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eux-mêmes, se cachent et deviennent en quelque sorte, par leur lâcheté, complices de l'émeute qui passe à cette heure par le Quirinal pour arriver demain triomphante aux portes de leurs palais. Les Transtévérins et les hommes de Monti, si dévoués à la papauté, préparés dès longtemps à lutter contre les anarchistes, attendent vainement les ordres des chefs qui doivent les conduire à la défense du Pontife assiégé; ces chefs n'arrivent pas : quelques-uns même , changeant de cocarde, se sont traîtreusement glissés sous le drapeau de l'insurrection .Seuls, quelques gardes-nobles trouvent le moyen de se glisser à travers la foule et de pénétrer au palais pour remplir, à l'heure du péril, les fonctions de leur charge militaire.

Sept heures sonnèrent à l'horloge du palais pontifical; les membres du corps diplomatique condamnés, en présence de l'émeute triomphante, au rôle passif de linaction, étaient exténués de fatigue; ils n'avaient encore rien pris de la journée; on leur offrit quelques rafraîchissements; l'un d'eux alors fit observer que la nation italienne semblait s'associer toute entière à la coupable conduite des Romains, par l'absence au Quirinal, des ambassadeurs représentant les divers États de la Péninsule. En effet aucun diplomate italien ne se trouvait auprés du Saint-Père qui, le remarquant à son tour, s'écria avec l'accent de la douleur: « Vous le voyez, messieurs, tout le monde m'a abandonné. Si vous n'étiez pas autour de moi, je serais seul avec la poignée de braves qui me protègent. » Ce furent là ses seules plaintes.

A sept heures et demie une fraternisation générale des troupes, de la garde civique et de la multitude eut lieu sur la place de la Pilotta ; à huit heures les révoTfé* résolurent d'envoyer une troisième députation au palais avec l'injonction d'une réponse avant neuf heures. L'avocat Galetti, nommé président de cette commission, fut introduit immédiatement dans le cabinet du Saint Père, avec lequel il eut un très-long entretien. Que se passat-il alors entre le pontife miséricordieux qui avait donné l'amnistie, et le prisonnier qui, dans le pardon, avait retrouvé son rôle de conspirateur, et le parjure? Dieu seul le sait! Mais, lorsque Galetti sortit du cabinet dir pape, il était pâle, ses yeux se baissèrent en passant sous le regard des ambassadeurs. Pie IX alors, toujours calme, toujours serein, s'adressant aux diplomates européens, leur dit, que, pour éviter une collision sanglante, il avait remis la décision des demandes qu'on lui imposait sous les coups de la violence à la sagesse des Chambres et qu'il avait subi mais non formé lui-même, un ministère composé /le Mamiani à l'extérieur, l'abbé Rosmini à l'instruction publique,avec la présidence, Galetti à l'intérieur, Sterbini au commerce, Campello à la guerre. Lunati aux finances, et Sereni à la justice. Puis d'une voix ferme quoique émue il ajouta ces paroles: « Messieurs, je suis ici comme un emprisonné. On a voulu m'enlever ma garde et me mettre dans les mains d'autres personnes. Ma conduite en ce moment où tout appui matériel me fait défaut, est basée sur ma détermination d'éviter à tout prix qu'une seule goutte de sany fraternel soit versée pour ma cause. Je cède tout à ce principe; mais je veux en même temps que vous sachiez, messieurs, et que l'Europe entière sache, que je ne prends même de nom, aucune part au gouvernement

auquel je prétends rester complétement étranger. J'ai défendu qu'on abusât de mon nom et qu'on n'eût plus même recours aux formules ordinaires. »

Pendant que les représentants des puissances de l'Europe entouraient le pape de nouvelles protestations d'amour et de dévouement, Galetti, rendant compte de sa mission, annonçait à l'insurrection que Pie IX s'en était remis à la sagesse des Chambres. Au même instant des applaudissements couvrent sa voix, les cris de vive l'Italie ! se font entendre. Les troupes de ligne et les gardes civiques déchargent leurs armes en signe de réjouissance et la foule insensée qui ne voit pas que de ce jour datera pour Rome une longue série de malheurs, la foule aveugle évacue la place pour se répandre dans la ville et ra conter à la lueur des torches son triomphe dans les divers quartiers de Rome.

Telle fut la fin de cette déplorable journée. L'histoire n'aura pas assez de stigmates pour flétrir la lâcheté et l'ingratitude d'un peuple passant sur le cadavre d'un ministre assassiné pour monter en armes au calvaire du Quirinal.

Ce jour-là, tous les Romains ont été coupables, les uns en assumant sur eux, comme autrefois les Juifs de Jérusalem, la responsabilité de l'action, les autres en laissant faire. Quelques prêtres, un ou deux laïques et les ambassadeurs des puissances étrangères ont seuls été nobles et dignes. L'histoire leur tiendra compte de leur courage et de leur dévouement : en attendant, courbonsnous devant les décrets mystérieux de la Providence, qui a voulu que le représentant de Dieu sur la terre, après lui avoir ressemblé dans ses triomphes, lui ressemblât dans ses souffrances, qui a permis que la couronne d'épines de la passion remplaçât la palme du dimanche des rameaux. En effet, comme Jésus, Pie IX a été cloué à la croix des épreuves, comme le Fils de Marie l'immaculée, il a eu sa grande semaine, comme l'Homme-Dieu il a bu le calice des douleurs jusqu'à la lie; mais comme le divin Crucifié sortit triomphant de son sépulcre, Pie IX devait ressusciter dans l'amour et dans le repentir de son peuple.

CHAPITRE XI.

Joseph fialetti, ministre. — Ses premiers acles. — Désarmement des gardes suisses. — Aurore boréale. — Programme du nouveau ministère. — Scission entre 1rs révolutionnaires victorieux. — Départ de

Pie IX. — Arrhée à Gnëto Détails I élire du papeau marquis

Sjchelli.—Proclamation des ministres Etat des esprits à Rome.

Joseph Galctti, chef nominal du ministère imposé par la force brutale de lemcutc aux répugnances légitimes du souverain, est le fils d'un barbier de Bologne, qui demeure sous l'arcade du séminaire, près l'église de Saint-Pierre. Celui qui devait dans l'avenir, par surprise A la vérité, présider les conseils du chef de la catholicité, a reçu lejour dans une boutique de Figaro, en l'an de grâce 1800.

Souple, fin et rusé, possédant toutes les qualités de l'emploi, le jeune Joseph entra dans la vie sous l'écume de la savonette odoriférante. Son premier métier consista à repasser les rasoirs de la boutique et à présenter laqua fresca aux mentons de ses clients. Désireux de |K)sséder un savant dans sa famille, le barbier, qui du reste avait remarqué de grandes dispositions dans son fils, lui fit faire ses études à l'université renommée de

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