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SOUVENIRS

ET ANECDOTES

SUR L'INTÉRIEUR DU PALAIS

DE L'EMPEREUR NAPOLÉON,

SUR CELUI

DE L'IMPÉRATRICE MARIE-LOUISE ,

ET SUR QUELQUES ÉVÉNEMENS DE L'EMPIRE,

DEPUIS 1805 JUSQU'EN 1816.

CHAPITRE PREMIER.

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Le prompt retour de Louis XVIII dans sa capitale déconcerte les

pro jets de la coalition. — Déclaration des souverains alliés contre nos chefs-d'æuvre des arts.- Les chevaux de Corinthe. Lettre du duc de Wellington à lord Castlereagh relative aux Musées de Paris. Elle révèle les projets de spoliation. — Le duc de Wellington se charge d'appliquer à la France les principes de morale émis par lord Castlereagh dans sa lettre au prince de Hardenberg.-Marie-Louise renonce pour elle et pour son fils au titre de majesté et à toute prétention à la couronne de France.-Mensonges des feuilles officielles à cet égard. — Position des membres de la famille de Napoléon à la fin de septembre 1815. - Documens officiels sur le séjour accordé en Autriche à la reine de Naples. — Traité de la Sainte Alliance. Réflexions à ce sujet.

Il faut aimer sa patrie comme j'aime la mienne, et s'en trouver à quatre cents lieues, dans une

TOME IV.

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position semblable, pour se faire une juste idée de l'impatience avec laquelle j'attendais l'arrivée des journaux de France, et du prix que j'attachais à la moindre circonstance qui pouvait avoir le plus léger rapport avec les événemens publics. Les principes si nouveaux, si arbitraires et si absolus, dont les puissances coalisées venaient de colorer leur politique, et dont l'évêque des Monténégrins venait de faire une si singulière application, remplissaient mon ame d'un effroi tellement surabondant, qu'il n'était plus question pour moi de faire des voeux pour le parti qui venait de succomber, ou pour l'opinion que la force étrangère venait de faire triompher. Les malheurs dont la France me paraissait menacée absorbaient mes tristes pensées. J'avais entendu les regrets de la coalition , j'avais pressenti ses projets , j'avais cru avoir deviné ses secrets. En fallait-il davantage pour occuper mon imagination, et mettre de côté toute vue personnelle de considérations et d'intérêts privés ? J'ai déjà dit que le prompt retour du roi dans la capitale de son royaume

avait

probablement déconcerté des projets de démembrement et de partage dont l'élucubration laborieuse venait de s'exercer sur la Saxe, etc., etc. La présence de Louis XVIII à Paris, deux jours avant les souverains, préserva encore l'un des monumens les plus beaux et les plus utiles de la capitale, le pont d'Iéna, sous les arches duquel étaient déjà entassés les brûlots incendiaires du Prussien :

comme si en renversant des pierres on pouvait effacer le souvenir d'une grande victoire. Toutefois l'insistance royale ne put arrêter le besoin d'humilier la France, et de lui enlever l'éclat que les richesses des arts faisaient rejaillir sur elle. Cette jalouse dévastation domina tellement les arbitres suprêmes, que, sous les yeux mêmes du roi, sous les fenêtres de son palais, et sans qu'aucun traité pût en justifier l'exigence brutale et impolie, les chevaux de Corinthe furent abaissés du haut de l'arc de triomphe, et reportés à Venise, devenue elle-même la possession de l'Autriche. La gazette de Vienne avait publié une décision exceptionnelle, dont le but était d'exproprier la France du fruit glorieux de ses triomphes.

« Les cours d'Autriche, de Prusse et d’Angle« terre se sont réunies dans le principe que les « chefs-d'oeuvre d'arts et de sciences qui étaient « devenus, dans toute l'Europe, la dépouille des « guerres révolutionnaires, devaient être rendus à « leurs propriétaires et aux villes dont ils fai« saient l'ornement et la richesse. En conséquence « de ce principe, les chefs-d'oeuvre pris en Italie, « en Allemagne, en Espagne, et dans les Pays« Bas, seront enlevés du Musée de Paris, et des « autres lieux où ils peuvent se trouver. »

En traitant ainsi de nous, chez nous et sans nous, on partait d'un principe faux. Les chefsd'ouvre des arts avaient fait partie essentielle des

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traités et des transactions consenties, et donnés en remplacement d'argent. Aucun chef-d'œuvre n'avait été pris ou enlevé..., tous avaient été offerts et étaient devenus la propriété légitime de la France. Au mépris des plus courageux efforts de M. Denon, conservateur et directeur général des Musées, ces immortels trophées furent violemment enlevés du palais des arts. Si pour être conséquentes, les trois puissances réunies voulaient rendre aux véritables propriétaires ces chevaux de bronze, improprement appelés de Corinthe, c'était à Olympie, non loin de l’Hippodrome, qu'il fallait les faire transporter. C'est là que

leur

première apparition fut consacrée par la reconnaissance d'Hiéron de Syracuse qui venait de remporter le prix aux jeux olympiques. La Grèce, devenue tributaire des Romains, s'en vit dépouiller par Néron, qui les fit placer à Rome sur un arc de triomphe. Après la translation de l'empire romain dans Bysance, ces chevaux y furent portés, et ils y restèrent jusqu'au treizième siècle, époque de la prise de cette capitale de l'Orient par les armées françaises et vénitiennes. Le doge de Venise Dandolo les fit alors transporter à Venise, d'où ils furent conduits en France après les immortelles campagnes d'Italie. La France, comme on le voit, avait aussi des droits de propriété sur ce fameux quadrige. Le commentaire obligé de la déclaration des trois souverains réunis en principe, etc., etc., se trouve dans un monument très-curicux dont l'histoire devra conserver le souvenir.

Lettre du duc de Wellington à lord Castlereagh.

Paris, 23 septembre 1815.

« Milord,

« les

« On a beaucoup parlé ici, dans ces derniers temps, des mesures que j'ai été obligé d'adopter « afin de retirer du Musée les tableaux et autres

objets d'art appartenant au roi des Pays-Bas: et « comme ces bruits peuvent parvenir aux oreilles « du prince régent, je vous adresse la relation « suivante de toute l'affaire, pour la mettre sous. yeux

de S. A. R. « Peu de temps après l'arrivé des souverains à « Paris, le ministre du roi des Pays-Bas demanda « les tableaux, etc., etc., appartenant à son sou« verain. Les ministres des autres souverains en « firent autant; et je fus instruit qu'ils ne pou« vaient obtenir du gouvernement français une

réponse satisfaisante. Après plusieurs entretiens

avec moi, ce gouvernement transmit à V. S. une «. note officielle qui fut soumise aux ministres des

puissances alliées réunies en conférences. L'af« faire fut prise plusieurs fois en considération, « afin de trouver les moyens de faire justice à « ceux qui réclamaient les objets d'art renfermés

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