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Rome, à Naples, et à Londres. J'irai vorr, si je puis, ce qu en reste, et vous en rendrai compte, si je vis, et si la chose er vaut la peine.

Pour la Calabre actuelle, ce sont des bois d'orangers, des forêts d'oliviers, des haies de citronniers. Tout cela sur la côte et seulement près des villes : pas un village, pas une maison dans la campagne; elle est inhabitable, faute de police et de lois. Mais comment cultive-t-on, direz-vous ? Le paysan loge en ville, et laboure la banlieue; partant tard le natin, il rentre avant le soir. Comment oserait-on coucher dans une maison des champs ? On y serait égorgé dès la première nuit. Les moissons coûtent peu de soins; à ces terres soufrées il faut peu d'engrais. Tout cele annonce la richesse. Cependant le peuple est pauvre, misérable même. Le royaume est riche; car, produisant de tout, il vend et n'achète pas. Que font-ils de l'argent ? Ce n'est pas sans raison qu'on a nommé ceci l'Inde de l'Italie. Les bonzes aussi n'y manquent pas. C'est le royaume des prêtres, où tout leur appartient.

Ce n'est point ici qu'il faut prendre exemple d'un bon gouvernement, mais la nature enchante. Pour moi, je ne m'habitue pas à voir des citrons dans les haies. Et cet air embaumé autour de Reggio! on le sent à deux lieues au large quand le vent souffle de terre. La fleur d'orange est cause qu'on y a un miel beaucoup meilleur que celui de Virgile : les abeilles d’Hybla ne paissaient que le thym, n'avaient point d'orangers. Toutes choses aujourd'hui valent mieux qu'autrefois.

Je finis en vous priant de présenter mon respect à madame de Sainte-Croix et à M. Larcher. Que n'ai-je ici son Hérodote, comme je l'avais en Allemagne! Je le perdis justement comme je viens de faire mon Homère, sur le point de le savoir par cour. Il me fut pris par des hussards. Ce que je ne perdrai jamais, ce sont les sentiments que vous m'inspirez l'un et l'autre, dans lesquels il entre du respect, de l'adruiration, et si j'ose le dire, de l'amitié.

LES NAPOLITAINS.

Le peuple napolitain, à quelques égards, n'est point du tout civilisé; mais il n'est point vulgaire à la manière des autres peuples : sa grossièreté même frappe l'imagination. La rive africaine, qui borde la mer de l'autre côté, fait déjá

presque sentir son influence, et il y a je ne sais quoi de nu mide* dans les cris sauvages qu'on entend de toutes parts. Ces visages bruns, ces vêtements formés de quelques morceaux d'étoffe

rouge ou violette, ces lambeaux d'habillements que ce peuple artiste drape encore avec art, donnent quelque chose de pittoresque à la populace, tandis qu'ailleurs I'on no peut voir en elle que les misères de la civilisation.

Un cerc tain goût pour la parure et les décorations se trouve souvent à Naples à côté du manque absolu des choses nécessaires our commodes. Les boutiques sont ornées agréablement avec des fleurs et des fruits; quelques-unes ont un air de fête qui ne tient ni à l'abondance ni à la félicité publique, mais seulement à la vivacité de l'imagination : on veut réjouir les yeux avant tout. La douceur du climat permet aux ouvriers en tout genre de travailler dans la rue.

Les tailleurs y font des habits, les traiteurs leur cuisine, et les occupations de la maison, se passant ainsi au dehors, multiplient le mouvement de mille manières. Les chants, les danses, des jeux bruyants, accompagnent assez bien tout ce spectacle, et il n'y a point de pays où l'on sente plus clairement la différence de l'amusement au bonheur. Enfin, on sort de l'intérieur de la ville pour arriver sur les quais, d'où l'on voit et la mer et le Vésuve, et l'on oublie alors tout ce que l'on sait des hommes.

MME DE STAËL.-Née en 1766 ; morte en 1817. Observation. Ce tableau présente une peinture vive et pittoresque le siyle en est poétique et fortement coloré.

LE FILOU ET LE NOTAIRE.

La ville de Milan a été, au mois de juin 1829, le théâtre d'un tour d'escroquerie assez singulier.

Un filou, vêtu en paysan, cherchait des dupes sur la place publique, lorsqu'il vit venir à lui un notaire, chargé d'un gros sac d’écus. C'était un assez bel homme ; mais son sac était bien plus beau. Le filou qui l'avait vu quelquefois l'accosta : --"Monsieur," lui dit-il, en prenant le ton d'un villageois bien simple, “ pardon si je vous arrête un moment. Je viens d'un bourg voisin (qu'il nomma) en ma qualité de marguillier de la paroisse, chercher un notaire pour arranger de grands débats qui nous sont survenus, et une chape pour M. le curé, qui a brûlé la sienne cet hiver, en se chauffant dans la sacristie. Si c'était un effet de votre bonté de m'indiquer où je trouverai tout cela, vous me rendriez bien reconnaissant.

* Les Numides étaient les peuples les moins civilisés de l'Afrique septentrionale, et conséquemment ceux dont le langage était le plus rude e plus sauvage.

Le notaire ouvrit de grandes oreilles, et répondit du ton le plus poli qu'il était l'homme qu'on cherchait

, et qu'il écrirait tous les actes et ferait toutes les affaires de la paroisse au prix le p'us modéré.-"A ce que je vois," dit le filou,“ vous êtes notaire ?"-" Justement."

25 Justement.”—“Eh bien ! c'est bon, car vous me revenez. Savez-vous que vous allez gagner là deux ou trois cents écus ?"_" Allons tant mieux."--Mais en récompense de la pratique que je vous donne, il faut que vous me rendiez un vrai service. Notre curé est absolument de votre taille. Menez-moi chez un honnête marchand ; essayez la shape; ce qui vous ira bien, ira bien.”

Le notaire ne put se refuser à cette petite complaisance Il conduisit le prétendu marguillier chez un vendeur d'ornements d'église; on choisit une belle chape, et le notaire se la mit sur le dos. ll avait déposé pour cette opération son sac d'écus sur le comptoir. Pendant qu'il avait le dos tourné, le filou empoigna le sac, ouvrit la porte, et prit la fuite. Le notaire se retourna brusquement, et voyant partir son sac, il se mit à hurler, en courant du côté où il avait vu tourner son homme, et en criant de toutes ses forces au voleur. Le marchand ccurut de son côté après le notaire en poussant les mêmes cris. Le filou, qui n'était pas hors de péril

, courait toujours en criant aussi : “ Arrêtez le voleur! c'est un sacrilége! il a pris la chape de Saint Ambroise ! il est fou! arrêtez-le avec précaution; je vais aller chercher la justice.

La populace qui voyait un notaire courir les rues avec une chape sur le dos, ne douta pas un instant que ce ne fût l'homme dont il s'agissait. On l'arrêta malgré ses clameurs ; on le gourma de quelques coups de poing ; les bonnes gens à qui le filou venait d'apprendre qu'on emportait la chape de Saint Ambroise, se hâtèrent d'en déchirer des lambeaux, pour en faire des reliques et des amulettes; si bien qu'elle disparu en un clin d'eil.

On reconduisit enfin le notaire chez le marchand; toute l'affaire s'expliqua; mais le voleur était sauvé avec le sac et le notaire fut encore obligé de payer la chape.

COLLIN DE PLANCY.

LE SINGE ET LE CHAT.

BERTRAND avec Raton, l'un singe et l'autre chat,
Commensaux d'un logis, avaient un commun maître.
D'animaux malfaisants c'était un très bon plat :
Ils n'y craignaient tous deux aucun, quel qu'il pût être
Trouvait-on quelque chose au logis de gâté;
L'on ne s'en prenait point aux gens du voisinage
Bertrand dérobait tout ; Raton, de son côté,
Était moins attentif aux souris qu'au fromage.

Un jour, au coin du feu, nos deux maîtres fripons

Regardaient rôtir des marrons.
Les escroquer était une très bonne affaire :
Nos galants y voyaient double profit à faire,
Leur bien premièrement, et puis le mal d'autrui.
Bertrand dit à Raton: Frère, il faut aujourd'hui

Que tu fasses un coup de maître :
Tire-moi ces marrons.

Si Dieu m'avait fait naître
Propre à tirer marrons du feu,

Certes, marrons verraient beau jeu.
Aussitôt fait que dit : Raton, avec sa patte,

D'une manière délicate,
Écarte un peu la cendre, et retire les doigts;

Puis les reporte à plusieurs fois;
Tire un marron, puis deux, et puis trois en escroque;

Et cependant Bertrand les croque.
Une servante vient : adieu mes gens. Raton

N'était pas content, ce dit-on.

Aussi ne le sont pas la plupart de ces princes

Qui, flattés d'un pareil emploi,
Vont s'échauder en des provinces
Pour le profit de quelque roi.

LA FONTAINE.

LES VOLEURS EN ESPAGNE.

Me voici de retour à Madrid, après avoir parcouru pen. dant plusieurs mois, et dans tous les sens, l'Andalousie, cette terre classique des voleurs, sans en rencontrer un seul. J'en suis presque honteux. Je m'étais arrangé pour une attaque de voleurs, non pas pour me défendre, mais pour causer avec eux et les questionner bien poliment sur leur genre de vie. En regardant mon habit usé aux coudes et mon mince bagage, je regrette d'avoir manqué ces messieurs. Le plaisir de les voir n'était pas payé trop cher par la perte d'un léger porte

manteau.

Mais si je n'ai pas vu de voleurs, en revanche, je n'ai pas entendu parler d'autre chose. Les postillons, les aubergistes vous racontent des histoires lamentables de voyageurs assas. sinés, de femmes enlevées, à chaque halte que l'on fait pour changer de mules. L'événement qu'on raconte s'est toujours passé la veille et sur la partie de la route que vous allez par. courir. Le voyageur qui ne connaît point encore l'Espagne, et qui n'a point eu le temps d'acquérir la sublime insouciance castillane, quelque incrédule qu'il soit d'ailleurs, ne laisse pas de recevoir une certaine impression de tous ces récits. Le jour tombe, et avec beaucoup plus de rapidité que dans nos climats du nord ; ici le crépuscule ne dure qu'un moment: survient alors, surtout dans le voisinage des montagnes, un vent qui serait sans doute chaud à Paris, mais qui par la comparaison que l'on en fait avec la chaleur du jour vous paraît froid et désagréable. Pendant que vous vous enveloppez dans votre manteau, que vous enfoncez sur vos yeux votre bonnet de voyage, vous remarquez que les hommes de votre escorte jettent l'amorce de leurs fusils sans la renouveler. Étonné de cette singulière manæuvre, vous en demandez la raison, et les braves qui vous accompagnent, répondent du haut de l'impériale où ils sont perchés, qu'ils ont bien tout le courage possible, mais qu'ils ne peuvent pas sister seuls à toute une bande de voleurs : « Si l'on est attaqué, nous n'aurons de quartier qu'en prouvant que nous n'avons jamais eu l'intention de nous défendre."

Le voyageur se repent alors d'avoir pris tant d'argent sur lui. Il regarde l'heure à sa montre de Bréguet qu'il croit consulter pour la dernière fois.

la dernière fois. Il serait bien heureux de la savoir tranquillement pendue à sa cheminée de Paris. Il demande au mayoral (conducteur) si les voleurs prennent les habits des voyageurs.--" Quelquefois, monsieur. Le mois passé la diligence de Séville a été arrêtée à une lieue de la Carlota, et tous les voyageurs sont entrés à Écija comme de petits anges.

-“De petits anges ! que voulez-vous dire ?”– “Je veux dire que les bandits leur avaient pris tous leurs habits.”-“Diable !" s'écrie le voyageur en boutonnant sil edingote : mais il se rassure un peu, et sourit même en re.

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