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thics de la France. Inquiets de l'avenir, malgré le pompeux Italia [ara da se, ils prévoyaient avec crainte le jour où l'intervention étrangère, qu'ils considéraient comme un malheur, deviendrait une nécessité.

Quoiqu'il en soit, les échecs successifs et partiels que les volontaires romains essuyèrent dans presque toutes leurs rencontres avec les soldats de l'Autriche produisirent une telle démoralisation que, pour empêcher une déLandade complète, le ministre de l'intérieur, Mamiani, se ci ut obligé d'adresser aux gouverneurs des provinces une circulaire des plus étranges (1).

Tandis que les armes autrichiennes ralliaient la victoire sur les bords de la Piave, un vaste complot, organisé de longue main, éclatait simultanément, le même jour, à la même heure, dans plusieurs capitales de l'Euro; e et prouvait l'implacable solidarité, la fatale harmonie qui régnait dans le parti révolutionnaire. A Paris, les conjurés, prétextant une manifestation en faveur de la Pologne, violaient au nom de la liberté le sanctuaire de la représentation nationale. A Vienne, les étudiants égarés faisaient cause commune avec la garde civique, prononçaient les discours les plus incendiaires, couraient aux armes et forçaient l'empereur à quitter sa capitale pour se réfugier à Inspruck. A Naples, les révolutionnaires provoquaient des résultats plus sinistres encore. Le roi des Deux-Siciles, après avoir l'un des premiers,, entre les princes de l'Italie, accordé si généreusement la constitution à ses sujets, avait fixé l'ouverture des Chambres au 15 mai. Les conjurés crurent l'occasion

(1) Voir les documents historiques. N. 3.

d'engager la lutte d'autant plus favorable que la capitale se trouvait dégarnie de troupes par le départ de seize mille hommes envoyés en Lombardie. La lutte fut terrible.

Un grand nombre de députés, gagnés au parti révolutionnaire, préludaient aux hostilités par des réunions clandestines où les motions les plus subversives étaient soulevées. Dans ces conciliabules on proposait des changements à la formule du serment exigé par le roi : on créait un comité de salut public sous la dépendance absolue duquel la garde nationnale devait être placée ; en même temps, on adressait au roi des demandes incompatibles avec sa dignité et contraires à ses droits souverains. On l'engageait à remettre les forts de la ville auv mains de la garde nationale, à se confier lui-même au comité de salut public, après avoir préalablement renvoyé ses troupes à un rayon de dix lieues de la capitale. La conduite du roi fut ce qu'elle devait être : digne, calme et résolue; il repoussa avec fermeté des conditions qui compromettaient son honneur, et avec le canon, la révolte qui menaçait sa couronne. La lutte fut acharnée, mais avant la fin du jour, le parti révolutionnaire était. vaincu sur toute la ligne et la force restait au droit.

La dissolution de la garde civique, la mise de Naples en état de siége et la dissolution de la Chambre des députés, tels furent les résultats du combat provoqué par les éternels ennemis de l'ordre et de toute sage liberté.

CHAPITRE VII.

Élection (1rs députés. — Mamiani chez le cardinal Alticri. — Ouverture des Chambres — Discours du cardinal Alticri. — Programme du ministère. — Interpellation du prince de Canino. — Ruse de Mamiani. — Prise de Vicence. — Échec de Mamiani. — Réponse du pape à l'adresse desdépntés. — Pie IX redevient matlrc de la pusilion. — Occupation de la ville de Ferrare par les Autrichiens. — Débats parlementaires. — Protestation pontificale. — Crise ministérielle. — Journée du l'J juillet. — Tentative d'insurrection. — Les trois fiasques. — Assassinai de l'abbé Ximenès. — Le Labaro. — Manocuvresde .Mamiani pour conserver son portefeuille. — Commis voyageur de la révolution. Le Père Gavazzi chassé de Florence. — RpntréelriomphalcàRomedes vaincusde Vicence. — Ils s'emparent d'un couvent. — Victoire et déception. — Défaite de Charles-Albert à Custoza. — Mémorandum de l'Autriche. —Refus d'acceptation.

Les révolutionnaires se dédommageaient de leur défaite à Naples en reprochant au pouvoir des fautes dont ils étaient seuls coupables, lorsque les élections pour la nomination des députés commencèrent à Rome. Malgré les facilités accordées aux électeurs par la division de la ville en six collèges, un très-petit nombre de votants remplit son mandat. Il était évident pour tous que la grande majorité du peuple n'était point encore mûre pour les mœurs du gouvernement constitutionnel.

Quelques jours avant, une ordonnance ministérielle, en date du 12 mai, avait créé le conseil d'État,composé de dix conseillers ordinaires, de cinq conseillers extraordinaires et de vingt-quatre auditeurs dont quatre monsignori. Une seconde ordonnance de la même date avait nommé quarante-six membres du Haut-Conseil, autrement dit la Chambre des Pairs. Cette liste, mal accueillie du côté des anarchistes, n'avait pas été acceptée par le pape telle que le ministère la lui avait présentée une première fois; elle avait dû subir de notables modifications.

Le nom du révérend père Vico, jésuite et savant astronome parti récemment pour l'Angleterre, se trouvait en tête de cette première liste. « Je comprends vos intentions, avait dit le Saint Père à la vue de ce nom, vous l'avez mis pour donner le change et pour faire croire que vous ne persécutiez point les jésuites dans Rome ! Je ne me prêterai point à cette duperie. » Et d'un trait de plume, il avait effacé le nom.

Cependant le jour de l'ouverture des Chambres, fixé au 5 juin, était arrivé. La veille, le cardinal Altieri. chargé par le Saint Père de prononcer le discours de la couronne, s'était retiré dans ses appartements lorsqu'on lui annonça la visite du comte Mamiani, accompagné du duc de Rignano et de l'avocat Lunati. Entrant aussitôt en matière, Mamiani, s'adressant au cardinal, lui dit: « Eminence, nous désirons voir le discours que vous devez prononcer demain.

— « De quel droit? répondit le cardinal.

— « De celui que nous confère notre qualité de ministres responsables, répliqua le comte.

— « En cette qualité, vous devriez le connaître, il me semble ; n'importe, je ne vois aucun inconvénient à vous le communiquer ; le voici. Disant ainsi, le cardinal lui remit la minute qu'il avait sous sa main. Le ministre la parcourut attentivement, et tout à coup se levant et frappant des mains, il s'écria, pâle de colère: « La trahison est manifeste, il nous est impossible de marcher d'accord avec Pie IX! Dès ce moment, nous ne sommes plus ministres ! — Monsieur le comte, répliqua froidement le cardinal, sur ce point vous êtes parfaitement libres; cependant, je dois protester contre les termes offensants dont vous venez de vous servir au sujet du Saint Père. Il se peut qu'il y ait trahison, je l'appréhende même, mais à coup sûr elle n'est point dans les actes ni dans les intentions du souverain Pontife. » Cette scène se passait à minuit dans un des vastes salons du palais Altieri. La gravité de la question, l'heure avancée de la nuit, les teintes sombres répandues sur les riches tentures par les pâles clartés des lampes expirantes, donnaient à cet entretien un caractère imposant et solennel.

Le cardinal, maître de la position, reprit: « Monsieur le comte, dans les circonstances présentes, votre démission ne serait pas seulement un acte inconstitutionnel, ce serait l'action d'un mauvais citoyen. Je vous estime assez pour être persuadé que vous ne donnerez point suite à une parole qui renferme peut-être en elle une révolution. » Le saluant alors avec courtoisie, le cardinal lui souhaita la felice notte et les bons conseils qu'elle suggère. Le comte Mamiani ne donna point sa démission, et le lendemain les deux Chambres s'ouvrirent sans autre incident.

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