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bénisse mes désirs et mes travaux! Si la religion doit en retirer des avantages, je me jetterais aux pieds du crucifix, pour remercier le ciel de tous les événements qu'il a laissé s'accomplir, et je serais satisfait plus encore comme chef de l'église universelle, que eomme prince , s'ils tournent à la plus grande gloire do Dieu. »

Par cette réponse pleine de sagesse, le pape indiquait clairement la violence morale qu'on lui imposait sans cesse, non dans l'accomplissement des actes qu'i I considérait comme un devoir, mais dans le terme exécutif de cet accomplissement dont seul, après mûr examen, il devait être le juste appréciateur.

Trois jours après , les rênes du gouvernement furent confiées à un nouveau ministère composé par Son Èminenco le cardinal secrétaire d'État, Antonelli:

Le comte Recchi, à l'intérieur;

L'avocat Sturbinetti, au département de grâce et de justice;

Monseigneur Morichini, aux finances;

Le Bolonais Minghetti, aux travaux publics;

Le prince Aldobrandini Borghèse, à la guerre;

Le cardinal Mezzofanti, à l'instruction publique.

Le comte Pasolini, au commerce;

L'avocat Galetti, au département de la police.

Tandis que ces nouveaux ministres prenaient possession de leurs portefeuilles, la révolution de Paris poursuivait son cours aux cris de : Respect à la religion et à ses ministres! Et, chose digne de remarque! la révolution de Juillet, qui se trouvait supplantée par celle de Février, n'avait pas eu assez d'outrages et de haines |X)ur cette même religion et pour ces mêmes ministres. La République de Ledru-Rollin et compagnie s'inclinait respectueusement devant les personnes et les choses saintes, honnies par la monarchie naissante des d'Orléans. Nous devons faire ici une réflexion qui s'applique à l'ensemble des événements que nous décrivons : c'est que,si le cataclysme social, conséquence des idées irréligieuses et des principes révolutionnaires, qui venait d'éclater en France, eût rencontré au Quirinal un pontife opposé aux sages concessions et aux utiles réformes, ce cataclysme politique eût été plus irréligieux, plus tyrannique que celui de 1793. L'ascendant de Pie IX, le prestige de son nom qui, un jour, avait réveillé le sultan dans les douceurs de son harem , en imposant à tous, le clergé de France leur dut en partie son salut ainsi que sa popularité.

CHAPITRE V.

Guerre contre les ordres religieux.— Courageuse protestation de l'abbé de Méro.ie. — Les Transtcverins et le général des jésuites. — Les

jésuites quittent Rome Statut fondamental d"uu gouvernement

représentatif.— Les armes d'Autriche. — Autodafé. — Présence d'esprit d'un paysan. — Révolution de Parme. — Projet d'un gouvernement unitaire en Italie. — Scènes du Colysce. — Le peuple au Quirinal. — Fermeté de Pie IX. — Ruse des révolutionnaires. — Le sergent Sopranzi.— La bénédiction des drapeaux est mal interprêtée. — Enrôlement des volontaires. — Leur départ. — Proclamation de Pic IX aux peuples de l'Italie.

L'allocution du 10 février, la grande voix du pape jetant sous les roues du char révolutionnaire le frein de sa puissante autorité, avaient imprimé un temps d'arrêt à la marche progressive de la démagogie. Les conjurés s'en émurent; sachant par expérience que tout mouvement de halte en politique était un pas de recul, ils tinrent conseil et décidèrent que, pour arriver au but de leurs fatales espérances, il leur importait de passer par la brèche des ordres religieux qui servaient d'avantposte à la papauté. C'est ainsi qu'en temps de guerre les hommes de l'art démantèlent d'abord les bastions avancés pour arriver ensuite au cœur de la place. Les jésuites, qu'un grand pape a nommés, en raison de leurs immenses services, les grenadiers du catholicisme, se trouvaient alors comme toujours à lavant-garde de la société menacée dans ses principes fondamentaux, la religion! Ce fut contre eux que les sociétés secrètes résolurent de porter les premiers coups; quelques bruits sourds répandus habilement dans la foule, des mots insultants jetés à la face des Pères isolés sur la voie publique, firent présager aux moins clairvoyants que l'orage ne tarderait pas à éclater; l'éclair toujours précède la foudre. Enhardis par l'impunité, fortifiant leur facile courage dans la silencieuse impuissance du pouvoir, les agitateurs redoublent d'audace : trop lâches pour attaquer en face des hommes qui pourraient se défendre, ils ajoutent la menace à l'outrage, et bientôt de la menace ils arrivent à l'action. Alors les mensonges les plus absurdes sont imprimés, les calomnies les plus révoltantes sont placardées dans les rues; des hommes sont payés, les uns pour vociférer, pendant la nuit, des cris sauvages autour du Gésu ; les autres pour casser, à coups de pierre, les vitres du couvent. Un rassemblement osa même en plein jour, sous les yeux d'un poste de garde civique, attacher sur la porte principale un écriteau contenant cette inscription : Est locanda. Un ecclésiastique belge, issu d'une des plus illustres familles de la Belgique, un ancien soldat au service de la France, l'abbé de Mérode, passait au même instant dans la rue. «Ce que vous faites là, dit-il à la foule, est une lâcheté. » Et s'avançant versl'écriteau, il l'arracha de sa propre main. Ce même jour, les Transteverins, ces hommes si dévoués à la religion, à la papauté et à tout ce qui s'y rat

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tache , envoyèrent une députation au Père général.

— « Que désirez-vous, mes bons amis? » leur demanda lé père Roothan. —-« Vous défendre',répondit un gros homme à la taille d'hercule et à la voix de stentor. 11 en est temps encore! ajouta-t-il : les ennemis de la religion n'ont d'autre force que celle qu'ils trament dans la faiblesse des lionnêles gens; a tous ces faiseurs d'émeutes, l'audace et la parole, mais à nous le droit et l'action; dites un mot. un seul mot, et bientôt nous en aurons fini avec eux tous! »

Le général des jésuites, extrêmement touché de la démarche de ces braves gens, leur déclara que, faits depuis longtemps aux injures et à l'injustice des hommes, ils ne voulaient d'autres défenseurs que la loi commune, et que, dans aucun cas, ils n'accepteraient des vengeurs. «Notre vie appartient à Dieu, ajouta-t-il : lui seul a le droit d'en disposer; que sa volonté soit faite ! »

Malgré ces paroles conciliatrices et pacifiques, les hommes du Transtévère se rendirent au café des BeauxArts, quartier-général des conspirateurs; mais ceux-ci, instruits à temps de la marche hostile de la population énergique qui voulait en finir avec eux, s'étaient soustraits par la fuite au sort qui les menaçait. A l'arrivée des Transteverins, la salle du café se trouva complètement déserte.

Cependant les préventions contre les jésuites faisaient chaque jour des progrès immenses ; les flots de la haine, soulevés par l'ignorance, déferlaient sur eux de toutes parts. Mal compris des uns, trompé par les autres, le pape voulut tenter un suprême effort pour sauver une société qu'il appréciait et dont il estimait les éminem>

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