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Si parfois nos couleurs apparaissaient trop vives, si le trait semblait trop prononcé, on nous tiendrait compte des impressions violentes sous l'inspiration desquelles nous avons écrit. Les tons foncés dominent dans l'œuvre du peintre que nous avons pris pour modèle. Les demi-teintes ne sont point faites pour reproduire les embrasements. Sans haine pour les personnages, notre appréciation, souvent récriminative, portera uniquement sur les actes qui ont compromis le salut du plus beau pays du monde.

La liberté qui élève le patriotisme au-dessus de la peur, inspire le courage d'exposer le crime dans toute sa nudité, pour qu'il serve d'épouvantail à l'avenir.

Combattre les passions dissolvantes, stigmatiser les agents du mal, démasquer enfin les ennemis de l'ordre humanitaire, est de tous les devoirs civiques le plus sacré, le plus utile au repos de la société. Ce devoir est le droit de l'historien : nous en userons. Indépendant et libre, ne relevant que de notre propre conscience, c'est sans peur, sans passion, et sans intérêt, que nous publions ces documents; trop heureux, si après avoir jeté quelque lumière sur les phases peu connues de la révolution romaine, ils peuvent servir d'enseignements aux masses populaires, si faciles à se laisser tromper par les intrigants et les ambitieux.

INTRODUCTION

La perfection n'^st pas dans ce monde. La société se composant d'éléments humains essentiellement faibles, et naturellement portés à la déviation, il est évident que l'édifice social doit parfois avoir besoin de rectification.

L'élément monarchique, fondé par le christianisme sur l'autorité qui découle de la loi divine, et fortifié depuis des siècles par l'influence du catholicisme, tendait, il y a soixante ans, à s'écarter de son point de départ; il déviait à sa base ; de sages et d'utiles réformes devenaient donc nécessaires ; qui pourrait le nier?

Malheureusement, depuis la paix de Munster et le traité de Westphalie. fatal au point de vue catholique, Ja voix des papes, ces puissants réformateurs du moyen âge, n'avait plus qu'un faible écho dans le conseil des princes de la terre. L'erreur, sanctionée du luthéranisme, marchant au niveau de la vraie foi, avait singulièrement affaibli l'influence politique de la papauté.

Les hommes qui se mirent alors à la tête du mouvement réformateur s'étaient franchement, ouvertement déclarés les ennemis du christianisme, qui seul a reçu de Dieu autorité pour enseigner le monde. La philosophie, usurpant les pouvoirs du catholicisme, ouvrit la porte aux révolutions, le jour qu'elle dit aux hommes: « Vous êtes égaux! » Immense erreur! Les hommes ne sont métaphysiquement égaux que devant Dieu. Ce principe égalitaire, habilement exploité par les sociétés secrètes, créa dès lors le niveau fatal qui menace aujourd'hui la société, et qui tend au chaos pour reconstruire un nouveau monde impossible.

Depuis soixante ans, les sociétés secrètes ont tellement bouleversé l'Europe qu'elles l'on réduite à la terrible alternative du fameux: To le or not to be, être ou ne pas être.

La situation critique dans laquelle se trouve aujourd'hui l'Europe, est-elle la conséquence immédiate et naturelle de l'action destructive des sociétés secrètes?

Cette proposition est résolue par l'affirmative. Prouvons-le donc en jetant un coup d'œil rétrospectif sur la marche mystérieuse de ces sociétés, et sur les moyens qu'elles ont pris pour arriver à l'exécution de leurs projets sur l'Italie. Nous rencontrerons à chaque instant les traces flagrantes de la conspiration qui a servi de préface à la république romaine, qui n'est elle-même que l'appendice de la république française. Remontons le cours de quelques années.

Nous avons sous les yeux une brochure sans nom d'auteur, qui, sous la forme d'un appel à l'Italie, contient les lignes suivantes. L'anonyme, après avoir fait un éloge pompeux de la religion et cité comme argument cette parole du Christ: « Mon royaume n'est pas de ce monde, » s'écrie:

« Italiens I. Dieu a créé tous les hommes égaux. Apprenez que ce qu on appele le libéralisme a pour but de vous remettre en possession de vos droits inaliénables. Il y a des hommes qui veillent pour vous, et pour qui la régénération de l'Italie est le stimulant de leur âme. Us se hâtent de faire luire le jour où elle devra s'accomplir. Dans ce jour fatal, rappelez-vous que la valeur l'emporte sur la force et que l'audace se rend maîtresse du sort. Maintenant que les événements graves approchent, que la catastrophe va éclater, il faut que chaque Italien ait un cœur qui sente, un visage qui dissimule, une main qui agisse.

«. Honneur à la confédération italienne !... Oh ! je le vois... Voyez comme il est terrible, et comme il resplendit d'une lumière sanglante, cejourgrosde la colère de Dieu et de la vengeance des peuples. Terrible catastrophe, le parjure aura sa récompense aussi bien que la tyrannie. Dieu écrit sur les trônes renversés: ce n'est pas en vain qu'on enfreint les lois de la vérité, de la justice et de la religion. »

Point de doute. Les trônes signalés ainsi à la vengeance des peuples devaient être ceux de Pie IX, de Ferdinand II, de Léopold de Toscane, de Charles Albert, ceux enfin des princes régnant sur les autres États de l'Italie Plusieurs de ces trônes se sont effectivement écroulés; mais le bras de Dieu, secondé par celui des hommes, les a relevés bientôt, après s'être tourné contre les démolisseurs.

Un autre petit volume paraît à Lugano le 25 octobre ,1833. Nous y trouvons à toutes les pages les mêmes intentions, les mêmes idées; chaque ligne est une menace, chaque mot un cri de vengeance; l'encre est du ,sang et le signet un poignard.

Dans les premiers jours de juin '1846, Ricciardi, littérateur de mérite, mais athée par calcul, d'accord avec cet axiome politique: « les écrivains sont les pionniers des révolutions» ; Ricciardi prend la plume et recommande à ses compatriotes, l'union, la réunion en un soûl faisceau de toutes les opinions diverses. Vous n'avez rien à attendre des princes, leur dit-il; puis il ajoute, que lors même que les princes voudraient faire ie bien, leurs peuples devraient exiger avant toute chose l'indépendance de l'Italie. Il est plus explicite en

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