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Dans l'enfance , toujours des pleurs;
Un Pédant porteur de tristesse;
Des Livres de toutes couleurs ;
Des châtimens de toute espece. .
L'ardente & fougueuse jeunesse
Le met encore en pire élat; .
Des créanciers, une maîtresse,
Le tourmentent comme un forçató

- Um

Dans l'âge mûr , autre combat;

L'ambition le sollicite;
c. Richesses , dignités, éclat, :,

Soins de famille ; tout l'agite. .. .
Vieux, on le méprise, on l'évite; ..
Mauvaise humeur, infirmité,
Toux, gravelle , goutte , picuite,

Affjegent sa caducité.
Bérénice, toute occupée de Titus, én
parle ainsi à la Confidente.
De cette nuit, Phénice, as tu yu la splendeur ?
Tes yeux ne font-ils pas tout pleins de la grandeur?
Ces flambeaux, ce bucher, cette nuit enflammée,
Ces Aigles,ces Faisceaux,ce Peuple,cette Armée,
Cette foule de Rois , ces Consuls , ce Sénat ,
Qui tous de mon Amant empruntoient leur éclat,
Cette pourpre , cet or que rehaussoit la gloire,

Et ces lauriers encor témoins de la viđoire ; .
Tous ces yeux qu'on voyoit venir de toutes parts
Confondre sur lui seul leurs avides regards;
Ce port majëfueux, cette douce présence.
Ciel! avec quel relped & quelle complaisance
Tous les cours en secret l'assuroient de leur foi!
Parle. Peut-on le voir sans penser comme moi,
Qu'en quelque obfcurité que le sort l'eût fait

naître, Le monde, en le voyant, eût reconnu son maître?

L'effet de l'Enumération est de rassembler devant les yeux, & de former un tout frappant de plusieurs objets épars , dont l'imagination s'occuperoit à peine sielle ne les voyoit ainsi ramassés & réunis ea un seul corps de tableau.

Toute la regle que l'on peut prescrire fur l'Enumération, el de ne descendre dans aucun détail frivole, bas & ennuyeux, comme font Chicaneau & la „Comtelle, dans la Comédie de Racine. C'est le ridicule ordinaire des Plaideurs, que Racine a joué avec la gaieté la plus ingénieuse. · L'Enumération est d'un grand usage dans l'exposition du sujer & dans la récapitulation,

SECTION II li

De la Similitude, LA Similitude est un rapport de con. venance qui se trouve entre deux objets que l'on compare ensemble.

ExE M PLE s. Dans Télémaque, c'est lui-même qui parle :

on A peine avois-je ainfi parlé , que má po douleur s'adoucissoit, & que mon coeur 33 enivré d'une foile pallion secouoit prefa m que toute pudeur; puis je me voyois a plongé dans un abîme de remords >>pendant ce trouble, je courois errani cà ng & là dans le sacré.bocage: femblable a à une Biche qu’un Chasseur a blessée'; -» elle court au gravers des vastes forêr's »» pour soulager la douleur, mais la flên » che qui l'a percée dans le flanc la suit no par-tout; elle porte par-tout avec elle » le trait meurtrier. Ainsi je courois en a vain pour m'oublier moi-même, & vienn'adouciffoitla plaie.demonceur,

Dans le même Ouvrage , le jeune Idamante., victime du vou indiscret d'Ido

menée son pere, est comparé à un Lys que le soc de la charrue a coupé.

» Tel qu'un beau Lys au milieu des » champs, coupé dans sa racine par le » tranchant de la charrue, languit & ne » se soutient plus; il n'a point encore per:

du cette vive blancheur & cet éclat qui » charment les yeux, mais la terre ne le » pourrit plus, & fa vie est éteinte, ainG o le fils d'Idomenée, comme une jeune » & tendre fleur, eft cruellement mois

lonné dès son premier âge.

M. Bossuer dans l'Oraison Funebre de la Reine d'Angleterre , fait cette comparaison admirable.

» Comme une colonne , dont la masse » solide paroît le plus ferme appui d'un » Temple ruineux , lorsque ce grand » Edifice qu'elle soutenoit , fond fur elle » [ans I abattre; ainfi la Reine se montre » le ferme soutien de l'Etat , lorsqu'a» près en avoir long-tems porté le faix, » elle n'est pas méme courbée sous la » chûte, .

M. Fréron dans son Ode sur la bataille de Fontenoy, compare la Flandre (defti. née à être flouvent le théâtre de la guerre ) avec ce fameux Prométhée doot les entrailles toujours renaissantes sont tou. jours dévorées par un Vautour.

De meurtres affamé le Démon des batailles
De les barbares mains déchire tes entrailles:
Pour nourrir la fureur tu renais chaque jour;
Et ton sart eft pareil au destin déplorable

.. De ce fameux coupable , Immortel aliment de l'avide Vautour.

It compare ensuite l'Armée Françoise répandue dans la Flandre, avec le débordernent du Nil qui fertilise les cam. pagnes en les inondant. ' Que dis-je ? Contre toi quand Louis fe déclare ; Sensible à tes malheurs, la bonté les répare : Tu deyras ton bonheur à son bras irrité. , C'est ainfi que le Nil, franchissant son rivage, : Dans les champs qu'il ravage, . Répand le germe heureux de leur fésondité.. Paraphrase du Pfeaume premier, par M.

. . " - Godeau. :: Comme fur le bord des ruisseaux, Un grand arbre planté des mains de la nature, Malgré le chaud brûlant conserve la verdure, Et de fruit, tous les ans , enrichit fes ramcaux :: Ainlicet homme heureux fleurira dans le monde,

&c. .

Dans la Henriade, Chanc VIII. Eflex avec éclat paroit au milieu d'eux

Godeau..

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