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Autre Epitaphe , composée par Scarron,

Ci gît qui fut de belle taille ,

Qui savoit danser & chanter ,

f aisoit des vers vaille que vaille,

Et les íàvoit bien réciterj

Sa race avoit quelque antiquaille,

Et pouvoit des Héros compter i

Même il auroit livré bataille ,

S'il en avoit voulu rater.

11 parLoit fort bien de la Guerre;

Des Cieuy, du Globe de la Terre, . .

Du Droit Civil, du Droit Canon,

Et connoissoit assez les choses

Par leurs effets & par leurs causes:

Etoit-il honnête homme! Oh non.. il

S'il n'y a qu'un pas du style simple au style plaisant, il n'y a.-qu'un pas auísi du plaisant au ridicule, & trop de gens íranch.íKìnt ce dernier pas.

On cherche les rieurs ( dit la Fontaine ) & moi je les évite „ . • .

Cet art veut fur tout autre un suprême mérite.
Dieu ne créa que pour les sots
Les médians diseurs de bons mots.

Le style simple est d'usage dans les Co> jnédies, dans lesFables,dans les Contes, dans les Historiettes, dans mille bagatelles brillantes , où ^imagination peut déployer tout ce qu'elle a de grâces & d'enjouement. On ne peut mettre trop d'esprit dans ces petits ouvrages,uniquement faits pour amuser; mais cet espiit ne peut être trop naturel ; heureux quand il se produit sous les traits de l'enjouejnent & de la naïveté, comme dans la plupart des morceaux que nous avons cités. Si la recherche se fait sentir, tout est froid, tout rebute & ennuie.

II n'y a que les gens de gofit qui soient en état de juger du prix de ces petits ouvrages. Un Savant lans esprit, qui ne peut ni les composer, ni les goûter , prend re parti de les mépriser; c'est ainsi qu'il se venge de la Nature qui lui

Les Diflèrtations & l'Histoire deman* dent une simplicité sérieuse & noble.

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* .' .

Section III,

Du Style tempéré.

Jle Style tempéré tient le milieu entre les deux précédens ; il a pl us de force & d'élévation que le Style {impie , mais moins que le Style sublime : il emprunte* de ce dernier la noblesse des pensées, la vivacité des images , & de l'autre une douceur r un air de naïveté propre à persuader & à toucher.Ce Style admet toute sorte de fleurs , fur-tout celles du sentiment. C'est principalement à la douceur vivifiante & pénétrante du sentiment qu'on reconnoítle Style rempéré.Toutes les passions qui portent un caractère de douceur, sont du ressort de ce genre d'élocutíonU amitié, la compassion, la tristesse , la douleur, í'amour lorsqu'il gémit tendrement dans l'élégie , ou qu'il peint avec mollesse ses langueurs & ses plaisirs.

Mais les fleurs ne veulent pas être prodiguées inconsidérément, il faut les répandre avec goût, sobriété, sagesse, & variété sur tout, l'eonui naquit un jour de l'uniforaaité.

La réponse de Zaïre aux reproches (de Nérestan a cette douceur tendre, qui fait le charme du style tempéré.

Arrête, mon cher frère ! arrête! Connois moi,
Peut-être que Zaïre est digne encor de toi,
Mon frère, épargne moi cet horrible langage j
Ton courroux, ton reproche est un plus grand oiv
trage,

Plus terrible pour moi, plus dur que ce trépas
Que je te demandois & que je n'obtiens pas.
L'état où tu me vois accable ton courage:
Tu souffres, je le vois ; je souffre davantage.
Je voudroii que du Ciel le baibare secours
De mon sang dans mon coeur eût arrêté le cours*
Le jour qu'empoisonné d'une flamme profane,
Ce pur sang des Chrétiens brûla pour Orosmane;

Le jour que de ta soeur Orosmane charmé

Pardonnez-moi, Chrétiens ! Qui ne l'auroit aime?
II soisoit tout pour moi ; son cœur m'avoit choiíìe j
Je voyois fà fierté pour moi feule adoucie:
C'est lui qui des Chrétiens a ranimé l'eípoir;
C'est à lui que je dois le bonheur de te voir*
Pardonne: ton courroux, mon pere, ma tendresse,
Mes sermens, mon devoir, mes remords, ma foi*
bleffe,

Me fervent de supplice; & Zaïre en ce jour
Meurt de son repentir, plus que de son aaíour» ■

. Quelle rendrefle dans ces sentimeng d'Andromaque pour son fils í

Quoi, Céphise , j'irai voir expirer encor
Ce fils , ma feule joie & l'image d'Hector!
Ce fils que de fa flamme il me laissa pour gage!
Hélas • il m'en souvient ; le jour que son courage
Lui fit chercher Achille, ou plutôt le trépas,
II demanda son fils, & le prit dans ses bras:
Chere épouse , dit il, en essuyant mes larmes ,
J'ignore quel succès le fort garde à mes armes;
Je te laisse mon fils pour gage de ma foi?
S'il me perd, je prétends qu'il me retrouve en toi „•
Si d'un heureux hymen la mémoire t'est chere,
Montre au fils à quel point tu chérissois le pere.
Et je puis voir répandre un sang si précieux!

•Et je laisse avec lui périr tons fes ayeux!

Roi barbare ! faut-il que mon crime l'entraîue .*

Si je te liais, est-il coupable de ma haine?

T'a-t-il de tous les siens reproché le trépas?

S'est-il plaint à tes yeux des maux qu'il ne sent pas?

Et cependant, mon fils ! t;i meurs , si je n'arrête

Le fer que le cruel tient levé fur ta tête;

Je l'en puis détourner , & je t'y vais offiír!

Non , tu ne mourras point ; je n'y puis consentir.

M A RI A M NE à Hérode.

,Quand vous me condamnez, quand ma mort est • certaine, .

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