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fut aussitôt nommée à cet effet. Prévenus du péril qui menaçait la personne du chef de l’Église, les ambassadeurs de France, d’Espagne, de Bavière, de Portugal et de Russie s’étaient empressés d’accourir auprès de Sa Sainteté.

Ils étaient à peine arrivés au palais pontifical qu’on annonça la députation chargée de présenter au pape la liste des ministres exigés. On l’introduisit dans les appartements du Quirinal auprès du cardinal Soglia, président du conseil des ministres, qui répondit avec énergie qu’il allait soumettre la liste à Sa Sainteté, mais que rien ne serait cédé à la violence.

Revenant un instant après, il déclara que le pape, après avoir examiné les demandes que la commission était chargée de lui faire, avait répondu qu’il aviserait. Peu satisfaits de cette réponse, les délégués se retirèrent et la multitude assemblée sur la place commença à faire entendre ce murmure sourd qui précède les tempêtes populaires.

Alors une seconde députation, composée d’officiers de carabiniers, fut admise devant le pape, qu’ils supplièrent de céder aux vœux du peuple dont il était impossible de modérer et d’arrêter l’effervescence. Le pape, dont le courage et la fermeté s’inspiraient à sa confiance en Dieu, répondit avec dignité que son devoir depontife et de sou

verain lui défendait de recevoir les conditions imposées par la révolte.

Alors, M. Martinez de la Rosa, s’approchant d’eux, s’écria avec énergie : « Allez, messieurs, allez dire aux chefs de la révolte que s’ils persistent dans leur odieux projet, il leur faudra passer sur mon cadavre pour arriver jusqu’à la personne sacrée du souverain Pontife; mais alors, dites-leleur bien, la vengeance de l’Espagne sera terrible!» Les officiers de carabiniers répondirent qu’en acceptant la mission qu’ils remplissaient, ils n’avaient eu qu’un seul but, celui d’éviter les conséquence incalculables de l’exaspération du peuple.

A son tour, le duc d’Harcourt, s’avançant vers eux, leur dit: « Si vous faisiez votre devoir, messieurs, vous empêcheriez par les armes les malheurs que vous ne préviendrez point par de stériles paroles. » Martinez de la Rosa ajouta; « Sachez, messieurs, que les souverains de l’Europe ne laisseront pas impuni un sacrilége déjà consommé par les menaces impies d’une canaille sans foi n: loi.» Les autres membres du corps diplomatique applaudirent à ces paroles, répétant tous avec énergie qu’au nom de leurs gouvernements ils s’associaient à la déclaration de leur collègue. Alors les carabiniers, troublés, dirent qu’ils résisteraient si le Saint Père le leur ordonnait, mais qu’ils seraient inévitablement victimes de la fureur

du peuple. A cela, Pie IX répondit qu’il ne pouvait ni ne voulait commander l’effusion du sang, mais qu’il devait dire à chacun de faire loyalement son devoir. Les délégués s’inclinèrent une dernière fois devant le souverain Pontife et ils s’éloignèrent du palais.

La situation devenait de plus en plus critique; il était évident que les anarchistes ne reculeraient devant aucune violence; au milieu de ce conflit d’éléments désordonnés , le Saint Père était aussi calme que s’il eût été question de recevoir les hommages de sujets fidèles; la tranquillité de son esprit, la sérénité de son âme, ne l’abandonnèrent pas un seul instant; debout contre la porte de son oratoire où parfois il se retirait pour aller chercher des inspirations aux pied de son crucifix, il conférait, dans le plus grand calme, avec les ambassadeurs, tous prêts, suivant la belle expression de Martinez de la Rosa, à faire un rempart de leurs corps au vicaire de Jésus-Christ. Ils étaient presque tous là, présents au nom de l’Europe catholique insultée dans la personne du chef de l’Église , le duc d’Harcourt représentant la France; Martinez de la Rosa , l’Espagne, avec son secrétaire le chevalier d’Arnao; le comte Boutenief, la Russie; le comte de Spaur, la Bavière; le baron da Venda da Cruz, le Portugal,

avec son secrétaire le commandant Husson;

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Figuereido, le Brésil; Lilidekerque, la Hollande;etc.,etc. . . . . . . . . . .

Ces nobles personnages n’étaient pas les seuls au rendez-vous de l’honneur et du devoir; autour d’eux se groupaient avec dévouement les cardinaux Antonelli et Soglia, les camériers secrets, monseigneur Médicis, maître de la chambre, le père Vaures, un Français le comte de Malherbe, Butaoni, maître du sacré palais , le marquis Sachetti, sous-préfet du palais apostolique, le médecin du palais, six gardes nobles, le capitaine des Suisses et ses officiers. Le cardinal Antonelli, d’accord avec ces braves militaires fidèles aux antiques traditions de l’honneur, se faisait remarquer entre tous par sa vigueur et son énergie; consulté sur le parti que l’on devait prendre, il donne l’ordre aux Suisses de défendre les portes du palais et de se rallier ensuite, s’ils étaientforcés dans ce poste, jusqu’à l’entrée de la chambre du pape, en défendant pied à pied le terrain. « Nous serons là, ajouta-t-il, pour mourir avec eux. »

Pendant ce temps, les soixante-dix hommes composant la garde suisse et n’ayant pour toute munition que trois cartouches par fusil, luttaient bravement en s’opposant aux flots de l’invasion qui menaçait l’entrée principale du palais. Tout à coup un enfant du bataillon de Pbîqvézunce, sou

levé par plusieurs personnes, parvint à couper la plume rouge du chapeau de l’un des gardes, tandis que l’un de ses camarades réussit à s’emparer de la hallebarde d’un autre Suisse. Alors le sergent de service, un nommé Martin Grëtter, faisant quelques pas au-devant de la foule, se plaignit de cette injuste agression, mais au même instant il reçut lui-même sur le bras un coup de bâton qui lui déchira son uniforme. Cet acte de brutalité fut aussitôt accompagné des cris de: Mort aux Suisses! tuez-les! tuez-les! Les gardes se trouvaient dans le cas de légitime défense, ils auraient pu répondre àla violence parla force, ils se contentèrent de fermer la porte principale du palais. Cependant les cris de la multitude avaient pris un caractère plus hostile, ce n’était plus ceux de: Vive la constituante italienne, ou un ministère provisoire, mais ceux de: Vive un gouvernement démocratique ou la République! qui se faisaient entendre de toutes parts.

Dans ce moment, un coup de fusil est tiré par mégarde dans l’intérieur du palais; aussitôt aux cris de: On égorge nos frères! aux armes! la place se vide,la foule s’élance dans toutes les directions, les jeunes gens de la Sapience, élevés aux frais du gouvernement, se rangent du côté defémeute qui rallie sur son passage les ambitieux et les mécontents. Le prince de Canino, portant un fusil à la

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