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ments et les réunions trop enthousiastes de la population.

«Elles sont encore connues de tous, vénérables frères, les paroles de notre allocution dans le consistoire du l; octobre de l’année dernière, parlesquelles nous avons recommandé aux souverains une paternelle bienveillance et des sentiments plus affectueux envers leurs sujets, en même temps que nous exhortions de nouveau les peuples à la fidélité et à l’obéissance envers les princes. Nous avons fait tout ce qui dépendait de nous, par nos avertissements et nos exhortations, pour que tous, fermement attachés àla doctrine catholique, fidèles observateurs des lois de Dieu et de l’Église, ils s’appliquassent au maintien de la concorde mutuelle, de la tranquillité et de la charité pour tous.

« Plût à Dieu que ce résultat désiré eût répondu à nos paternelles paroles et à nos exhortations! Mais on connaît les commotions politiques des peuples italiens dont nous venons de parler; on sait les autres événements qui s’étaient déjà accomplis ou qui ont eu lieu depuis , soit en Italie, soit hors de ses limites. Si quelqu’un veut prétendre que ces événements sont en quelque sorte sortis des mesures que notre bienveillance et notre affection nous ont suggérées au commencement de notre pontificat; celui-là, certes, ne pourra en

aucune façon nous les imputer à crime, attendu que nous n’avons fait que ce qui avait été jugé, par nous comme par les princes sus-nommés, utile à la prospérité de nos sujets temporels. Quant à ceux qui, dans nos propres États, ont abusé de nos bienfaits, nous leur pardonnons, à l’exemple du divin prince des pasteurs, de toute notre âme, et nous les rappelons avec amour à de plus saines pensées, et nous supplions ardemment Dieu, père des miséricordes, de détourner avec clémence de leurs têtes les châtiments qui sont réservés aux ingrats.

« Les peuples d’Allemagne que nous avons désignés ne sauraient nous accuser, si réellement il ne nous a pas été possible de retenir Fardeur de ceux de nos sujets qui ont applaudi aux événements accomplis contre eux dans la Haute-Italie, et qui, enflammés d’un égal amour pour leur nationalité, sont allés défendre une cause commune à tous les peuples italiens. En effet, plusieurs autres princes de l’Europe, soutenus par des forces militaires bien plus considérables que les nôtres, n’ont pas pu eux-mêmes résister aux révolutions qui, dans le même temps, ont soulevé les peuples. Et, néanmoins, dans cet état de choses, nous n’avons pas donné d’autres ordres aux soldats envoyés aux frontières que de défendre l’intégrité et l’inviolabilité du territoire pontifical.

« Aujourd’hui, toutefois, comme plusieurs demandent que, réunis aux peuples et aux autres princes de l’Italie, nous déclarions la guerre à l’Autriche, nous avons cru qu’il était de notre devoir de protester formellement et hautement dans cette solennelle.assemblée contre une telle résolution contraire à nos pensées, attendu que, malgré notre indignité, nous tenons sur la terre la place de celui qui est l’auteur de la paix, l’ami de la charité, et que, fidèle aux divines obligations de notre suprême apostolat, nous embrassons tous les pays, tous les peuples, toutes les nations dans un égal sentiment de paternel amour. Que si parmi nos sujets il en est que l’exemple des autres Italiens entraîne, par quel moyen veut-on que nous puissions enchaîner leur ardeur?

« Mais ici, nous ne pouvons nous empêcher de repousser à la face de toutes les nations les perfides assertions publiées dans les journaux et dans divers écrits, par ceux qui voudraient que le pontife romain présidât à la constitution d’une nouvelle république formée de tous les peuples de l’Italie. Bien plus, à cette occasion, nous avertissons et nous exhortons vivement ces mêmes peuples italiens, par l’amour que nous avons pour eux, à se tenir soigneusement en garde contre ces conseils perfides et si funestes à l’Italie. Nous les supplions de s’attacher fortement à leurs princes,

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dont ils ont éprouvé l’affection, et à ne jamais se laisser détourner de l’obéissance qu’ilsleurdoivent. Agir autrement, ce serait non-seulement manquer au devoir, mais exposer l’Italie au danger d’être déchirée par des discordes chaque jour plus vives et par des factions intestines.

« Pour ce qui nous concerne, nous déclarons encore une fois que toutes les pensées, tous les soins, tous les efforts du pontife romain ne tendent qu’à étendre chaque jour davantage le royaume de Jésus-Christ, qui est l’Église, et non à reculer les limites de la souveraineté temporelle dont la divine Providence a doté le Saint-Siége pour la dignité et le libre exercice du suprême apostolat. Ils tombent donc dans une grande erreur ceux qui pensent que l’ambition d’une plus vaste étendue de puissance peut séduire notre cœur et nous précipiter au milieu du tumulte des armes. Oh! assurément, ce serait une chose infiniment douce à notre cœur paternel s’il était donné à notre intervention, à nos soins et à nos efforts d’éteindre le feu des discordes, de rapprocher les esprits que divise la guerre, et de rétablir la paix entre les combattants.

« En même temps que nous avons appris avec une grande consolation qu’en plusieurs pays de l’Italie et hors de l’Italie les fidèles, nos fils, n’ont pas oublié au milieu de ces révolutions le respect qu’ils devaient aux choses saintes et à leurs minis

tres, notre âme a été vivement affligée de savoir que ce respect n’a pas été également observé partout. Nous ne pouvons nous empêcher de déplorer ici devant vous cette habitude funeste qui se propage, surtout de nos jours, de publier toutes sortes de libelles pernicieux dans lesquels on fait une guerre acharnée à la sainteté de notre religion et à la pureté des mœurs, ou qui excitent aux troubles et aux discordes civiles, prêchent la spoliation des biens de l’Église, attaquent ses droits les plus sacrés ou déchirent par de fausses accusations le nom de tout honnête homme. . . .

« Voilà, vénérables frères, ce que nous avons cru devoir vous communiquer aujourd’hui. Il ne nous reste maintenant qu’à offrir ensemble, dans l’humilité de notre cœur, de continuelles et de ferventes prières au Dieu puissant et bon pour qu’il daigne défendre sa sainte Église contre toute adversité, nous regarder avec miséricorde du haut de Sion et nous protéger, ramener enfin tous les princes et tous les peuples aux sentiments si désirés de paix et de concorde ! »

Cette allocution restera dans l’histoire comme un des actes les plus magnifiques de la papauté, comme un monument impérissable élevé à l’honneur de Pie IX. D’un seul mot, le pape pouvait présider aux destinées politiques de l’Italie et donner son nom pour drapeau à l’Europe démocra

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