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tère prononcèrent, le 28 , la dissolution du parlement romain, dernier simulacre du droit légal qui avait résisté aux désastres de la révolution du 16 novembre. Le ministère et la junte s'arrogeaient le pouvoir de voter désormais, de promulguer et de faire exécuter la loi refusée par la Chambre des députés au sujet de la convocation d'une assemblée constituante. Le lendemain 29 , la loi de convocation fut affichée sur tous les murs de Rome. Ce fut alors que le chef d'une des plus nobles familles de l'Italie, le sénateur prince Corsini, qui, par dévouement seul à l'ordre public, avait cru devoir rester à la tête des affaires et jeter la puissance de son nom au-devant du flot révolutionnaire , donna sa démission de membre de la junte d'état.

Par suite de cette démission, la junte suprême d'État se trouvait incomplète, car ayant été créée par les deux Chambres du parlement, il était nécessaire que la nomination du successeur du prince Corsini fût revêtue de la même formalité rendue impossible par la dissolution des Chambres. Les deux membres restants de la junte et les ministres parèrent à cet inconvénient en prenant le parti d'exercer en commun le pouvoir suprême. Cependant comme ils sentaient eux-mêmes tout ce que cette mesure omnipotente renfermait d'illégalités, ils publièrent, à cet effet, une proclamation par laquelle ils disaient que : toute légalité qui pourrait manquer était suppléée par la loi suprême du salut public, et que cette loi justifiait tout.

Jamais l'aberration de l'esprit humain ne fut portée si loin que par ces hommes avouant qu'ils violaient les lois, marchaient dans l'anarchie et qui ne songeaient point à faire un seul pas vers celui-là seul qui pouvait préserver le pays de ces deux fléaux.

D'un autre côté, la municipalité romaine, ne voulant pas se rendre complice, par un silence approbatif, des dernières illégalités ministérielles, re retira, en expliquant cette détermination par un ordre du jour motivé.

Quoi qu'il en soit, les nouveaux souverains de Rome, pour célébrer leur œuvre, firent tirer une salve de cent et un coups de canon. Cette joie, purement officielle et ridicule, puisqu'elle ne signalait que l'affichage d'unptacard émané d'un pouvoir contestable autant que contesté, rencontra fort peu de sympathie dans le sein des masses.

Le peuple, enivré momentanément par les grands, mots d'indépendance et de nationalité avec lesquels on avait caressé sa vanité, commençait à comprendre la nullité et la rouerie des jongleurs politiques qui l'avaient joué; cependant il n'osait point encore manifester autrement que par l'inertie sa méprise et ses regrets. Quelques hommes plus vigoureusement trempés, trouvèrent dans leur vertu des inspirations dignes des jours antiques de cette même Rome tombée si bas! Un noble vieillard, le cardinal Tosti, préfet de l'hospice de SaintMichel, fut de ce nombre Plusieurs membres du cercle populaire, apprenant que les devoirs de sa charge l'avaient retenu à Rome, vinrent le féliciter de n'avoir pas, à l'exemple de ses collègues, quitté la ville. « Messieurs, leur répondit le vénérable cardinal, vous venez me féliciter de n'avoir point fui. Je refuse vos éloges. Sachez que je n'ai pas plus peur de vous que n'ont eu peur mes

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vénérables collègues. S'ils ont quitté Rome, s'ils ont suivi le Saint Père dans son exil, ce n'est que par amour et obéissance. De même, si je suis resté dans cet établissement, c'est par obéissance et amour envers la personne de notre Saint Père qui a désiré que je n'abandonnasse point cet établissement où sont abrités tant d'infortunés, l'une des portions les plus chères au cœur du pontife parmi tous ses sujets.

» Du reste, messieurs, je suis Romain et vous ne l'êtes point. Je resterai à Rome sans me laisser épouvanter. Vous pourrez, il est vrai, me frapper d'un coup de poignard, mais en cela que ferez-vous? Vous ne ferez que m'enlever deux ou trois années d'existence, car je suis un vieillard, j'ai soixante-douze ans, et je ne vivrai imère plus que très-peu d'années. »

Les révolutionnaires, forcés de plier le genou devant la courageuse franch se du saint vieillard, se retirèrent couverts de confusion; l'un d'eux, même, voyant la différence qui existait entre le crime et la vertu, abandonna l'un pour embrasser l'autre.

On touchait alors au dernier jour de 1848,, cette année si pleine de fautes et de crimes! Les députés des cercles italiens venus à Rome pour organiser la constituante italienne, la terminèrent en se réunissant pour la première fois en séance, dans lasalleduThéàtred'Apollon.

Dans la matinée du même jour, le cercle populaire avait fait placarder sur les murs de la ville une affiche déclarant que Rome ne reconnaissait plus Pie IX pour souverain, attendu que désormais le véritable souverain serait le peuple. En attendant, ce nouveau souverain, fort embarrassé de sa majesté, ne voyait autour de lui que ruines et désastres. Accablé de promesses, saturé de liberté, il commençait à regretter, mais trop tard, les jours paisibles de l'esclavage, et l'indépendance calme de fa tyrannie.

CHAPITRE XIV.

Décret pontifical du 1er janvier. — Dévouement de Vincent Lumuca.— Adresse et courage. — Fête à l'occasion d'un drapeau. — Noble attitude du clergé. — Scènes de rue. — Actes ignobles. — Énergie de monseigneur Canali Le curé de Sainte-Mnrie,Majcure—Sangfroid. — Une patrouille de garde civique. — Colères de la presse. — Mauvaise foi.— Proclamation du général Zucchi à l'armée. — Créalion d'une garde prétorienne et d'une commission de salut public.

Tandis que les révolutionnaires, persistant dans une voie fatale, clôturaient si tristement l'année 1848, le souverain Pontife entrait magnifiquement dans celle de 4849. Supérieur à la mauvaise fortune, défendant pied à pied le terrain de la papauté et les droits qu'il tenait des apôtres, ses prédécesseurs, il lançait une troisième protestation contre les audacieux révoltés qui avaient osé porter leur main sacrilège sur la couronne de saint Pierre. Le décret de Sa Sainteté, publié le 1er janvier, est l'un des actes les plus solennels qui soient enregistrés dans l'histoire moderne du souverain pontificat.

La miséricorde est le caractère qui domine dans ce document remarquable ; la juste sévérité du souverain y est tempérée par l'amour du père de famille ; posses*

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