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poine de dureté ; point de terme rude ; choquani", impropre , inulité : en un mot, il faut avoir un respect infini pour la Langue, .

Il faut que la Période foit d'une juste longueur ; si elle est trop courte , elle sera peu susceptible d'harmonie s le sens ne demeurera pas assez long-tems fufpendu , & n'exercera point assez l'artention du lecteur : si elle est trop longue, l'esprit aura peine à l'embrasser toute entiere avec plaiGr; il en laissera échape per presque toutes les beautés.

Il faut éviter dans la Prose les rimes & - les épithetes trop fréquentes. La Poésie,

de son côté, n'admet point de phrase ptosaïque. Ce sont deux jurisdi&ións différentes , qui ont leurs privileges & leurs bornes ; & qui ne doivent point entreprendre l'une sur l'autre,

Dans tout ce que nous venons de dire sur le Nombre Oratoire, nous ne l'avons considéré que relativement aux chûtes ou cadences dans la Période. On le trouve employé dans plusieurs fens cous différens chez les Rhéteurs tant anciens que modernes ; c'est une discullion délicate, difficile, & qui ne convient point aux jeunes perionnes à qui ces notions dézeres , mais suffisantes , sont destinées,

CHAPITRE IV.

Des Styles. L e Style , dans l'usage ordinaire , se prend pour la maniere dont chacun s'exprime : c'est dans ce sens qu'on dit que chaque Aureur a son style.

Mais, comme toutes les diverfes manieres de s'exprimer ne s'appliquent qu'à trois fortes de matieres, l'une simple, l'autre un peu plus élevée, la troisieme, grande & sublime; on peut dire aufli qu'il n'y a que trois sortes de Styles, le simple, le tempéré & le fublimer; & ce qu'on appelle le Style particulier de chaque Auteur, n'est qu'une nuance de ces trois Styles, variée à l'infini: ou bien c'est l'application différente que chaque Auteur fait de ces trois Styles aux trois différentes matieres auxquelles ils se rapportent.

Les qualités du Style en général, sone la clarté & la propriété.

Le Style doit être clair. On n'écrit pas pour ne point être entendu. Ceux qui aiment à s'ensevelir dans les rénebres, ont une ressource qui ne peut leur manquer;

la clases quali quelles

c'est le silence. Il est surprenant qu'il y ait des lecteurs assez stupides ou allez fue perstitieux pour admirer ce qu'ils n'entendent pas ,. & ce qu'ils ne peuvent pas entendre. Un sot trouve toujours un plus for qui l'admire. ,. Un esprit sage:&. judicieuxi, quand il écrit, veut être entendu, &, quand il lit les productions des autres, ne précipite ni son admiration, ni sa censure ; il veut connoître avanç de louer ou de blâmer; semblable à ces prudens Sénonois, qui étant saisis d'abord d'une crainte, relpect tueuse à l'aspect imposant des Sénar teurs de Rome qu'ils prenoient pour des Dieux, voulurent, avant de leur rendre les honneurs divins, examiner à fond

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Le Style doit être propre au sujet que l'on traite. Tout sujer, comme il a été dir plus haut, no s'accommode pas de tourę sorte de Style. La raison, & le jugement doivent servir de guides dans le choix qu'il en faut faire. Un Orateur véritables ment éloquent , fait dire les petites chor ses avec limplicité, avec esprit, avec une délicatesse pleine de païveté ; les choses médiocres, avec douceur, élégance & pureté ; les choses sublimes, avec pompe

& majesté : ici il est serrré & concis; là, plus abondant & plus nombreux : tantôt il gagne l'esprit de son auditeur par un air d'ingénuité, de candeur & de modeltie qui le touche & qui le rend favorable; tantôt il l'étonne, il l'enleve par la grandeur de ses sentimens,par la noblesse de ses pensées , par la magnificence de ses expresions, toujours prêt à plier fon éloquence, à présenter de nouveaux fpe&acles , à revêtir la scene de décoratioits nouvelles, selon la diversité des lieux, des tems & des personnes. Sérieux ou en. joué, doux ou amer, triste ou plaisant, un Orateur est un véritable Prorée.

Nous avons distingué trois fortes de Style. Entrons dans le détail , & commençons par le Style sublime.

SECTION P R EM LE R E.

Du Style sublime. Le Style fublime eft celui qui, par la majesté & l'élévation des pensées , la richeffe & la force des expreflions, la vivacité des mouvemens, la nobleffe & lá beauté des images, éleve l'ame au-dessus des fens , '&t la remplit d'un certain en

thousiasme mélé de plaisir, de respea & d'admiration : en voici des exemples.. M. Fléchier, Oraison funebre de Monficut

de Turenne.

» Cet homme qui défendoit les Villes » de Juda, qui domptoit l'orgueil des v enfans d'Ammon & d'Esaü, qui revea noit chargé des dépouilles de Samarie, » après avoir brûlé sur leurs propres Aus tels les Dieux des Nations étrangeres ; s cet homme que Dieu avoit mis autour » d'Israël comme un mur d'airain, où le 5 briserent tant de fois toutes les forces

de l'Asie, & qui, après avoir défait de » nombreuses armées, déconcerté les » plus fiers & les plus habiles Généraux to des Rois de Syrie, venoit tous les ans, »» comme le moindre des Israëlites, ré

parer avec ses mains triomphantes les w ruines du Sanctuaire, & ne vouloit » d'autre récompense des services qu'il o rendoit à sa Patrie, que l'honneur de » l'avoir servie; ce vaillant homme poul. » fant enfin avec un courage invincible w les ennemis qu'il avoit réduits à une » fuite honteuse, reçut le coup mortel, » & demeura comme enseveli dans son

triomphe. Au premier bruit de ce fuz

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