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Est-il possible d'attaquer plus carrément les bases fondamentales de la société, à savoir l'autorité? La préméditation est formelle, le but est manifeste, la preuve concluente; Mazzini le déclare lui-même, c'est l'édifice social qu'il faut renverser en détruisant le principe de sa vitalité, en brisant sa clef de voûte, l'autorité. Que doivent faire encore les sociétés secrètes pour arriver à la réalisation de leurs espérances? Leur chef va vous le dire en terminant.

« Associer, associer, s'écrie-t-il, associer; tout est dans ce mot. Les sociétés secrètes donnent une force irrésistible au parti qui peut les invoquer. Ne craignez pas de les voir se diviser; plus elles se diviseront, mieux ce sera. Toutes vont au même but par des chemins différents ; le secret sera souvent violé, tant mieux ; il faut du secret pour donner de la sécurité aux membres, mais il faut une certaine transparence pour inspirer de la crainte aux stationnaires. Quand un grand nombre d'associés recevant le mot d'ordre, pour répandre une idée et en faire l'opinion publique, pourront se concerter pour un mouvement, ils trouveront le vieil édifice percé de toutes parts et tombant comme par miracle au moindre souffle du progrès. Ils s'étonneront eux-mêmes de voir fuir devant la seule puissance de l'opinion, les rois, les seigneurs, les riches, les prêtres qui,formaient la carcasse du vieil édifice social. Courage donc et persévérance. »

Voilà ce que le chef des sociétés secrètes en Italie écrivait sous le pontificat de Grégoire XVI, et deux années avant la venue de Pie IX au trône de S. Pierre. Déjà les rameaux parasites du socialisme couvraient la surface de la Péninsule cherchant à étouffer la religion dans la personne de ses ministres, la propriété dans la personne de ceux qui possèdent, les droits réciproques dans la personne des princes.

Mazzini va plus loin encore, et si fort que l'on soit, on frémit d'horreur en lisant dans un ouvrage, publié à Naples par Benedetto Cantalupo, la suivante organisation de la jeune Italie:

« Art. 1er. La société est instituée pour la destruction indispensable de tous les gouvernements de la Péninsule et pour former un seul État, de toute l'Italie, sous la forme républicaine.

« Art. 2. En raison des maux dérivant du régime absolu et ceux plus grands encore, des monarchies constitutionnelles, nous devons réunir tous nos efforts pour constituer une république une et indivisible. . . .

« Art. 30. Les membres qui n'obéiront point aux ordres de la société secrète, et ceux qui en dévoileront les mystères, seront poignardés sans rémission. . .

« Art. 31. Le tribunal secret prononcera la sentence en désignant un ou deux affiliés pour son éxécution immédiate

« Art. 32. L'affilié qui refusera d'exécuter la sentence prononcée, sera reconnu parjure et comme tel mis à mort sur-le-champ

« Art. 33. Si la victime condamnée parvient à s'échapper elle sera poursuivie sans relâche, en tout lieu, et le coupable sera frappé par une main invisible, se fût-il réfugié sur le sein de sa mère ou dans le tabernacle du Christ , . .

« Art. 34. Chaque tribunal secret sera compétent, non-seulement pour juger les adeptes coupables, mais encore pour faire mettre à mort toutes les personnes, qu'il aura vouées à la mort »

A cette époque le soleil du catholicisme resplendissait comme un divin météore sur l'Europe entière, car à,, la voix du vicaire de Jésus-Christ il s'était levé radieux, pour éclairer et régler la marche de la civilisation humaine. La main de Pie IX s'était ouverte sur l'Italie pour la benir et pour sanctifier les réformes que ses souverains venaient de lui accorder. Le nom de Pie IX retentissait sonore d'un pôle à l'autre comme un écho de Dieu; un jour même il réveilla le sultan dans son sérail! La noble et grande figure de Pie IX remplissait le monde ; peuples et princes prosternés à ses pieds coufondaient leurs voix et leurs cœurs dans un vaste concert d'amour et de bénédictions; la foi catholique, en passant par les lèvres et l'âme ardente de Pie IX, avait retrouvé ses plus beaux jours, enfin le catholicisme triomphait. Les membres des sociétés secrètes, réveillés par la voix de leur chef, s'en émurent et se relevant do toute leur hauteur dans leur haine systématique contre l'autorité, ils résolurent de combattre plus ouvertement l'influence que le chef du catholicisme avait conquise non.seulement sur l'esprit de son peuple, mais encore sur celui des populations les plus diverses «t les plus lointaines du globe. Dès lors ils marchèrent plus carrément dans la lutte; ne déguisant plus le dessein qu'Us avaient, d'arriver à la révolution par la reforme, à la licence par la liberté.

L'un d'eux, médecin obscur, homme à figure sinistre sur laquelle se reflétait la perversité de son âme, se fait journaliste. Il engage le combat avec l'idée pour le terminer avec du sang ; bientôt le bureau de son journal devient un club où l'éloge se change en déclamations furibondes, jusqu'au jour où, la plume devenant un poignard, ira briser dans la poitrine de Rossi, la pensée qui seule pouvait sauver l'Italie.

Le ministre n'était plus !.. mais le pape restait encore debout ! Repoussant d'un pied un cadavre sans prendre même le temps d'essuyer le sang qui le marquait au front, Sterbini s'élance du palais de la chancellerie au palais du Quirinal. Là, d'une voix stridente, il crie: aux armes! et après quelques heures d'une lutte inégale 011 l'attaque, hélas ! ne trouve que des prières pour défense; il oblige Pie IX à passer sur un second cadavre, pour se retirer sur la terre étrangère, et se donner à luimême l'occasion de reprocher au Pontife une fuite qu il avait rendue inévitable.

Alors le génie du mal planant sur la ville de Rome, ouvrit les portes à la révolution et convoqua le ban et l'arrière-ban des sociétés secrètes. Les principaux chefs de Paris, d'Allemagne et d'Italie, consultés sur la forn» qu'il fallait donner au gouvernement romain, répondirent par des conseils d'attitude expectative. Les événements correspondaient trop bien au gré de leurs désirs pour les compromettre par trop de précipitation.

Sur ces entrefaites, une catastrophe aussi subite qu'imprévue remua l'Europe jusque dans ses entrailles: un banquet, un cri de vive la réforme! et un coup de pistolet tiré sur le boulevard des Capucines, à Paris , avaient change en quelques heures la forme gouvernementale de la France. La République avait remplacé la dynastie des d'Orléans : aux cris de détresse de l'Europ<* entière, les sociétés secrètes répondirent par un long cri de joie, et, dans l'espace de quelques jours, les trônes surpris, ébranlés par la peur et par une foret' occulte, tremblèrent sur leurs assises. Alors le poignard qui devait frapper Rossi se promenait triomphalement

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