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près de lui, à l'heure de l'agonie, pour rendre le dernier soupir entre ses mains. Un fidèle serviteur napolitain, nommé Danielo, se trouvait seul au palais, lorsque le Saint Père et sa suite s'y présentant, insistèrent pour »A,tre reçus ; mais Danielo, qui ne les connaissait point, leur 'lit qu'en l'absence de son maître il ne pouvait aecéder à leur désir. Vainement le cardinal Antonelli, insistant, lui dit que monseigneur Parisio serait désolé lorsqu'il apprendrait que ses amis avaient été repoussés de sa demeure, le fidèle domestique persista dans ses refus, ajoutant avec impatience qu'il n'avait point d'ordres à cet égard. « Si vous nous connaissiez, répondit le Saint Père, vous nous recevriez avec empressement.

— « C'est justement parce que je ne vous connais point, répliqua Danielo, que je ne puis vous recevoir: (Tailleurs, le palais d'un évêque n'est pas une auberge.

— « Je suis parfaitement connu de monseigneur Parisio.

— « C'est possible, mais pas de moi qui ne vous ai jamais vu: il vous faut aller chercher un gîte ailleurs. » Disant ainsi, le serviteur napolitain, fermant brusquement la porte du palais, se retira en grondant contre les importuns.

Pendant que le Saint Père s'installait à l'auberge du Jardin, et qu'après s'être fait donner, non sans peine. «Su papier, des plumes et de l'encre, il illustrait à tout jamais la chambre qu'il occupait, en dictant au gouverneur du fils du comte de Spaur, M. Liebel une protestation que nous verrons bientôt, le cardinal Antonelli et le premier secrétaire d'ambassade d'Espagne, le chevalier d'Arnao, se rendaient à la citadelle, pour offrir leurs hommages au gouverneur de la place, le général Gross, ,et hii dire que leur arrivée à Gaëte n'avait d'autre motif que celui de visiter cette ville. Le général Gross est un lirave officier qui a fait toutes les guerres de l'empire sous un drapeau qui n'est pas celui de la France; à la vue du passeport que sur sa demande lui présenta le chevalier d'Arnao, il s'empressa de complimenter le prétendu comte de Spaur, lui exprimant toute la satisfaction qu'il éprouvait de voir le ministre plénipotentiaire de Sa Majesté le roi de Bavière; puis il lui adressa en allemand quelques paroles flatteuses auxquelles M. d'Arnao, ignorant la langue tudesque, ne répondit point. Le gouverneur, continuant à l'interroger dans le même langage et n'obtenant aucune réponse, M. d'Arnao fort embarrassé allégua un long séjour hors de son pays, déclarant avec calme qu'il avait oublié sa langue maternelle; le cardinal Antonelli, qui passait pour son secrétaire, se retrancha dans les mêmes excuses à la grande stupéfaction du gouverneur. «Je vous avoue, messieurs, leur dit cet officier, avec une franchise toute militaire, que je suis étonné de trouver un ministre bavarois et son secrétaire hors d'état de comprendre la langue de leur pays. » Cependant comme les passe-ports étaient en règle il se contenta d'abord de faire entourer d'agents secrets, la modeste auberge où les voyageurs étaient descendus: ensuite il manda le juge de paix chargé de la police et un de ses officiers les plus intelligents.

Kaprès ses ordres et sous le prétexte du visa des passe-ports, ces deux agents se rendirent à l'auberge du Jardin pour chercher à percer le mystère dont les voyageurs s'entouraient. Vaine démarche! ils revinrent au bout £\:n certain temps sans pouvoir dire au gouverneur autre chose, qu'une syrène se trouvait parmi les étrangers suspects et qu'elle les avait séduits par le charme de son esprit et les douceurs de sa parole. Le gouverneur, qui n'avait pas la prudence d'Ulysse, résolut de s'en assurer par lui-même, en se dirigeant avec un officier d'ordonnance vers l'auberge du Jardin.

« Vous devez être fort mal dans cette locande, dit-il aux nobles fugitifs; voudriez-vous me faire la grâce de m'accompagner au palais et d'accepter quelques rafraîchissements ? »

Cette offre était trop gracieuse pour être refusée: alors se rendant au désir du général Gross, les voyageurs, à l'exception du pape qui prétexta une légère indisposition, prirent le chemin du palais du gouverneur. Celui-ci se montra fort empressé sans être plus heureux toutefois que ses deux agents. 11 parvint cependant à obtenir du chevalier d'Arnao l'aveu qu'il n'était point le comte de Spaur parti la veille pour Naples. Les soupçons alors du gouverneur prirent une telle consistance qu'il fut sur le point de faire arrêter ceux qui les inspiraient. 11 n'en fit rien, mais redoublant de surveillance il conduisit lui-même les étrangers jusqu'à la porte de leur auberge. Sur ces entrefaites la nuit était venue; le Saint Père se retira dans la chambre principale que nous avons décrite, le cardinal Antonelli prit possession du cabinet qui lui était contigu; les deux autres pièces furent occupées, l'une par le jeune Maximilien et son gouverneur, l'autre par la comtesse Spaur et sa femme de chambre.

Tandis que le Saint Père dormait du sommeil que procure la paix d'une conscience irréprochable, l'ambassadeur de Bavière, à qui Dieu avait réserve l'insigne honneur de sauver le pape, le comte de Spaur, arrivait à Naples. Il se rendit aussitôt rue de Tolède au palais du nonce de Sa Sainteté. Monseigneur Garibaldi revenait de chez le duc de Torella où il avait passé la soirée; il était onze heures. Se faisant annoncer malgré cette heure avancée, le comte de Spaur, forçant la porte pour ainsi dire, s élança en costume de voyage dans la chambre du nonce:

— » Monseigneur, lui dit-il, le roi est-il à Naples?

— » Arrivé dans la journée il repart demain matin pour Caserte.

— » Il faut, monseigneur, que je le voie

— » Tout de suite, ce soir, à l'instant même.

— » Ce soir? y pensez-vous, comte?

— » Il le faut, monseigneur, et je compte sur vous pour être présenté.

— » Vous ne savez donc pas l'heure qu'il est?

Le comte tira sa montre et dit: « Il est onze heures et cinq minutes, monseigneur.

— » Il sera minuit avant que nous soyons au palais.

— » 11 serait une heure qu'il faudrait que je visse le roi.

— » Mais encore une fois, comte, réfléchissez donc, le roi sera couché.

— » Nous le ferons lever.

Pour le coup, monseigneur Garibaldi crut que le comte avait perdu la raison.

— » Faire relever le roi, monsieur de Spaur! s'écria-t-il.

— » Oui,monseigneur, sileroi étaitcouché. » Alors, comme le nonce, après s'être incliné devant le ministre, s'apprêtait à entrer dans l'intérieur de ses appartements, lo comte ouvrant son portefeuille en sortit un pli cacheté aux armes pontificales et à l'adresse du roi, puis, la montrant à monseigneur Garibaldi : Reconnaissez-vous, lui demanda-t-il, cette écriture et ce sceau?

— » C'est l'écriture et le sceau de Sa Sainteté, répondit le nonce, avec un cri de surprise.

— » Oui, monseigneur, vous voyez donc bien qu'il faut que je voie le roi.

— » Monsieur le comte!

— » Monseigneur, en ce moment les minutes sont des heures, et, au nom de Sa Sainteté, je vous rends responsable de celles que nous perdons; voulez-vous, oui ou non, me conduire chez Sa Majesté?

— » Permettez au moins, monsieur le comte, que j'aille la prévenir. »

Minuit allait «onner, lorsque le nonce, introduit au palais pour affaire pressée, fut admis devant le roi qui. instruit de l'arrivée extraordinaire de l'ambassadeur de Bavière et de la lettre autographe qu'il avait à lui remet1 re de la part de Sa Sainteté, consentit à le recevoir immédiatement.

Le comte de Spaur monta seul chez le roi, le nonce l'attendit dans sa voiture, ce Sire, dit alors le ministre de Bavière en s'inclinant devant Ferdinant II, pardonnezmoi de me présenter à cette heure devant Votre Majesté, je vous apporte la nouvelle d'événements très-graves: vous la trouverez danscettelettre de SaSainteté. » Le roi des Deux-Siciles la parcourut rapidement du cœur et des

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