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mille écus de billets, à la condition de fournir sans interêt, au gouvernement de la République, une somme de cinq cent mille écus.

Le 21, l'Assemblée prenant en considération Ujh* proposition antérieure, déclare propriétés de la République tous les biens écclésiastiques.

Le même jour, elle ordonne que tous les dépôts d'argent appartenant aux institutions de main-morte, tant chez les particuliers, que dans les caisses publiques, soient versés dans les caisses du gouvernement républicain, pour être appliqués aux besoins urgents de la patrie. Ce décret fut si rigoureusement exécuté que les soi-disant amis du peuple s'emparèrent de ses épargnes, et feignirent de les remplacer en déposant dans les caisses du mont-de-piété une somme équivalente, représentée par des billets qui perdaient déjà de 20 à 30 pour cent.

Le 22, l'Assemblée prohibe l'exportation des chevauv et des mulets.

Le 23, elle décrète le cours forcé des billets de la banque.

Le 24, elle décrète un emprunt forcé sur les riches.

Le 25 , l'Assemblée constituante décrète que les évêques perdront leurs droits de juridiction sur Tes universités et les colléges.

Par une ordonnance, datée le 2 mars, la commission exécutive confère au ministre des finances les pouvoirs nécessaires pour gérer les biens et les provenances du patrimoine des jésuites et de l'inquisition.

Par une autre ordonnance à la date du 3, ladite commission exécutive supprime les tribunaux relevant de la juridiction ecclésiastique ou composés de dignitaires appartenant à la cour romaine.

Le 25, l'Assemblée constituante décrète l'émission d'une monnaie dite crosa jusqu'à concurrence d'un million d'écus. Dans cette monnaie, évidemment fausse, devait entrer un dixième d'argent; le reste était du cuivre.

Le 4 mars, l'Assemblée abolit la censure des douanes et autres obstacles créés contre la libre circulation des livres imprimés, des gravures et des images.

Le même jour, elle prodigue les sueurs du peuple, en décrétant l'envoi de 400,000 écus aux révoltés de Venise.

Le 5 elle ordonne la vente des biens ecclésiastiques.

Le même jour elle décrète que tous les envoyés qui refuseront de faire acte d'adhésion au gouvernement de la république, seront immédiatement privés de leur traitement et de leur emploi.

Le 6 elle transforme les bureaux de la police en une direction de police de sûreté.

Le 7 elle décrète l'émission d'une monnaie de cuivre d'une valeur de trois baioques au poids de vingt-cinq grammes.

Par une ordonnance, à la date du 12, la commission exécutive retire aux ecclésiastiques l'administration des biens appartenant aux hôpitaux et autres maisons de charité.

Le même jour la commission abolit la taxe aux frontières des États limitrophes.

Le 14, l'Assemblée constituante déclare les églises, les corporations religieuses et autres établissements de main-morte incapables d'acquérir des biens à quelque prix que ce soit.

La république romaine ne se contente pas de rendre des ordonnances iniques, arbitraires, plus insensées les upes que les autres ; elle procède par le vol et le brigandage ; elle se fait communiste en grand ; elle exploite sur une large échelle; elle opère effrontément en présence des gens de bien qui se voilent la face et tremblent dans la peur; elle marche d'envahissements en envahissements de spoliations en spoliations. Aujourd'hui elle s'empare de la maison de la mission à Monte Citorio, fondation éminemment française faite par la duchesse d'Aiguillon; demain, elle s'appropriera la bibliothèque du Vatican, les archives qui y sont annexées et celles du Saint-Office ; elle continue pour son propre compte l'inventaire des meubles, des ornements, des trésors appartenant aux églises spéciales, ornées par la piété, enrichies par l'or des fidèles de tout l'univers catholique, et pas une protestation ne se fait entendre, pas une voix ne s'élève contre ces monstrueux abus do la force brutale remplaçant le droit!

En attendant l'heure de la justice, la dilapidation des finances se poursuit plus impudente que jamais, les bons du trésor deviennent la source d'un indigne agiotage, le numéraire se cache au niveau du courage des gens de bien, et la république romaine, se drapant dans la défroque des Césars, lance fièrement des hauteurs du Capitole l'adresse suivante à tous les peuples.

CHAPITRE XVIII.

Appel à tous les peuples Arrivée de Mazzini à Rome— Ovation.

Reconstitution du ministère. — Commission militaire. — Persécution religieuse.

« A tous les peuples. » Un peuple nouveau se présente à vous, pour vous demander et vous offrir un échange réciproque de bienveillance, de respect et de fraternité ! Ce peuple qui se présente à vous comme nouveau, était jadis le plus illustre de la terre, mais entre son antique grandeur et sa résurrection actuelle la papauté est intervenue pendant mille ans. Peuples de l'Europe! nous nous sommes connus quand le nom du peuple romain répandait la terreur; nous nous sommes connus quand notre nom faisait pitié! Vous pouvez avoir en horreur cette époque, de domination et de violence, mais vous ne pouvez nous condamner à mériter la pitié du monde.

» L'histoire de l'Italie était pleine de larmes et on en attribuait une grande partie à la papauté; néanmoins, lorsque la papauté prit l'initiative, le monde vit que les Italiens étaient prêts à oublier des fautes, et, au nom d'un pape, la révolution éclata. Mais ici fut l'épreuve de ce que pouvait la papauté et de ce qu'elle était incapable de faire. Les prédécesseurs du pontife régnant étaient trop prudents pour se lancer dans une semblable épreuve, et par les malheurs du peuple on put mesurer leur puissance. Le dernier pape s'aventura le premier et se mit à l'œuvre, mais il s'en retira quand il vit qu'il avait manifesté l'impuissance de la papauté à rendre la nation italienne libre, indépendante, glorieuse. Il voulut s'en retirer, mais trop tard, voilà pourquoi la décadence de la papauté a suivi de si près son triomphe. C'était une aurore boréale qui précédait les ténèbres. Néanmoins nous espérâmes, mais la papauté nous renvoya une réponse de réaction. La réaction fut vaincue. La papauté avait dissimulé, et, voyant le calme du peuple, elle s'enfuit. En fuyant, elle viola la constitution, nous laissa sans gouvernement, fomenta les discordés, se jeta dans les bras du plus féroce ennemi de l'Italie et lança l'excommunication contre le peuple.

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» Provoqués et abandonr.és à nous-mêmes, nous avons accompli notre révolution sans verser une goutte de sang; nous avons réédifié sans que l'écroulement de la destruction se fît entendre ; nous avons aboli la souveraineté des papes après tant de siècles de douleurs, non par haine de la papauté, mais par amour pour la patrie. Quand un peuple a su mener à fin une révolution avec une moralité aussi remarquable dans son but que dans les moyens employés, il a montré qu'il était digne non de servir la papauté, mais de se gouverner lui

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