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les pouvoirs de l’État, eut lieu à la même époque. Ce fut la découverte d’une lettre mystérieuse adressée par le cardinal Soglia, secrétaire d’État, à monsignor Vialle Prela, nonce à Vienne. Divisée en deux parties, la première portait en toutes lettres : « Le nonce assurera la cour impériale que le langage tenu aux Chambres par les ministres de Sa Sainteté n’a pas été approuvé par elle : et dans sa conduite particulière il continuera à agir d’après mes instructions chiffrées aussi bien les précédentes que celle-ci. » La seconde partie était chiffrée. Cette lettre (I), imprimée en forme d’affiche on ne sait par quel ordre,fut placardée pendant la nuit sur toutes les murailles de la ville. La population s’en émut d’autant plus que la supposition de cette affiche devenait impossible : elle portait des signes officiels et il se trouvait toujours dans les groupes des lecteurs quelques individus qui en affirmaient l’authenticité. Quant à la première partie, elle était facile à saisir, la pensée pontificale protestait clairement contre la continuation de la guerre, contre les lois de recrutement et de finance destinées à y pourvoir. Le comte Mamiani, comprenant la position oblique que cet acte mystérieux lui faisait vis-à-vis le souverain, adopta un parti hardi. Il se rendit au Quirinal et

(1) Voir les documents historiques. N. 4.

déposa, aux pieds du Saint Père, sa démission ainsi que celle de ses collègues; mais auparavant il annonça publiquement une récompense d’argent à-celui qui lui révélerait l’interprétation de la dépêche chiffrée. Il espérait, à l’aide de cette interprétation, retourner contre ses adversaires le coup dont il était frappé. Cette mise à prix avait été connue au palais avant l’arrivée du ministre; aussi lorsqu’après l’audience qu’il obtint du pape et dans laquelle celui-ci Yengagea à conserver son ,\ q. A _ r

portefeuille jusqu a ce qu Il se fut trouve un successeur, le comte passa chez le secrétaire d’État , le cardinal Soglia lui dit en souriant :« Cher comte, je désire vous offrir un cadeau. »- « Lequel?» répondit le ministre.-« Vous avez promis, continua le cardinal , une récompense à la personne qui vous donnerait l’explication de mes chiffres : je veux que vous la gagniez vous-même. » Alors, ouvrant un tiroir secret de son bureau , le secrétaire d’État en sortit un carton découpé, et, le remettant au ministre, il ajouta : - «Prenez ce gril, ajustez-le sur la dépêche, et vous la lirez facilement. » Le contenu de ce document diplomatique invitait le nonce à s’entendre avec le ministère de Vienne pour empêcher la propagande des idées républicaines françaises en Italie.

Le ministre, battu par des armes qu’il avait

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de créer 11n ministère nouveau. En effet, toutes les combinaisons avortèrent. Les noms mis en avant furent repoussés d’une part, et d’un autre côté les ouvertures faites à des hommes sérieux furent déclinées ou ajournées par eux. Ainsi de fait, le pouvoir resta aux mains qui le possédaient déjà. Cependant une volonté suprême voyait avec répugnance le maintien de ce ministère; elle désirait, sans le briser de sa propre autorité, le décider à se retirer de lui-même; elle attendit une occasion qui se présenta bientôt.

La Chambre venait de clore la discussion de son adresse au discours d’ouverture; elle nomma une députation pour la présenter au pape. Son président, l’avocat Sereni, sous le prétexte d’une importante affaire de famille, était parti subitement pour Pérouse, déclinant ainsi l’honneur de présider la députation qui se rendit au Quirinal et fut introduite auprès de Sa Sainteté. Le pape, inspiré par la prière, avait médité seul la réponse qu’il devait faire. Rien n’avait transpiré au dehors. Le ministre se croyait maître de la position et ne doutait aucunement de la réception favorable que le souverain réservait aux délégués de la Chambre. De fait, l’accueil fut bienveillant, mais la réponse fut foudroyante.

Jamais le front du pontife ne s’était montré plus majestueux, jamais sa voix n’avait eu d’accents

plus solennels et son geste plus d’autorité; sa ré

ponse mérite d’être reproduite en partie: « Messieurs ,

« Nous acceptons l’expression de la reconnaissance que la Chambre nous manifeste; nous agréons sa réponse au discours que le cardinal délégué par nous pour inaugurer l’ouverture des Chambres, a prononcé, mais nous l’agréons uniquement dans la partie qui ne s’éloigne point de ce qui est prescrit dans_le statut fondamental.

(l Si le pontife prie, bénit et pardonne, il lui appartient également de lier et de délier, et si, dans le but de pourvoir plus efficacement à la sauvegarde et à la consolidation des intérêts du public, le prince a appelé les Chambres à coopérer avec lui ; le pontife a besoin d‘une liberté d’action absolue, afin de n’éprouver aucune entrave dans tout ce qu’il croira devoir opérer dans l’intérêt de la religion et de l’État, et cette liberté doit être intacte, comme demeurent et doivent être intacts le statut fondamental et la loi sur le conseil des ministres que nous avons accordés spontanément, et de notre plein et entier consentement.

« Si de toutes parts les plus grands désirs se manifestent pour la guerre, il faut que le monde sache de nouveau que le moyen de réussir ne saurait être de notre part une déclaration de guerre. »

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Les bons citoyens applaudirent à cet acte de souveraineté, admirable dans son opportunité et dans sa franchise. Les révolutionnaires en furent

terrassés, Mamiani surtout, qui ne s’attendait point à une réponse si noble et si habile.

Tandis que Mamiani se cramponnait pour quelques jours encore au pouvoir qui glissait dans ses mains, la nouvelle du passage du Pô et l’occupation de la ville de Ferrare par six mille Autrichiens vint compliquer la situation et donner lieu à une discussion très-vive dans le parlement romain. Oubliant que les troupes du général Durando

avaient été les premières agressives en s’avançant

jusqu’à Trévise, dans les provinces dont l’Autriche revendiquait la souveraineté, les députés et le Contemporaneo, principal organe du mouvement belliqueux, adjurèrent le Saint Père de se déclarer enfin pour le salut de ses États et pour l’indépendance de l’Italie; le journal de Mamiani, l’Epoca, jetant son cri de guerre, demanda que l’église de Saint-Pierre fût tendue de noir et qu’au milieu des cierges éteints l’anathème fût prononcé contre les troupes de l’Autriche. En attendant, le gouvernement pontifical répondit à l’invasion des États romains par une énergique protestation qui lui mérita les honneurs d’une adresse rédigée séance tenante par la Chambre des députés et à laquelle le

pape répondit d’une manière digne du souverain.

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