pendant un moment, l'héroïne fait place à la mère. Misaël s'en aperçoit, et la douleur de déchirer ainsi l'âme de la

personne qu'il chérit le plus, l'engage à suspendre son récit; sa mère lui dit : Achève. Mademoiselle Lecouvreur, qui fut chargée de ce rôle, prononçait ce mot avec le même sangfroid que si elle demandait la suite de la relation d'un léger accident, arrivé à des personnes qui lui seraient étrangères, Elle redoublait, par cet art, l'admiration pour l'héroïne, qui, percée des plus rudes coups, rassemble toutes ses forces, afin de ne pas se laisser abattre alix yeux de son fils, et de lui donner l'exemple des vertus dont elle lui dicte les leçons.

MACHINES. On appelle ainsi, dans le poëme dramatique, l'apparition sur la scène, de quelque Divinité ou Génie, pour faire réussir un dessein important, ou surmonter une difficulté supérieure au pouvoir des hommes. Ces machines, parmi les anciens, étaient les Dieux, les Génies bons ou malfaisans, les Ombres, etc. Shakespear, et nos auteurs français avant Corneille, employaient encore la dernière de ces ressources. Elles ont tiré ce nom des machines que l'on a mises en usage pour les faire apparaître sur la scène, et les en retirer d'une manière qui approche du merveilleus. Quoique cette même raison ne subsiste plus pour le poëme épique, on est cependant convenu de donner le nom de machines aux Étres surnaturels qu'on y introduit. Ce mot marque, dans l'un et l'autre poëme, l'intervention ou le ministère de quelque Divinité ; mais, comme les occasions qui peuvent amener les machines ou les rendre nécessaires, ne sont pas les mêmes, les règles qu'on y doit suivre sont aussi différentes. Les anciens poëtes dramatiques n'admettaient jamais aucune machine sur le théâtre, que la présence du Dieu ne fut absolument nécessaire ; et ils étaient sifflés, lorsque, par leur faute, ils étaient forcés d'y recourir. Suivant ce principe, pris dans la nature, que le dénouement d'une pièce doit naître du fonds même de la fable, et non d'une machine étrangère, que le génie le plus stérile peut amener, pour se tirer tout-à-coup d'embarras , ainsi qu'on le voit dans Médée, qui se dérobe à la vengeance de Jason, en fendant les airs sur un char traîné par des dragons ailés. Horace paraît un peu moins sévère, et se contente de dire que les Dieux ne doivent jamais paraître sur la scène, à moins que le næud ne soit digne de leur présence.

Nec Deus intersit, nisi dignus vindice nodus. Outre les Dieux, les anciens introduisaient des Ombres, comme dans les Perses d'Eschylles, où l'ombre de Darius paraît. A leur imitation, Shakespear en a mis dans Hamlet et dans Macbeth : on en trouve souvent dans les pièces de Hardy: la Statue du Festin de Pierre, le Mercure et le Jupiter dans l’Amphitrion de Molière, sont aussi des inachines; mais on s'en accommoderait difficilement aujourd'hui. Aussi Racine, dans son Iphigénie, a-t-il imaginé l'épisode d'Eryphile, pour ne pas souiller la scène par le meurtre d'une Princesse aussi aimable et aussi vertueuse qu'Iphigénie. (Voyez l’IPHIGÉNIE d'Euripide ),

On ne voit plus aujourd'hui de ces sortes de machines qu'à l'Opéra, où elles sont reléguées. Horace propose trois sortes.

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de machines à introduire sur le théâtre : la première est un Dieu visiblement présent devant les acteurs, et c'est de cellelà qu'il donne la règle dont nous avons déjà parlé; la seconde espèce comprend les machines plus incroyables et plus extraordinaires, comme la métamorphose de Progné en hirondelle, celle de Cadmus en serpent. Il ne les exclut ni ne les condamne absolument; mais il veut qu'on les mette en récits, et non pas en action; la troisième espèce est absolument absurde, et il la rejette totalement; l'exemple qu'il en donne, c'est un enfant qu'on retirerait tout vivant du monstre qui l'aurait dévoré. Les deux premiers genres sont reçus

indifferemment dans l'épopée et dans la distinction d'Horace, qui no regarde que le théâtre; la différence entre ce qui se passe sur la scène et à la vue des spectateurs, d'avec ce qu'on suppose s'achever derrière le rideau, n'ayant lieu que dans le poëme dramatique. On convient que les anciens poëtes ont pu

faire intervenir les divinités dans l'épopée; mais les modernes outils le même privilège ? C'est une question que l'on trouvera examinée au mot merveilleux.

Si l'on est forcé de se servir de machines, dit Aristote, dans sa Poétique, il faut que ce soit toujours hors de l'action de la tragédie, soit pour expliquer les choses qni sont arrivées auparavant, et qu'il ne serait pas possible que l'homme sat, soit pour avertir de celles qui arriveront ensuite, et dont il est nécessaire qu'on soit instruit. Il faut absolument que,

dans tous les incidens qui composent la fable, il n'arrive jamais rien sans raison. Ce qui est sans raison doit se trouver hors de la tragédie.

MACHINES DE THÉATRE. Les anciens en avaient de plusieurs sortes dans leurs théâtres, tant celles qui étaient placées dans l'espace ménagé derrière la scène, que celles

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