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sent d'avoir gagné un point de plus dans la partie où se trouvent engagés les droits du Saint-Siége, la sécurité de l'État, le bonheur public, la liberté elle-même.

Fidèle à sa promesse, le Saint Père sortit le lendemain du Quirinal avec une simple escorte de quatre gardes-nobles, prouvant ainsi la confiance qu'il avait dans l'amour et la fidélité de son peuple. Cette fois encore, il fut accueilli sur son passage par les démonstrations les plus vives ; la joie brillait sur tous les fronts, le bonheur régnait dans toutes les âmes. Le pape s'apprêtait à rentrer dans son palais, déjà même il se trouvait au Corso à l'embranchement de la rue des Condotti. lorsque tout à coup une tourbe de gens à figures sinistres se précipite sur les pas du cortége, clamant : Vive Pie IX! et vociférant les cris de : A bas le gouverneur.' à bas Savelli! à bas la police ! mort aux rétrogrades! à bas les jésuites! Ciceruacchio, se détachant de la tourbe, s'élance derrière la voiture pontificale;sa main agite un immense écriteau sur lequel se trouve cette inscription: Courage, Saint Père, le peuple est avec vous; sa voix,avinée et retentissante, répète l'inscription du drapeau: les hurlements de la populace redoublent, et le pape perd connaissance dans la rue des Trois-Canelles.

Le lendemain, les journaux du mouvement annoncèrent que le pontife, reconnaissant de l'amour de son peuple, s'était évanoui par tendresse. Ce jour-à même, le gouvernement romain publia, par l'organe du journal officiel, des explications sur la nature des causes qui avaient motivé ses ordonnances contre les manifestations de la rue. Après avoir démontré que les ennemis de l'ordre se prévalaient de toute circonstance pour entretenir une agitation nuisible à la société et fatale aux véritables intérêts du pays, le gouvernement exprimant sa satisfaction pour les marques de reconnaissance que le peuple s'empressait de donner chaque jour au chef de l'État, le suppliait de s'abstenir désormais de toute manifestation bruyante et desordonnée.

Les sociétés secrètes, encouragées par l'impunité, opposaient ouvertement le gouvernement de la démagogie au gouvernement du droit. Elles avaient leurs ministres, leurs sicaires, leur armée recrutée dans les fanges de la populace, leur règlement et leur discipline, discipline unitaire, passive et absolue. Les conjurés, esclaves eux-mêmes de l'idée qui les faisait agir, marchaient ainsi qu'un seul homme, serrant leurs rangs devant les décrets de l'autorité, comme une armée devant les boulets de l'ennemi. Ne tenant compte aucun des avertissements du pouvoir, ils organisèrent, quelques jours après, une nouvelle démonstration pour forcer la main au Saint Père et obtenir, parla violence, la formation d'une armée et d'un ministère laïque. Le pape répondit à ces exigences par la proclamation suivante, datée le 10 février, de Sainte-Marie-Majeure:

« Romains!

« Le pontife qui, depuis près de deux années, a reçu de vous tant de marques d'amour et de fidélité, n est sourd ni à vos craintes, ni à vos vœux. Nous ne cessons de méditer par quel moyen nous pouvons, sans manquer à nos devoirs envers l'Église, étendre et perfectionner les institutions que nous vous avons données sans y être contraint par aucune force, mais inspiré uniquement par notre ardent désir de rendre nos peuples heureux et par l'estime que nous faisons de leurs nobles qualités.

« Nous avions déjà pensé à l'organisation de la milice avant que la voix publique la réclamât, et nous avons cherché à vous procurer du dehors le concours d'officiers dont l'expérience militaire pût venir en aide au bon vouloir de ceux qui servent le gouvernement pontical d'une manière si honorable. Déjà, pour élargir la sphère à ceux qui, par l'expérience et l'intelligence des affaires, peuvent concourir aux améliorations, déjà nous avions pensé donner une plus grande part à l'élément laïque dans notre conseil des ministres. Si l'accord des princes de qui l'Italie a reçu les réformes est une garantie de ces bienfaits accueillis avec tant de joie et de reconnaissance, nous y contribuons de notre part en conservant, en resserrant avec eux les rapports de la plus sincère amitié et bienveillance.

« Rien, ô Romains et sujets du Saint-Siége, rien de ce qui peut contribuer à la tranquillité et à l'honneur de l'État, ne sera négligé par votre Père et votre souverain, qui vous a donné et qui est prêt à vous donner encore tant de preuves de sa sollicitude paternelle, s'il réussit à obtenir du ciel que Dieu répande dans les cœurs italiensl'esprit de paix et de sagesse.Dans le cas contraire, il résistera, avec l'aide des mêmes institutions qu'il a données, à tout mouvement désordonné, à toutes les demandes contraires à ses devoirs ainsi qu'à votre bonheur.

« Romains ! écoutez la voix rassurante de votre Père, et fermez l'oreille à ces cris sortis de bouches inconnues, et qui tendent à agiter les peuples de l'Italie par la crainte d'une guerre étrangère. Les gens qui poussent ces cris vous trompent; ils veulent vous porter, par la terreur, à chercher le salut dans le désordre, ils désirent confondre par le tumulte les conseils de ceux qui gouvernent, et par cette confusion, donner un véritable prétexte à une guerre qui, privée de ces conditions, serait impossible contre nous. A quel péril, je vous le demande, l'Italie peut-elle être exposée tant qu'un lien de gratitude et de confiance , pur de toute alliage de violence, unira la force des peuples à la sagesse des princes, à la sainteté du droit?

« Nous surtout, chef de la très-sainte Église catholique, croyez-vous que si nous étions injustement attaqué, nous ne verrions pas accourir à notre défense une foule innombrable d'enfants qui viendraient protéger la maison paternelle, le centre de l'unité catholique? Quel magnifique don que celui dont parmi tant d'autres le ciel a comblé notre pays; trois millions de nos sujets possèdent, parmi les peuples de toutes les nations et de toutes les langues de la terre, deux cents millions do frères. En des temps bien différents, lors de l'écroulement de l'empire romain, l'unité catholique fut l'ancre de salut qui préserva de la ruine Rome et l'Italie ellemême; elle sera notre plus sûre garantie tant que, dans son centre , résidera le siége apostolique.

« A cette fin, ô grand Dieu ! bénissez l'Italie, conservez-lui le plus précieux de tous les dons, la foi! Bénissezla de cette bénédiction que,le front courbé sur la terre, votre vicaire implore avec humilité. Bénissez-la de cette bénédiction qu'implorent pour elle les saints auxquels elle a donné la vie, la reine des saints qui la protège, les apôtres dont elle conserve les reliques, et votre Fils fait homme qui a voulu que cette Rome fût la résidence de son représentant sur la terre.

L'effet de cette proclamation fut immense ! Le peuple, dont les instincts ne se trompent jamais quand ils ne sont point égarés par le mensonge] et l'astuce des hommes pervers, le vrai peuple, versa des larmes : les conjurés seuls, insensibles, devant les supplications du ponlife . résolurent d'en atténuer les conséquences favorables. Ils représentèrent la péroraison de cette adresse aux Romains comme un lien qui rattachai Pic IX ;i la ligue des sociétés secrètes engagées contre la puissance de l'autorité. Le pontife avait dit: Grand Dieu, bénissez l'Italie! ils persuadèrent au peuple que , dans le cœur et sur les lèvres du souverain, l'Italie était le synonyme de la révolution. Le mal allait en augmentant; l'audace des uns, grandissant en proportion de la faiblesse des autres, précédait le jour où, devant l'action des partis, la résistance deviendrait impossible. D'un coup d'œil inquiet, le pape avait mesuré les difficultés de la position; alors sentant trembler sur son front et dans ses mains la couronne et le sceptre de sa puissance temporelle, il voulut tenter un suprême effort. Il convoqua au Quirinal les quatorze chefs de bataillon de la garde civique. C'était le 11 février, à quatre heures du soir; comme le ciel voilé de nuages, le front du pontife était sombre; un air de souffrance remplaçait, sur ses lèvres légèrement pâlies, son sourire habituel; ses yeux fatigués indiquaient qu'il avait longtemps prié avec ses larmes; sa voix seule avait con

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