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ce troisième édit, complément des deux précédents, le pape voulant donner à chaque ministère une sphère d'action qui lui fût propre, lui imposa avec l'indépendance une responsabilité qui, en descendant des fonctionnaires les plus élevés jusqu'aux employés les plus subalternes, donnait au gouvernement la garantie générale à laquelle doivent être soumis tous ceux qui concourent à l'administration de la chose publique. Par ce système, le gouvernement présentait, dans son ensemble et dans ses détails , l'application d'une théorie politique, uniforme et rationnelle.

Au conseil de ses ministres, le pape adjoignit un corps d'auditeurs composé d'hommes habiles et expérimentés dans le maniement des affaires. Toutes les administrations de l'État se trouvèrent réparties dans les ministères suivants:

Les affaires étrangères; l'intérieur; l'instruction publique; le département de grâce et justice; les finances; le commerce, les beaux arts, l'industrie et l'agriculture ; les travaux publics: la guerre; la police.

Les chefs de ces divers ministères composèrent le conseil des ministres et devinrent responsables pour toutes les questions qui.regardaient la direction, la marche et 1 administration de leurs départements respectifs; enfin, chaque fonctionnaire subalterne assuma la même responsabilité pour la partie executive qui lui fut confiée.

Ce dernier acte, monument de sagesse et fruit de sérieuses méditations inspirées par la prière, couronna magnifiquement la fin de 1847, cette année si belle! si productive, si bien remplie du côté du souverain de l'État, chefvisible de l'Église! Durant cette longue année,

y

la seconde de son pontificat, le caractère du successeur de Grégoire XVI ne s'est pas démenti un seul jour. Si nous examinons ses actes depuis le décret de l'amnistie jusqu'au molu proprio du conseil des ministres, nous les trouvons tous empreints du même langage, du même esprit. Dans chacun d'eux, le pape se révèle tel qu'il est; sa parole devient en quelque sorte l'écho de son âme; souverain paternel, les moyens violents répugnent à la bonté de son cœur; est-il obligé de sévir? il le fait en père de famille; s'il considère la répression comme un devoir, il la tempère par la miséricorde qu'il regarde comme le plus doux attribut de son autorité. Prince pieusement libéral, supérieur aux alarmes, aux prières, à l'intimidation des uns, aux caresses, aux flatteries, aux ovations des autres, il ne cède rien à la violence, il accorde volontairement tout ce qui lui paraît équitable, légitime, indispensable dans la mesure des besoins des temps. En même temps que la tendresse de son cœur déborde en bienfaits sur son peuple, sa main vigoureuse, soutenue par le bras de Dieu, recule jusqu'au-delà des mers la frontière morale du catholicisme que les démolisseurs de l'ordre social appelaient l'asile clos des idées moi les. En faisant resplendir d'un éclat immense les conditions de sa vie et de ses développements, il prouve ainsi que l'Eglise est toujours le centre vivant de la civilisation humaine. Aux ennemis du christianisme qui prétendent que l'esclavage, les ténèbres et l'abrutissement sont inévitablement adhérents au pouvoir théocratique, il répond en remplissant le monde du bruit de son nom et en l'illuminant par les rayonnements de sa mission divine.

Tous ses actes sont marqués du sceau de la mansuétude, de la force et de la piété. Au-dessus de la louange aussi bien que de la menace, il n'agit que d'après sa conscience et son amour pour le peuple. Dans la sérénité de son âme, il fait tout pour la justice qui le guide, rien pour la popularité qu'on lui impose.

En deux années, dans les mains du pape, Rome aurait avancé d'un siècle, si la fatalité des événements réagissant de l'intérieur à 1 extérieur, n'avait bouleversé les calculs de sa politique.

CHAPITRE IV.

Situation de l'Italie. — Politique du ministre Guizol.,— Le premier janvier. — Sombres présages. — Confiance de Pie IX. — Ordonnance contre les manifestations populaires. — Audace des sociétés secrètes. — Proclamation pontificale. — Convocation des chefs de la garde civique au Quirinal. — Harangue de Pie IX. — Soirée du 11 février. — lu non posso. Non debbu. Non vor/Iio. — Sécularisation de trois ministres. — Lc.scouleurs italiennes. — Mouvements populaires. — Comédie burlrsquc. — Revue delà garde civique par le saint Père. — Discours de Pie IX — Belle journée. — Triste lendemain. — La révolution de Février. — Attitude du cercle français. — Belle, conduite de l'ambassadeur Rossi et du comte Ratnpon. — Adresse de la municipalité. — Réponse du pape. — Puissance des chefs révolutionnaires. — Nouveau ministère.

Le triomphe des doctrines communistes en Suisse, les progrès du radicalisme en Allemagne, l'audace croissante des révolutionnaires en France, les eiForts des sociétés secrètes assombrissaient, au commencement de cette année, les horizons politiques de l'Europe, et jetaient un voile lugubre sur l'état général de l'Italie. Les menées des hommes irréligieux et brouillons, qui partout et toujours ont fait reculer la civilisation en compromettant la cause du vrai libéralisme, constituaient un état de crise permanent et aggravaient chaque jour la situation. L'esprit d'amélioration et de réforme, parti naguère du Quirinal, dégénérait, dans les autres parties de la péninsule, en idées de bouleversement et de révolution. Les agitateurs, ignorant que pour obtenir des conditions de stabilité, les réformes doivent se concilier d'une part avec la sécurité des gouvernements établis, de l'autre avec les traités sur lesquels repose l'ordre européen, se préparaient à la lutte en menaçant le pacte de 1815. Déplorable était le présent, plus triste encore apparaissait l'avenir. Dans cet état de choses, les révolutionnaires, les yeux fixés sur Paris, attendaient avec impatience le signal électrique qui devait embraser l'Europe. Ces espérances, injurieuses pour la France, étaient connues depuis longtemps ; déjà même le ministre des affaires étrangères, M. Guizot, les avait combattues par une dépêche adressée au comte Rossi, et conçue on des termes qui ne laissaient aucun doute sur les intentions du gouvernement français. L'importance de ce document nous oblige de le reproduire ici:

« Le gouvernement du roi, écrivait M. Guizot au comte Rossi, ambassadeur près le Saint-Siége, a appris avec une vive satisfaction les derniers actes de l'administration du Saint-Siége. La politique éclairée qui s'y manifeste, l'accueil que leur a fait la population, l'empressement avec lequel les hommes les plus considérables du pays se sont portés à la défense de l'ordre et à l'appui du gouvernement romain, sont des symptômes bien propres à rassurer et à satisfaire l'Europe chrétienne, si grandement intéressée à l'autorité morale de la cour de Rome et à la sécurité de l'Italie

« Tant que de part et d'autre on marchera dans cette

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