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de la premiere qualité, & en donna la furintenMARS 18. dance à Alypius', son ami intime , qu'il envoya

sur les lieux, pour en presser l'exécution.

Tout étant ainfi disposé, on affembla une quantité prodigieuse de matériaux. On travailloit nuit & jour avec une ardeur incroyable à nettoyer l'emplacement de l'ancien Temple, & à démolir les vieux fondements. Quelques Juifs avoient fait faire pour ce travail, des hojaux, des pelles & des hottes d'argent. Les femmes les plus délicates mettoient la main à l'œuvre , & emportoient les décombres dans leurs robes les plus précieuses. :

Saint Cyrille , qui voyoit tous ces préparatifs, ne montroit pas la moindre inquiétude ; il foutenoit toujours que les Oracles divins auroient leur entier accomplissement. Il assuroit même que les efforts des Juifs ne serviroient qu'à vérifier plus parfaitement la prophétie du Sauveur , qui avoit dit en parlant du Temple de Jérusalem, qu'il n'y referoit pas pierre sur pierre.

Cependant la démolition avançoit , & l'on fe préparoit à placer les nouveaux fondements. Mais c'étoit-là que Dieu attendoit ses ennemis pour les confondre. Écoutons un Auteur dont on ne peut suspecter le témoignage : c'est AmmienMarcellin, qui étoit Paien de Religion , & qui a fait de Julien le héros de fon Histoire. « Pendant » que le Comte Alypius , aslifté du Gouverneur ► de la province, pressoit vivement les travaux, » d'effroyables tourbillons de flammes s'élance» rent des endroits contigus-aux fondements, brû» lerent les ouvriers , & leur rendirent la place * inaccessible (2). Enfin cet élément persistant

(?) Saint Chrysostome, Soulles flammes s'élancerent du mie somene & Théodoret disent que lieu même des fondements,

» toujours avec une espece d'opiniâtreté à re» pousser les ouvriers , on fut obligé d'abandonner. MARS 18, » l'entreprise (m) ». Voilà de quelle maniere s'exprime un Historien qui adoroit les Idoles du Paganisme, & qui étoit admirateur de Julien. Il n'y a que la force de la vérité qui ait pu lui arracher un pareil aveu.

Les Écrivains Ecclésiastiques entrent dans un détail plus circonstancié de cet événement. Nous apprenons d'eux, qu'outre les éruptions de feu, il y eut encore des tremblements de terre & des ouragans ; que la foudre tomba ; qu'on vit des croix imprimées sur le corps & sur les habits de ceux qui étoient présents ; &.qu'il parut une lumiere dans le ciel , sous la forme d'une Croix renfermée dans un cercle (n). Plusieurs , poursuivis par les flammes, voulurent se fauver dans une Eglise voisine ; mais ils ne purent y entrer , soit qu'une main invisible les repoussât, foit que la providence permît qu'ils s'embarrassassent les uns les autres. « Quoi qu'il en soit, dit faint Grégoire » de Nazianze (4), une circonstance universel» lement reçue , & dont tout le monde convient, » c'est que lorsqu'ils voulurent éviter , par la fuite, » le danger qui les menaçoit, un feu sorti des » fondements du Temple , les atteignit bientôt, » consuma les uns, mutila les autres, leur laissant

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(m) Hecque modo elemento Nazianze, Or. 4. adv. Julian. destinatiis repellente , 'ceffavic in- Selon Théodoret, les croix qui ceptum. Amm. Marcel. l. 23. parurent sur les habits des Juifs, c. 1. Ces expressions sont bien étoient sombres & tirant sur le fortes dans la bouche d'un Païen. noir. Mais, cela ne contredit Elles représentent le feu comme point le récit de S, Grégoire. un être intelligent, qui agissoit. Les croix en question ressem. par l'ordre d'une cause--fupé-, bloient aux phosphores, qui rieure. Pourtoit-on méconnoitre sont de couleur noire durant le ici le doigt de Dieu?

jour, & lumineux durant la nuit. (2) Voyez faint Grégoire de (4) Or. 4. ady, Julian.

» à tous les marques les plus visibles de la colere MARS 18. » du Ciel ». Ces éruptions recommencerent tous

tes les fois qu'on voulut renouveller les travaux, & ne cesserent que quand on les eût entiérement abandonnés.

Cet événement miraculeux est rapporté avec toutes ses circonstances, par une foule d'Auteurs qui vivoient dans le fiecle de Julien. S. Grégoire de Nazianze en parloit un an après qu'il fut arrivé. Saint Chrysostome en fait mention en plusieurs endroits de ses Ouvrages, comme d'un fait qui s'étoit passé, il y avoit environ vingt ans , sous les yeux de plusieurs de ceux qui l'écoutoient. On en trouve le récit dans saint Ambroise (o); dans Rufin, qui avoit long-temps vécu sur les lieux ; dans Théodoret, qui passa la plus grande partie de la vie dans le voisinage de la Palestine; dans les Histoires de Socrate, de Sozomene, de Philoftorge, &c. Tous ces Auteurs s'accordent quant au fonds, & ne different entr'eux que par rapport à quelques circonstances. Mais cette diversité ajoute un nouveau poids à leur témoignage, puisqu'elle prouve qu'ils ne se sont pas copiés les uns les autres. Nous avons vu le même prodige attesté par Ammien-Marcellin. Libanius, Paien comme lui , & tout dévoué à l'Empereur Julien, parle aussi de tremblements de terre arrivés en Palestine. Il est vrai qu'il use de réserve ; mais par cela même il sert la cause du Christianisme. En s'exprimant autrement, il eût dévoilé la honte de son Héros , & trahi sa Religion (p). Il n'y a pas jusqu'à Julien, qui n'ait rendu hommage à la vérité. Cet hommage étant forcé, il n'est pas

(0) Dans son Épitre 40 , l'Hiftoire de la Vie, & dans écrite en 388.

l'Oraison funebre de Julien. (2) Voyez Libanius, dans

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étonnant qu'il ait employé des expressions captieuses & étudiées. Les Juifs enfin, qu'on ne soupçonnera MARS 18. pas

d'avoir copié les Auteurs Chrétiens, racontent le fait en question d'après la tradition de leurs Synagogues, & presque avec autant d'unanimité que les Auteurs Chrétiens.

Le miracle dont nous venons de parler , est donc incontestable. On ne peut le révoquer en doute , fans tomber dans le pyrrhonisme le plus extravagant (9). Aussi lisons-nous dans Socrate que les Juifs s'écrierent d'abord que Jesus-Christ étoit Dieu. Plusieurs Païens se convertirent en cette occasion, au rapport de faint Grégoire de Nazianze, de Sozomene & de Théodoret. Quant aux Juifs, il n'est pas surprenant qu'ils soient restés dans leur aveuglement. Ils vérifient les prophéties où leur opiniâtreté à rejetter la lumiere eft fi clairement prédite.

A la vue d'un triomphe aussi glorieux pour le Christianisme , saint Cyrille adora la toute-puissance de Dieu , & continua de travailler avec zele au salut de son troupeau. Son attachement inviolable à la Foi de Jesus-Chrift, le rendit extrê. mement odieux à Julien ; & il avoit résolu, die Orose , de le sacrifier à sa haine après son retour de la guerre de Perse. Mais la mort le prévint & l'empêcha d'exécuter son détestable projet (-).

(9) Voyez la Dissertation de parfaitement résolues. Tous les Warburton, sur le projet formé Savants conviennent que War. par Julien de rebátir le Temple burton a épuisé la matiere, & de Jérusalem. M. l'Abbé Ma- qu'il a forcé les incrédules jur. zéas en donna une bonne tra- ques dans leurs derniers retranduction françoise en 1754. Il chements. eft prouvé dans cet ouvrages (1) Voyez la Vie de Julien, par que le fait en question fut un M. l'Abbé de la Bletterie. Nous miracle proprement dit; & les ; avons beaucoup profité de cet difficultés de Basnage y sont excellent Ouvrage.

Saint Cyrille fut encore exilé en 367 , par
MARS 18. l'Empereur Valens, infecté de l'Arianisme. Il ne

revint dans son Diocèse qu'en 378, lorsque Gratien
étant parvenu à l'Empire, ordonna que les Eglises
fussent restituées à ceux qui étoient unis de com-
munion avec le Pape Damase. Ayant trouvé son
troupeau divisé par le schisme & l'hérésie, il
travailla de toutes ses forces à y rétablir la paix &
l'unité de doctrine. Il assista en 381, aa Concile
général de Constantinople , & souscrivit à la
condamnation des Semi-Ariens & des Macédo-
niens, dont il avoit toujours réprouvé les erreurs.
Enfin il passa de cette vie à la glorieuse éternité
en 386. Il étoit dans la foixante-dixieme année de
son âge. Les Grecs & les Latins l’honorent en ce
jour , qui fut celui de la mort.

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Norice des Écrits de saint Cyrille. Saint Cyrille, en qualité de Catéchiste de Jérusalem, faisoit chaque année un cours d'Instructions pour préparer les Catéchumenes à recevoir le Baptême. Ces Instructions, connues sous le nom de Catéchefes, sont au nombre de dix-huit, & adressées à ceux des Catéchumenes qu'on appelloit Compétents ou Illuminés. Outre ces dix-huit Catécheses, il y en a cinq autres nommées Mystagogiques, ou parce qu'elles furent adrese sées aux Catéchumenes déja initiés dans nos mysteres, ou parce que nos mystères y étoient clairement expliqués , sur-tout pat Japport au sacrement du Baptême, de la Confirmation & de l'Eucharistie.

Les Calvinistes, trouvant la condamnation de leurs erreurs dans les Catéchefes de saint Cyrille, principalement dans les Mystagogiques, ont fait tous leurs efforts pour prouver qu'elles étoient supposées. Mais les Critiques ne se rendront point à leurs raisons, tant qu'ils n'en auront pas de plus solides que celles qui ont été apportées par Aubertin , par Rivet , Crit. Sacr. l. 3. c. 8. 9.10 & 1. & par Casimir Oudin , de Script. Ecclef. T. 1, p. 459. Ce dernier, dont on connoît d'ailleurs l'inexactitude, est tombé, pour soutenir son sentiment, dans les bévues les plus grossieres. Les Protestants d'Angleterre ont été de meilleure foi, & ont reconnu que S. Cyrille étoit incontes

tablement

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