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cision sur l'adresse formulée et unanimement approuvée à Forli, par les divers cercles de la Romagne et des Marches.

» Romains! union et concorde. Le moment est solennel , donnons à l'Italie et à l'Europe entière un nouvel exemple de vertu civique. »

Comme on le voit par ce document, le cercle populaire était ce jour-là maître de Rome. Ce fut sous sa pression et sur la demande de Canino que l'avocat Galetti se vit nommé membre de la junte supérieure du gouvernement, en remplacement du sénateur bolonais, démissionnaire. Le Haut-Conseil ratifia servilement cette élection, imposée à la Chambre des députés par le cercle populaire. A dix heures du soir, tous les délégués des différents cercles de Rome se réunirent et votèrent, après une discussion tumultueuse, une adresse aux Chambres, exigeant la formation d'un gouvernement provisoire, composé de trois membres choisis parmi les noms suivants: Campello, Galetti, Sturbinetti, Guiccioli, Camerata et Gallieno. Les trois élus devaient convoquer immédiatement la constituante de l'État, sinon les cercles aviseraient.

Ainsi, ce n était plus seulement une constituante italienne, une assemblée fédérative que voulaient les révolutionnaires, c'était une constituante romaine qui, après avoir détruit pièce à pièce l'autorité du Saint-Siége, aurait fait place à une convention.

Cependant, la garde civique ne s'était point prononcée collectivement sur ce point; les meneurs résolurent d'escamoter son adhésion; ils y réussirent complétement, le lendemain 10, en employant une manœuvre qui prouve leur habileté dans l'initiative du mal autant que la faiblesse des honnêtes gens dans la résistance du bien.

Depuis quelques jours, des nuées d'étrangers suspects, attirés par les senteurs de la révolution comme certains oiseaux carnassiers le sont par l'odeur des cadavres, s'étaient abattus dans les rues de Rome. Ils étaient nombreux, caria France républicaine, la Pologne insoumise, la Sicile révoltée et Livourne, entrepôt maritime de l'écume européenne, avaient fourni leur contingent d'agitateurs plus ou moins compromis par-devant l'honneur et la police. Les Romains honnêtes s'étaient émus, non sans raison, de leur arrivée dans la ville éternelle; la garde civique elle-même, composée en partie de propriétaires et de boutiquiers , redoutait cette tourbe d'industriels menaçant d'écraser Rome sous leur impure tyrannie. Ce fut donc avec empressement qu'ils répondirent à l'appel du tambour, les convoquant sur la place des Saints-Apôtres, pour y prendre des mesures contre les étrangers douteux et les perturbateurs. Mais quelle ne fut pas leur surprise lorsqu'ils virent passer dans leurs rangs une circulaire, en forme d'adresse, les invitant à supplier le général en chef, Gallieno, de faire proclamer la constituante romaine. Leur surprise redoubla quand tout à coup ils aperçurent Sterbini, monté sur un balcon, et qu'ils l'entendirent haranguer dans ce sens. Alors, sur l'ordre du général, les colonels et les majors demandèrent aux hommes placés sous leurs commandements les vœux qu'ils formaient; tous répondirent: L'éloignement instantané des agitateurs. Un assez grand nombre ajouta : Et la proclamation de la constituante. Puis les chefs de corps furent priés de signer l'adresse: plusieurs y consentirent soit par conviction, soit par crainte, mais quelques-uns refusèrent avec courage. C'est ainsi que, par surprise, on obtient partiellement l'adhésion de la garde civique au projet de la. création d'une constituante.

A la suite de cette surprise, plusieurs colonels et le général lui-même ayant donné leur démission, de nouvelles élections devinrent nécessaires ; elles se portèrent presque toutes sur des éléments républicains. Le prince Torlonia, le duc Cesarini, le prince de Viano, le marquis Longhi et plusieurs autres hauts personnages se retirèrent immédiatement des cadres de la garde civique.

Tandis que les révolutionnaires, écrasés par leur propre impuissance, se débattaient sans résultat dans le cercle fatal qu'ils s'étaient formé eux-mêmes, le Saint Père recevait chaque jour, à Gaète, les hommages et les protestations unanimes des souverains et des peuples du monde catholique ; les puissances protestantes ellesmêmes se courbaient devant la sublime majesté du chef catholique. De toutes les parties de l'Europe arrivaient chaque jour des milliers d'adresses pleines d'amour et île vénération pour la personne de l'illustre exilé. Lv France, la première entre les nations, avait eu les honneurs de l'initiative ; la France de saint Louis priait en attendant le jour où elle devait tirer hors de son fourreau l'épée de Charlemagne.

La plus grande partie des cardinaux avait rejoint le Saint Père dans les États napolitains; quelques-uns- noyaient point quitté Rome sans les plu9 grands dangers. L'un'd'eux, un saint vieillard, le cardinal Lambruschirii, assiégé dans son palais, s'etait réfugié dans les écuries des «lragons, et n'avait dû son salut qu'à la protection d'un uniforme de soldat. Les sicaires, exaspérés d'avoir man(fué leur proie, se vengèrent sur son lit en le perçant de coups de poignard Le bon cardinal Orioli se trouvait jirrêté par une maladie grave, à Fondi, où le père Vaures et le duc de Cador l'avaient accompagné; enfin, trois ou quatre membres du sacré collége étaient restés à Rome en attendant le jour qu'ils seraient,forcés de fuir comme les autres ou de se cacher.

la famille royale des Deux-Siciles s'était installée à (iaëte dans une maison voisine du palais que le roi Ferdinand (dont la conduite, pendant toute la durée de l'exil du pape, sera plus qu'admirable) avait cédé à son hôte illustre. Elle dînait tous les jours avec Sa Sainteté, mais tous les jours elle attendait que le Pontife l'eût invitée. Les cardinaux au nombre de vingt, les ambassadeurs et les ministres des puissances étrangères, les illustres personnages accourus de toutes parts pour faire une cour au malheur, les officiers de terre et de mer rivalisaient d'empressement et de vénération pour la personne du saint Pontife. Rome n'était plus dans Rome, elle était toute à Gaëte.

Après avoir rendu grâce à Dieu qui l'avait conduit providentiellement sur une terre hospitalière, le premier soin de Pie IX avait été de témoigner sa reconnaissance au comte de Spaur, pour les soins intelligents qu'il avait donnés à son évasion de Rome, à Raphaël Arezzo, le lM-opriétaire de l'auberge du Jardin, et à l'évêque de Valence. Au ministre de Bavière, il écrivit lui-même une lettre de remerciement et lui envoya la grande croix de son ordre.

A Raphaël Arezzo il fit offrir une somme d'argent, mais celui-ci la refusa disant : qu'il se trouvait déjà trop récompensé, puisqu'il pouvait compter dans sa vie un jour aussi heureux que celui où le Saint Père avait daigné venir chercher un abri dans sa maison, devenue plus précieuse à ses yeux que le palais des grands. Le Saint Père fit remettre à ce brave homme, en deux étuis de maroquin rouge à ses armes, quatre médailles d'or et six médailles d'argent, représentant d'un côté le Sauveur lavant les pieds des apôtres et de l'autre l'effigie du souverain Pontife. A l'évêque de Valence il écrivit la lettre suivante:

» Les desseins de Dieu, dont vous Nous parliez dans la lettre qui accompagnait le précieux objet que vous Nous avez envoyé et qui nous rappelle la mémoire de Pie VI, se sont accomplis en Notre personne. Dans notre court voyage de Rome à Gaëte, où Nous Nous trouvons temporairement. Nous avons fait usage de la petite Pyxide et Nous avons ressenti beaucoup de consolation et de force à placer la très-sainte Hostie sur Notre poitrine. Recevez Nos remerciements et l'assurance de Notre résignation à la volonté du Seigneur. Nous y joignons Notre bénédiction apostolique que Nous vous donnons de tout notre cœur.

» Pie IX. «

De même que le sénat de Naples, qui le premier avait déposé ses hommages aux pieds de Sa Sainteté, le conseil d'État des Deux-Siciles, admis en sa présence, lai adressa, par l'organe de son président, un discours au

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