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faire ; mais je ne te demande qu'une chose ; c'est de re con duire au moins jusqu'à la table de pierre qui est dans le jar. din.-Le fils conduisit son père jusqu'à cette table, et, çuana ils y furent arrivés,-Maintenant, tu peux partir et in'abandonner, dit le vieillard : c'est ici qu'autrefois j'ai amené mon père et que je l'ai abandonné.-Ah! mon père, s'écria le jeune homme, si j'ai des enfants, c'est donc ici qu'ils m'amè. neront à mon tour !-Et alors, ramenant son père à Taglia. cozzo, il lui donna la plus belle chambre de la naison, et la place la plus honorable à son repas de noces. Aussi Dieu le bénit, et il vécut vieux et respecté.”

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BIENFAISANCE DU PEUPLE.

J'ai remarqué que beaucoup de petits marchands livrent leurs marchandises à un plus bas prix à un homme pauvre qu'à un riche, et quand je leur en ai demandé la raison, ils m'ont répondu : « Il faut, monsieur, que tout le monde vive." J'ai observé aussi que beaucoup de gens du petit peuple ne mar. chandent jamais lorsqu'ils achètent à des pauvres comme eux. “Il faut, disent-ils, qu'ils gagnent leur vie.' Un jour, je vis un petit enfant acheter des herbes à une fruitière : elle lui en remplit son tablier pour deux sous ; et comme je m'étonnais de la quantité qu'elle lui en donnait, elle me dit : “ Monsieur, je n'en donnerais pas tant à une grande personne.” J'avais, dans la rue de la Madeleine, un porteur d'eau auvergnat, appelé Christal, qui a nourri pendant cinq mois, gratis, un tapissier qui lui était inconnu, et qui était venu à Paris pour un procès, parce que, me disait-il, ce tapissier, le long de la route, dans la voiture publique, avait donné de temps en temps le bras à sa femme malade. Je me suis arrêté une fois avec admiration à contempler un pauvre honteux assis sur une borne, dans la rue Bergère, près des Boulevards. Il passait près de lui des messieurs bien vêtus qui ne lui don. naient jamais rien ; mais il y avait peu de servantes ou de femmes chargées de hottes, qui ne s'arrêtassent pour lui faire la charité. Il était en perruque bien poudrée, le chapeau sous le bras, en redingote, en linge blanc, et si proprement rangé, qu'on eût dit, quand ces pauvres gens lui faisaient l'aumône, que c'était lui qui la leur donnait. Cet infortuné avait été horloger et avait perdu la vue. Ces pauvres femmes étaient émues par cet instinct sublime qui nous intéresse plus aux malheurs des grands qu'à ceux des autres hommes, parca que nous mesurons la grandeur de leurs maux sur celle de leur élévation et de leur chute. Un horloger aveugle était un Bélisaire pour des servantes.

BERNARDIN DE SAINT-PIERRE.

INCENDIE DU KENT.

Je me souviens d'un récit que j'ai lu avec une vive émo. tion. En 1825, un violent incendie éclata, au milieu de la iner, à bord du Kent, vaisseau de la Compagnie des Indes. Le capitaine, voyant qu'il n'y avait pas d'espérance de maicriser le feu, qui bientôt allait gagner les poudres, ordonna d'ouvrir de larges voies d'eau dans le premier et dans le second pont. L'eau entra de toutes parts dans le vaisseau et parvint à arrêter la fureur des flammes ; mais ce fut un autre danger, et le vaisseau semblait devoir bientôt s'ensevelir dans la mer. Alors," dit l'auteur du récit, “ commença une scène d'horreur qui passe toute description. Le pont était couvert de six à sept cents créatures humaines, dont plusieurs, que le mal de mer avait retenues dans leur lit, s'étaient vues forcées de s'enfuir sans vêtements, et couraient çà et là cherchant un père, un mari, des enfants. Les uns attendaient leur sort avec une résignation silencieuse ou une insensibilité stupide ; d'autres se livraient à toute la frénésie du désespoir. Les femmes et les enfants des soldats étaient venus chercher un refuge dans les chambres des ponts supérieurs, et là ils priaient et lisaient l'Écriture sainte avec les femmes des officiers et des passagers.” Parmi elles, deux seurs, avec un recueillement et une présence d'esprit admirables, choisirent à ce moment, parmi les psaumes, celui qui convenait le mieux à leur danger, et se mettant à lire à haute voix, alternativement les versets suivants :

“ Dieu est notre retraite,” disaient-elles, “notre force, et notre secours dans les détresses.

“C'est pourquoi nous ne craindrons point, quand même la terre se bouleverserait et que les montagnes se renverseraient dans la mer :

" Quand ses eaux viendraient à bruire et à se troubler et que les montagnes seraient ébranlées par la force de ses vagues ;

“ Car l'Éternel des armées est avec nous; le dieu do Jacob nous est une haute retraite."*

Dans ce péril extrême, le capitaine fit monter un homma au petit mât de hune, “ souhaitant plus qu'il ne l'espérait que l'on pût découvrir quelque vaisseau secourable sur la surface de l'océan. Le matelot, arrivé à son poste, parcouru des yeux tout l'horizon ; ce fut, pour nous, un moment d'an goisse inexprimable ; puis, tout à coup, agitant son chapeau il s'écria : Une voile sous le vent! Cette heureuse nouvell fut reçue avec un profond sentiment de reconnaissance, e l'on y répondit par trois cris de joie." Le vaisseau signalé était un brick anglais qui, mettant toutes voiles dehors, vint au secours du Kent. Alors commença une nouvelle scène. Le transbordement était difficile à cause de la violence de la mer; il devait être long, et cependant d'un moment à l'autre, le vaisseau pouvait sombrer. La discipline fut gardée, et le sentiment de l'honneur ne fut pas moins puissant contre l'impatience de la délivrance que ne l'avait été contre le désespoir de la mort le sentiment de la foi et de la prière. “ Dans quel ordre les officiers doivent-ils sortir du vaisseau ? vint demander un des lieutenants.—Dans l'ordre que l'on observe aux funérailles, cela va sans dire, répondit le capitaine." Et c'est dans cet ordre, qui semblait un symbole du péril, que l'équipage sortit du vaisseau, les plus jeunes passant les premiers, et les officiers du grade le plus élevé demeurant les derniers sur le vaisseau et restant plus longtemps près de la

mort.

SAINT-MARC GIRARDIN, Professeur à la Faculté des Lettres de Paris.

EFFICACITÉ DE LA PRIÈRE.

QUAND vous avez prié, ne sentez-vous pas votre cæur plus léger, et votre âme plus contente ?

La prière rend l'affliction moins douloureuse, et la joie plus pure : elle mêle à l'une je ne sais quoi de fortifiant et de doux, et à l'autre un parfum céleste.

Que faites-vous sur la terre, et n'avez-vous rien à de nander à celui qui vous y a mis ?

* Ps. xlvi.

Vous êtes un voyageur qui cherche la patrie. Ne marchez point la tête baissée : il faut lever les yeux pour reconnaître

sa route.

Votre patrie, c'est le ciel ; et, quand vous regardez le ciel, est-ce qu'en vous il ne se remue rien ? est-ce que nul désir ne vous presse ? ou ce désir est-il muet ?

Il en est qui disent: A quoi bon prier? Dieu est trop au-dessus de nous pour écouter de si chétives créatures.

Et qui donc a fait ces créatures chétives ? qui leur a donné le sentiment, et la pensée, et la parole, si ce n'est Dieu.

Et s'il a été si bon envers elles, était-ce pour les délaisser ensuite et les repousser loin de lui ?

En vérité, je vous le dis, quiconque dit dans son cœur que Dieu méprise ses œuvres, blasphème Dieu.

Il en est d'autres qui disent : A quoi bon prier Dieu ? Dieu ne sait-il pas mieux que nous ce dont nous avons besoin ?

Dieu sait mieux que vous ce dont vous avez besoin, et c'est pour cela qu'il veut que vous le lui demandiez ; car Dieu est lui-même votre premier besoin, et prier Dieu, c'est commencer à posséder Dieu.

Le père connaît les besoins de son fils; faut-il à cause de cela le fils n'ait jamais une parole de demande et d'actions de grâces pour son père ?

Quand les animaux souffrent, quand ils craignent, ou quand ils ont faim, ils poussent des cris plaintifs. Ces cris sont la prière qu'ils adressent à Dieu, et Dieu l'écoute. L'homme serait-il donc dans la création le seul être dont la voix ne dût jamais monter à l'oreille du Créateur ?

Il passe quelquefois sur les campagnes un vent qui dessèche les plantes, et alors on voit leurs tiges flétries pencher vers la terre ; mais, humectées par la rosée, elles reprennent leur fraîcheur, et relèvent leur tête languissante.

Il y a toujours des vents brûlants, qui passent sur l'âme de l'homme, et la desséchent. La prière est la rosée qui la rafraichit.

LA MENNAIS.

que

Observation.-Ce morceau est un mélange de grâce et d'énergio plein d'originalité. Le style, imité du langage biblique, abonde en images, en comparaisons vives, telles qu'on en trouve dans les paraboles orient. ules.

L’ÉCOLIER.

Un tout petit enfant s'en allait à l'école.
On avait dit: allez ! il tâchait d'obéir
Mais son livre était lourd ; il ne pouvait courir.
Il pleure et suit des yeux une abeille qui vole.
“ Abeille ! lui dit-il, voulez-vous me parler ?
Moi, je vais à l'école, il faut apprendre à lire.
Mais le maitre est tout noir, et je n'ose pas rire.
Voulez-vous rire, abeille, et m'apprendre à voler ?"
“Non, dit-elle, j'arrive, et je suis très pressée.
J'avais froid, l'aquilon m'a longtemps oppressée.
Enfin j'ai vu les fleurs ; je redescends du ciel,
Et je vais commencer mon doux rayon de miel.
Voyez ! j'en ai déjà puisé dans quatre roses :
Avant une heure encor nous en aurons d'écloses.
Vite, vite à la ruche. On ne rit pas toujours :
C'est pour faire le miel qu'on nous rend les beaux jours.
Elle fuit, et se perd sur la route embaumée.
Le frais lilas sortait d'un vieux mur entr'ouvert :
Il saluait l'aurore, et l'aurore charmée
Se montrait sans nuage et riait de l'hiver.
Une hirondelle passe ; elle offense la joue
Du petit nonchalant, qui s'attriste et qui joue ;
Et, dans l'air suspendue, en redoublant sa voix,
Fait tressaillir l'écho qui dort au fond des bois.
“Oh! bonjour, dit l'enfant, qui se souvenait d'elle.
Je t'ai vue à l'automne ; oh! bonjour, hirondelle !
Viens; tu portais bonheur à ma maison, et moi
Je voudrais du bonheur: veux-tu m'en donner, toi ?
Jouons !”? __“ Je le voudrais, répond la voyageuse ;
Car je respire à peine, et je me sens joyeuse.
Mais j'ai beaucoup d'amis qui doutent du printemps
Ils rêveraient ma mort, si je tardais longtemps.
Oh! je ne puis jouer. Pour finir leur souffrance,
J'emporte un brin de mousse en signe d'espérance.
Nous allons relever nos palais dégarnis;
L'herbe croit: c'est l'instant des amours et des nids.
J'ai tout vu. Maintenant, fidèle messagère,
Je vais chercher mes seurs là-bas sur le chemin.
Ainsi que nous, enfant, la vie est passagère,
11 en faut profiter. Je me sauve; à demain."

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