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dans les rues de Vienne . de Berlin , de Francfort, et dans presque toutes les capitales du continent; la voix prophétique du rocher de Sainte-Hélène était devenue le mot d'ordre des conjurés; la République se préparait à bivouaquer dans les palais des rois, lorsqu'elle fut proclamée par une poignée d'hommes au Capitole.

Ces succès inespérés enflammèrent davantage encore les passions mauvaises, surexcitées par la marche belligérante de l'armée française contre Rome. Le grand prêtre des sociétés secrètes, Mazzini, persuadé que rien n'est fait tant qu'il reste quelque chose à faire, stimule le zèle de ses adeptes par un virulent article , inséré le 23 mai 184,9 dans son journal intitulé : Y Italie du Peuple. Cet article est en quelque sorte le résumé de l'opuscule de Ricciardi. De tout temps les révolutionnaires se sont calqués les uns sur les autres, en exagérant le trait, comme la révolution de février, qui s'est faite la caricature de 1793, comme la République romaine, qui s'est faite la copie servile de la révolution de février.

« Ces premiers mouvements des peuples , dit Mazzini, ces premières batailles qui se livrent dans les capitales de toute l'Europe sont à leur commencement et non à leur fin. Ce ne sont pas des changements, mais des préliminaires de changements, parce que la vraie révolution républicaine ne fait aujourd'hui que jeter ses premières flammes, et ce que les peuples voient et entendent, n'est que l'ombre des troubles qui se préparent.

« Les sociétés où règne l'injustice doivent être renversées jusques au fond de leurs entrailles; les nations asservies aux castes privilégiées, aux exactions des usuriers sont déjà remuées par l'instinct que la civilisation imprime à la véritable fraternité sociale. L'homme se sent homme, l'humanité marche dans la voie du progrès , mais comme dans chaque accouchement il y a une opération douloureuse, les hommes, rejetant le servage des supériorités, et les supériorités voulant les retenir dans leurs liens; qui coupera ces liens? L'épée des révolutions.

« Les nations asservies reposèrent pendant des siècles dans le sein des monarchies, elles se formèrent et se nourrirent de ce sang maternel; mais aujourd'hui ce sont des créatures toutes formées qui vont surgir à la lumière de la liberté, et qu'un fer plébéien doit détacher du lien des monarchies.

« Les êtres qui naissent ne peuvent se soustraire aux lois de leurs destinées Le chemin que parcourt le genre humain est toujours tracé par des ruines : qui redoute les ruines ne comprend pas la vie. L'Italie tente aujourd'hui de sortir de sa douloureuse prison ; elle veut rompre les liens des papes et des empereurs. L'Italie veut être l'Italie, et pourvu que ces destinées s'accomplissent, qu'il coule des fleuves de sang, que les villes s'écroulent les unes sur les autres, que les batailles succèdent aux

incendies et les incendies aux batailles, n'importe!

Que la grandeur de notre guerre terrible soit égale à la grandeur de la Rome future!

« Si l'Italie ne doit pas nous appartenir, si nous devons redevenir un fief de l'Autriche, si notre peuple doit se nourrir encore des restes de la table des papes et des cardinaux, si après avoir entrevu un rayon de lumière glorieuse, nous devons retomber dans la plus abjecte servitude !.... mieux vaut préparer une guerre d'extermination, la préparer de telle sorte que chaque défaite soit une destruction finale!

« Nous exhortons donc soldats et peuples par ce cri de guerre, nous exhortons et ces hommes valeureux qui combattent et ceux qui s'apprêtent au combat, et, pardessus tout, celui qui dirige les opérations, à suivre un plan qui ne laisse aucune de nos cités debout au pouvoir du vainqueur, que ce dernier, an contraire, ne rencontre à chaque pas que la mort.

« Pourquoi Bologne est-elle vaincue? parce qu'elle a capitulé. Dans la guerre que nous faisons, on ne cède point, on détruit : on détruit pour édifier. Ainsi firent les Grecs modernes, qui, au lieu decéder leurs cités aux armes ottomanes, les brûlaient; et il ne restait au pouvoir des vainqueurs que des décombres et des cadavres Si nos paroles sont entendues, comprises, traduites en action, nous aurons vaincu. La guerre sera terrible: toute la vie du peuple ne sera qu'une œuvre de révolution : par notre exemple nous allumerons le feu de la guerre républicaine au milieu des autres nations, et le monde verra que les Italiens combattaient au nom de Dieu et du peuple, et ne mentaient pas à leurs croyances !!...

« Combattons donc comme on combat pour les choses éternelles, et ne craignons pas d Exterminer !!! »

Poignard , sang, torches, incendies , révolution . ruines, extermination, voici donc le but suprême et les moyens de ces hommes qui se disaient les régénérateurs de l'Italie ! Voilà donc ces hommes qui, au nom de Dieu et des peuples, blasphêment l'un en le prenant à témoin, et trahissent les autres en les égarant par des promesses irréalisables.

Écoutez-les : leurs discours suent la haine et la vengeance ; leur phraséologie emphatique et sanguinolente ressemble aux grincements des damnés ; c'est un cliquetis monstrueux d'antithèses sans nom, qui heurte incessamment la logique et le bon sens. Ils parlent de Dieu, les malheureux! et ils s'apprêtent à renverser l'encens qui brûle sur ses autels ; ils détruisent pièce à pièce son culte, ils insultent ses ministres en attendant le jour de leur immolation, ils renient leurs croyances, les audacieux! ils refont son histoire. Lisez leurs écrits; vous retrouverez à chaque page, à chaque ligne, le même dévergondage, la même débauche d'esprit; leurs livres sont des ossuaires, leurs plumes sont des stylets, et leur encre est du sang, toujours du sang.. Et les peuples les écoutent, et les peuples les croient! Insensés!

Honnêtes gens de tous les partis, Italiens , et vous surtout Romains! vous les avez vus à l'œuvre, ces hommes! vous connaissez leurs labeurs; que vous ontils donné en échange du bonheur paisible dont vous jouissiez , et qu'ils appelaient l'esclavage? Ils vous ont donné la liberté de la misère et l'égalité du malheur; ils vous ont arrachés à la paix de vos foyers pour vous lancer aux hasards de la guerre; ils vous ont attelés au char de leur ambition; ils vous ont pris votre or et vos enfants; ils ont compromis vos fortunes; ils ont porté le fer et le feu dans vos villas; ils ont attiré sur vos têtes les horreurs de la bataille ; ils ont fait parader dans vos rues les canons de l'étranger vainqueur ; ils ont opprimé votre capitale, la métropole des empereurs et des papes, la ville éternelle enfin, pour en faire une tour de Babel!

Hommes de bien de tous les partis, Italiens et Romains! Vous venez de lire leurs programmes divers, bientôt vous verrez leurs actes! et vous jugerez. En attendant il faut que la lumière se fasse ! Il faut que vous sachiez quel était le dernier mot de ces hommes ! Le voici : étouffer le flambeau céleste de la papauté qui, depuis tant de siècles éclaire et féconde les sphères catholiques; renverser la royauté qui sauvegarde dans

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