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peuple qui n’était point dans le secret; on les vit exalter à l’unisson les vertus et les bienfaits du successeur de Grégoire XVI. Alors on les vit s’atteler à la voiture pontificale pour entraîner le chef du catholicisme plus rapidement à l’abîme qu’ils avaient caché sous des couronnes de fleurs. Alors les manifestations populaires, les promenades aux flambeaux, les illuminations, les banquets, les hymnes et les cantiques; les arts, l’éloquence et la poésie élevèrent Pie IX, noble et sainte victime, sur un piédestal, immense autel dressé d’avance pour le sacrifice........; continuons :

« Le concours des grands, ajoute Mazzini, est d’une indispensable nécessité pour faire naître le réformisme dans un pays de féodalité. Si vous n’avez que le peuple, la défiance naîtra du premier coup; on l’écrasera. S’il est conduit par quelques grands, les grands serviront de passe-ports au peuple. L’Italie est encore ce qu’était la France avant la révolution; il lui faut donc ses Mirabeau, ses Lafayette et tant d’autres. Un grand seigneur peut être retenu par des intérêts matériels;

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mais on peut le prendrepar la vanité : laissezlui le premier rôle tant qi/il voudra marc/ter avec vous. Il en est peu qui veuillent aller jusqu’au bout. L’essentieI est que le terme de la grande révolution leur soit inconnu. Ne laissons jamais voir que le premier pas à faire. »

Ce paragraphe où l’ambition personnelle du rhéteur se cache à peine sous la concession du premier rôle qu’il cède momentanément à la vanité des grands, conduit directement au paragraphe concernant le clergé; poursuivons.

« En Italie, le clergé est riche de l’argent et de la foi du peuple. Il faut le ménager dans ces deux intérêts et, autant que possible, utiliser son influence. Si vous pouviez, dans chaque capitale, créer un Savonarola, nous ferions des pas de géants. Le clergé n’est pas ennemi des institutions libérales; cherchez donc à Fasisocier à ce premier travail que l’on doit considérer comme le vestibule obligé du temple de l’égalité; sans le vestibule, le sanctuaire reste fermé. N’attaquez le clergé ni dans sa fortune, ni dans son orthodoxie, promettez

lui la liberté, et vous le verrez marcher avec vous. »

Mazzini, qui sait par cœur l’histoire de son pays, rend ici justice aux sentiments du clergé, il est forcé d’avouer que les prêtres ne sont point ennemis des institutions libérales; il ne renie pas comme tous ses confrères le glorieux passé, les plus belles pages de l’Italie, au contraire, il dit bien souvent: la Rome des Césars et la Bome des papes! nous verrons bientôt comment les actes du rhéteur se trouvent en contradiction avec ses paroles. En attendant suivons-le pas à pas dans l’analyse de ses instructions : il arrive au peuple.

« En Italie le peuple est encore à créer; mais il est prêt à déchirer l’enveloppe qui le retient. Parlez souvent, beaucoup et partout de ses misères et de ses besoins. Le peuple ne {entend pas; mais la partie agissante de la société se pénètre de ces sentiments de compassion pour le peuple et, tôt ou tard, elle agit. Les discussions savantes ne sont ni nécessaires ni opportunes. Il y a des mots régénérateurs qui contiennent tout et qu’il faut souvent

répéter au peuple. Liberté, droits de l’homme, progrès, égalité, fraternité, voila ce que le peuple comprendra surtout quand on lui opposera les mots de despotisme, privilèges, tyrannie, esclavage, etc., etc...; le diflicile n’est pas de convaincre le peuple, c’est de le réunir: Le jour où il sera réuni sera le jour de l’ère nouvelle. » ‘

Aprèsavoir ainsi développé les moyens actifs qu’il faut employer vis-à-vis les ordres trinitaires qui constituent la société, le grand prêtre des sociétés secrètes résume ainsi son programme.

« Uéchelle du progrès est longue; il faut du temps et de la patience pour arriver au sommet. Le moyen d’aller plus vite, c’est de ne franchir qu’un degré à la fois. Vouloir prendre son vol vers le dernier, c’est exposer Fœuvre à plus d’un danger. Il y a bientôt deux mille ans qu’un grand philosophe, nommé Christ, a prêché la fraternité que cherche encore le monde. Acceptez donc tous les secours qu’on vous offrira sans jamais les regarder comme peu importants. Le globe

terrestre est formé de grains de sable; quiconque voudra faire en avant un seul pas doit être des vôtres jusqu’à ce qu’il vous quitte. Un roi donne une loi plus libérale, applaudissez en demandant celle qui doit suivre. Un ministre ne montre que des intentions progressistes, donnez-le pour modèle. Un grand seigneur affecte de bouder ses privilèges, mettez-vous sous sa direction; s’il veut s’arrèter vous êtes à temps de le laisser, il restera isolé et sans force contre vous, et vous aurez mille moyens de rendre impopulaires ceux qui seront opposés à vos projets. Tous les mécontentements personnels, toutes les déceptions, toutes les ambitions froissées peuvent servir la cause du progrès en leur donnant une bonne direction.

« L’armée est le plus grand obstacle au progrès du socialisme; toujours soumise par son éducation, par son organisation, sa discipline et sa dépendance, elle est un puissant levier pour le despotisme. Il faut la paralyser par l’éducation morale du peuple. Quand on

aura fait passer dans l’o inion énérale l’idée P 8 ,

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