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» D'après ces considérations, messieurs, nous avons l'assurance que vous accepterez l'offre généreuse du clergé avec les conditions qui y sont attachées, et ce serait, de notre part, méconnaître la délicatesse de vos sentiments que de douter un seul instant que vous ne le considériez, ainsi que nous le faisons nous-mêmes, comme un noble exemple de dévouement à la patrie et d'amour fraternel envers la commune famille de l'État romain.

» Reste à considérer et à décider l'usage que nous devrons ou que nous pourrons faire de cette offre.

«Nous aurons, dans quelques jours, deux cent mille écus du clergé, cent mille au mois de décembre 1840. puis trois cent mille au mois de décembre de chacune des neuf années suivantes, et enfin deux cent mille dar.s le même mois de décembre des cinq autres années qui suivront; en d'autres termes, on peut dire que l'État est détenteur de quinze lettres de change tirées par le clergé et acceptées par une autorité chargée de le représenter légalement à cet effet. Ces traites ou valeurs à échéances diverses peuvent êtrenégociées séparément ou enbloc, et c'est se tenir dans les termes de la plus exacte "vérité quededirequesoitque l'on considère la qualité du débiteur, ou la sanction donnée par le chef de l'Église auxdits engagements, ou la faculté que le créancier, qui est l'État, a de pouvoir, en tout cas, se payer de ses propres mains, il n'est point de créance moins suspecte et plus solide: en sorte que le détenteur d'une de ces valeurs, subrogé aux droits et garanties de l'État luimême , ne peut raissonnablement exiger qu'un intérêt honnête sur son capital jusqu'à l'échéance des valeurs dont cession nous est faite. » Chine, insurges contre un détachement de troupes anglaises, au-devant duquel, pour le mettre en fuite, on avait résolu de porter des enseignes empreintes de l'image des lions et des tigres furieux, mais elles étaient aussi puériles. Car, encore une fois, sans armée disciplinée, sans approvisionnements, sans soldats aguerris et sans généraux expérimentés, le résultat ne pouvait être douteux.

Tel était le discours du comte Rossi, interprète de l'esprit de bienveillance et de sincérité dont la souverain Pontife etait animé, empreint de l'esprit de sagesse éminemment pratique du ministre. Tous les deux brûlaient d'un vif désir de faire le bien, dans les limites de la prudence et de la raison. Nul doute que s'ils eussent eu entre leurs mains le sort d'un peuple réfléchi, ne voulant que les choses possibles, leurs efforts accueillis avec reconnaissance n'eussent été secondés et ultérieurement couronnés de succès.

A l'exception de quelques hommes aveuglément attachés aux traditions routinières d'un passé qui demandait à se modifier, ou d'un très-petit nombre d'esprits sages qui avaient salué avec enthousiasme l'ère nouvelle: inaugurée par la politique du ministre, le peuple romain , presque tout entier , se composait d'hommes égarés. Traînés à la remorque de quelques chefs occupés froidement à résoudre les calculs de leur propre ambition, exaltés par de brûlantes paroles, les Romains croyaient follement redevenir le premier peuple du monde, par un embrasement général. Ne leur disait-on pas incessamment que le feu seul pouvait ranimer les cendres éteintes du phénix? et on ajoutait, en les jettent dans les chances d'une lutte inégale, que pour chasser l'étranger oppresseur il leur suffirait de prendre les armes, attendu que les aigles de l'Autriche n'oseraient jamais soutenir l'éclair de leurs regards.

Ces éloquentes fanfaronnades étaient moins ridicules sans doute que le conseil donné aux faibles soldats de la

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Quel nom donner aux hommes qui ont trompé ainsi le peuple romain, ce peuple si bon, si généreux quand il ne s'abandonne qu'à ses propres instincts! ce peuple grand dans les arts, les sciences, la littérature, susceptible même de faire de bons soldats! Ne pourrait-on pas les accuser de folie ou de trahison? En revanche, saurait-on avoir trop de louanges pour le souverain et pour le ministre qui avaient songé sérieusement à fonder pour l'État romain des institutions conformes aux progrès de la civilisation et aux besoins des temps.

Le parti qui a refusé de pareilles concessions s'est montré indigne de prendre une part sérieuse au gouvernement des affaires de son pays. Le parti qui, sourd à la voix de la prudence et de la sagesse, a compromis par son ambition les destinées de l'Italie, n'est plus un parti, mais une faction qui mérite la malédiction des contemporains et la flétrissure de l'histoire.

Pellegrino Rossi, né à Carrare, dans le duché de Modène, venait d'accomplir ses soixante et un ans. D'un esprit pénétrant, net, judicieux et fécond, joignant à la connaissance des langues classiques celle des belleslettres et de la philosophie, l'enfant devenant homme à quinze ans , avait terminé par de brillants succès, les études les plus complètes. Engagé dès lors dans les luttes politiques sans cesse renaissantes sur le sol de la patrie, il se vit tout à coup jeté par l'exil sur la terre étrangère, et trouva dans Genève une seconde patrie. Là, après s'être emparé de la première place comme orateur, jurisconsulte, législateur et homme d'État, il rêve à Paris une scène plus vaste, proportionnée à sa taille. II s'y fit bientôt remarquer parmi ceux qui répandaient sur le monde l'éclat de leurs lumières et de leurs talents. Alors, un pouvoir d'origine révolutionnaire, mais ami de l'ordre, présidait aux destinées de la France; cherchant à étayer sa base équivoque par toutes les supériorités qu'il trouvait sur 6a route, il combla d'honneurs et de fortune le savant exilé, qui bientôt après revit le sol de son pays, non pas en coupable, en gracié, mais en ambassadeur d'une grande nation, revêtu de la majesté de la France. La gloire humaine est une étoile filante qui disparaît d'autant plus rapide qu'elle a plus de splendeur. Les pavés sur lesquels reposait le pouvoir dont il était le représentant venant un jour à s'écrouler sous ses pieds chancelants, Rossi rentra dans la vie privée jusqu'au moment où la confiance du souverain Pontife le releva dans ses conseils pour l'associer à ses efforts et lui procurer la gloire du martyre.

D'une" taille élevée, digne plutôt qu'élégante, Pellegrino Rossi était au physique comme au moral sec, roide et bilieux. Spirituel, doué d'un sens exquis et d'une rare pénétration, connaissant toutes les fibres du cœur humain, la froideur de son sourire, l'ironie de son regard, le dédain de son geste, lui avaient fait autant d'ennemis que l'élévation de sa fortune politique, fi'une intelligencc souple et forte, d'un caractère passionné, maître de soi-même, d'une finesse qui cependant excluait l'hypocrisie, réservé, mais entreprenant suivant les circonstances, improvisateur concis, orateur entraînant, il charmait par la poésie de sa parole et persuadait par la vigueur de son argumentation. Sans rival pour la direction des affaires, sans exagération dans la théorie, sans préjugés dans la pratique, le comte Rossi avait, dans les dernières années de sa vie, complété ses études humanitaires par celle de la religion. Les orages de la politique n'avaient point éteint chez lui le flambeau de la foi conservée pure dans l'élévation de son esprit éminemment catholique. Le spectacle imposant de la piété à Rome, les relations intimes de son ministère avec le saint Pontife, le désenchantement des gloires, le néant des espérances humaines, le recueillement des natures d'élite en présence des tressaillements du monde agité par les mystérieux décrets de la Providence, toutes ces causes, méditées religieusement par le philosophe chrétien, avaient puissamment contribué au développement de la grâce dans son âme ouverte aux rayonnements do la vérité.

Modeste et simple de cœur dans ses rapports avec Dieu autant qu'il était fier et superbe dans ses relations avec les hommes , il aimait à s'isoler dans la prière, à se confondre parmi la foule, le dimanche, pour assister obscurément caché, pour ainsi dire, dans l'ombre de l'église, aux mystères du sacrifice divin.

Dévoué jusqu'à l'immolation à la personne du chef de l'Église, il écrivait, quelque temps avant sa mort,

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