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sa fille le répètera à sa muette enfant; peut-être même placera-t-elle dans sa bouche quelque critique sévère sur ce qui lui aura semblé injuste de la part de sa mère. C'est dans les jeux que les enfants jouissent de toute leur liberté et offrent le plus d'occasions de les juger.

Les balles, les raquettes, le cerceau, la corde, sont des jeux qui exigent une certaine adresse, et fortifient les enfants. Ils peuvent avoir lieu entre les filles et les garçons jusqu'à 'âge de sept ans, et sont aussi utiles aux uns qu'aux autres. Dès qu'il n'y a plus de proportion entre la force physique des garçons et celle des filles, il y a du danger à les faire jouer ensemble : les garçons ne comprennent pas encore que leur force ne doit servir qu'à protéger des êtres plus faibles qu'eux. Des courses dirigées vers un but marqué sont aussi un amusement qui développe beaucoup l'agilité des enfants. Les petites bêches, les râteaux, les brouettes, le scul plaisir de bouleverser une terre inculte, de ratisser des allées doivent longtemps précéder les premiers essais de culture. Les très jeunes enfants sont de détestables jardiniers ; ils arracherit de suite * ce qu'ils ont planté, et ne laissent pas subsister vingt-quatre heures sous la même forme leur petit jardin. Pourquoi leur enseigner à détruire ! Pour rendre l'amusement du jardinage à la fois agréable et utile, il ne faut l'accorder aux enfants qu'à la seconde époque de l'éducation ; laissez-les donc gratter la terre tant que cela peut les amuser, mais ne leur accordez un rosier, un pied d'aillet, que lorsqu'ils sauront attendre le développement de la fleur, et ne leur laissez cultiver les pommes-de-terre que lorsque, après les avoir plantées au mois de mars, ils sauront qu'ils doivent, avec patience, attendre le mois de septembre pour en recuei. llir les produits !

Madame CAMPAN, morte en 1822. Observation. Ce morceau d'un style simple, exprime avec gråce et naiveté ce qu'il y a de sérieux dans les jeux de l'enfance, et l'influence morale qu'ils peuvent exercer sur le reste de la vie.

UN BAL D'ENFANTS, AU CHATEAU DES

TUILERIES. (1833.) Le bal va commencer, il est huit heures ; toutes les danseuses, dont la plus jeune peut avoir trois ans, et la plus âgée quatorze, sont assises, le sourire sur la bouche, les yeux brillants, et les joues roses de plaisir. Leurs cæurs palpiten: d'attente et de bonheur; elles mesurent de l'eil l'espace qu'elles vont parcourir ; elles s'examinent dans les moindres détails de leurs toilettes fraiches et simples comme elles, et reportent vers leurs mères, rayonnantes d'orgueil, leurs re. gards joyeux.

* De suite pour tout de suite, immédiatement.

Devant et derrière elles, les danseurs du même âge circu. ent dans le salon, faisant leurs remarques, louant, critiquant presque comme des hommes, et choisissant d'avance l'enfant ou la toute jeune fille.

L'orchestre donne le signal, et la troupe folâtre s'élance, oublieuse de tout,* si ce n'est du plaisir. La joie est universelle ; elle gagne jusqu'aux parents eux-mêmes, présents à cette fête de famille.

Les gâteaux, les glaces, le sirop, le punch, circulent en profusion ; mais le punch est léger, extrêmement léger; on sait quel effet pourrait produire sur toutes ces jeunes têtes le rhum versé en aussi grande quantité que pour un punch de dames.

Mais une autre ivresse s'est emparée des enfants : l'air du galop s'est fait entendre : les voilà tous s'élançant, petits et grands, et parcourant, de la-vitesse de leurs faibles jambes, les longs salons ouverts devant eux. Rien ne peut les retenir, rien ne peut les réunir en quadrilles ; ils vont toujours : l'agilité des petits chevaux de Franconi, galopant autour du cirque, peut seule égaler la leur. La musique, au lieu de s'arrêter, semble comme eux redoubler de vitesse ; mais tout à coup

des gémissements se font entendre : deux tout petits danseurs, haletant de fatigue, et qui, depuis quelques instants, pleuraient tout bas, s'écrient, en courant toujours : O cette musique ne finira pas ! Les pauvres enfants se croyaient obligés à ne pas perdre une mesure, et le galop devenait une tâche au-dessus de leurs forces. Des bonbons et des baisers ont vite séché leurs larmes.

Puis est venu le souper qui a réalisé pour eux toute la féerie des châteaux enchantés : une quantité de petites tables ont réuni les enfants autour d'elles : quelques mères ont pris place près des plus petits ; mais aucune d'elles n'a voulu danser, et elles ont bien fait; rien ne devait troubler l'har. inonie de cette fête. Le bal a donc fini, pour les mères comme pour les enfants, à une heure et demie du matin.

* Expression nouvelle qui est d'un bon effet.

Cette soirée a été du petit nombre de celles qui laissent après elles, au lieu de regrets et d'ennuis, de riants et purs souvenirs. Elle fera époque dans la vie de plusieurs jeunes filles, et il y en aura beaucoup qui, dans dix ou douze ans, regretteront, au milieu des bals où elles porteront, au lieu de quelques fleurs, des plumes et des diamants, cette douce e joyeuse fete de janvier.

MME. MÉLANIE WALDOR,

Observation.Tableau charmant et plein de fraîcheur que la main l'une femme et d'une mère a seule pu tracer; elle seule pouvait donner tant de grâces à l'enfance, tant d'attraits à ses jeux.

UNE SÉANCE DE SOURDS-MUETS.

“ La reconnaissance est la mémoire du caur."

(MASSIEU, sourd-muet.) L'Instituteur prend un objet dans les arts : une montre ; il demande par signe à un jeune élève, si cette montre est l'ouvrage d'une mouche, d'un singe, d'une abeille, d'une gi. rafe, d'une fourmi, d'un éléphant, ou d'un petit chien qui est à côté de lui.

Le jeune élève devient rouge comme de l'écarlate. Il répond avec ironie, sans pourtant se fâcher, que non assuré

ment.

On le calme doucement en lui expliquant que la question est sérieuse, et tend à son instruction.

L’Instituteur. De qui cette montre est-elle l'ouvrage ?
L'Elève. Elle est l'ouvrage d'un horloger.
L'Instituteur. Qu'est-ce qu'un horloger?

L'Elève. C'est un homme qui fait des horloges, des mon.. tres, etc.

L'Instituteur. Qu'est-ce que l'Eternité ?

L'Elève. Sans naissance, ni mort, la jeunesse sans enfance ni vieillesse ; l'aujourd'hui sans hier ni demain ; le non-âge.

L’Instituteur. Qu'est-ce qu'une difficulté ?
L'Elève. C'est possibilité avec obstacle.
L'Instituteur. Qu'est-ce que l'ingénuité ?

L'Elève. L'ingénuité est naturelle, franche, naïve, sans déguisement ou sans détours dans ses paroles comme dans ses actions : les paysans et les gens de la campagne sont pour la plupart simples, parce que leur esprit n'a pas été cultivé. Les enfants et les jeunes gens bien nés et bier élevés sont ingénus, parce que leur cæur n'a pas été cor. rompu.

L'Instituteur. Qu'est-ce que idée, pensée, jugement, raisonnement, et méthode ?

L'Elève. L'idée est le résultat de l'attention et peint l'objet dans l'esprit ; la pensée réunit deux ou plusieurs idées, comparées pour les juger; le jugement voit en quoi elles conviennent ou non ; le raisonnement enchaîne les comparaisons, les jugements, les déduit les uns des autres; enfin la méthode est l'art de faire quelque chose selon les règles.

L'Instituteur. Qu'est-ce que la grâce ?

L'Elève. La grâce est le je ne sais quoi, quelque chose de divin répandu sur le corps, dans les mouvements, dans les gestes, dans toute la personne.

La grâce, c'est un don, une faveur.
La grâce, c'est le secours de l'inspiration divine.
L'Instituteur. Qu'est-ce que la clémence ?
L'Elève. C'est un pardon magnifique.

L'Instituteur. Quelle différence y a-t-il entre une belle et une jolie femme ?

L'Élève. Une belle femme a un charme puissant qui excite en nous l'admiration, elle fixe les regards sur elle par les qualités régulières du corps et par un agréable mélange de roses et de lys sur son teint ; tandis qu'une jolie personne nous plaît, nous intéresse par sa mignonne figure et ses manières gentilles. C'est un bijou que nous aimons plus que nous ne l'admirons. Une belle n'est belle que d'une façon; une jolie, l'est de mille.

L'Instituteur. Quelle différence entre beau et magnifique !

L'Elève. En fait d'art ou d'ouvrages d'esprit, il faut pour qu'ils soient beau, qu'il y ait de la régularité, une noble simplicité, de la grandeur; mais le magnifique y ajoute un éclat extraordinaire par un concours de perfections et de proportions qu'on ne peut s'empêcher d'admirer. Unissez le beau au magnifique ; cela produit le sublime qui vous enlève, et vous transporte. Au reste, vous le trouverez toujours na. tural.

L'Instituteur. Qu'est-ce que le bonheur ?

L'Elève. Goûter la jouissance de la vie, ce n'est que la plaisir. Le bonheur est la paix de la conscience.

PAULMIER

DU CARACTÈRE PATERNEL.

Le roi Salomon,” dit un auteur oriental, “ fut consuité un jour par les juges de Damas sur un procès fort embarras. sani. Deux hommes se prétendaient fils d'un riche marchand qui venait de mourir, et réclamaient tous deux son héritage. Ils avaient été élevés et nourris par le marchand, qui sem. blait les aimer beaucoup tous les deux. Mais il disait tou. jours qu'il n'y avait que l'un d'eux qui fût son fils, quoiqu'il refusât obstirén:ent de faire connaître celui qui avait droit à ce titre. A sa mort, le débat s'ómut pour savoir quel était le fils et l'héritier du marchand. Les juges de Damas, quoique reconnus pour leur sagesse, ne purent pas décider cette question si douteuse, et ils renvoyèrent le procès au roi Salomon. Celui-ci ordonna de faire venir les deux jeunes gens et le corps du marchand dans son cercueil ; et quand les deux plaideurs furent devant lui, il 'dit qu'il adjugerait l'héritage à celui des deux qui, prenant un marteau de fer, briserait le premier le cercueil de son père. Les gardes donnèrent un marteau aux deux jeunes gens, qui s'approcherent du cercueil. Alors l'un d'eux s'empressa de frapper le cercueil, qui rendit un son sourd ; mais l'autre, au moment de frapper, s'évanouit en s'écriant : Non, jamais je ne pourrai briser le cercueil de mon père. J'aime mieux que mon frère ait tout l'héritage.-C'est toi qui es le fils du marchand, Jit alors Salomon : tu as prouvé ta filiation par ton respect. Les juges de Damas admirèrent ce jugement de Salomon, qui ressemble. fort à celui qu'il prononça entre les deux mères : cherchant, dans l'un et l'autre cas, à discerner la vérité à l'aide des sentiments de la nature.

Voilà certes un bel hommage rendu à la sainteté du caractère paternel. Le second récit que je veux faire n'est pas moins curieux ni moins expressif. Je le tire de l'ouvrage de Nicius Erythræus., .

“ Un jeune homme de la ville de Tagliacozzo, qui était sur le point de se marier, résolut de chasser' son père de la maison et de le reléguer à la campagne : il craignait que la compagnie du vieillard ne déplût à sa jeune femme. Son père avait plus de quatre-vingt-dix ans et était hors d'état de lui résister. · Il le fit monter dans un chariot et le mena jusqu'à la porte d'une mauvaise métairie qu'ils avaient dans la campagne : c'était dans cette métairie qu'il voulait l'enfermer.- Mon fils, dit le vieillard, je sais ce que tu veux

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