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(1558), Ramus (1562) attestent notamment la prononciation de seur. « Ce pays-ci, dit Peletier, a été autrefois habité par des gens qui avaient la langue tout ainsi que la manière de vivre plus robuste que nous n'avons aujourd'hui, mais depuis que les Français ont esté en paix (or la paix en question date du traité de Crespy, 1544 : Peletier écrivait ceci en 1549), ils ont commencé à parler plus doucement, et si j'osois dire, plus mollement. Ne les avonsnous pas vus si sujets à leurs dames, qu'ils eussent cuidé estre péché mortel de prononcer autrement qu'elles?... Et de là est venu aimissions, parlissions, donnissions. De même lieu est venu je vous assure, et maints autres qui se prononcent à petit bec. » Ainsi pour être exact, c'est non pas à 1530, mais à 1544 qu'il faudrait faire remonter l'introduction du son u dans asseurer, seur, et l'on sait, comme je l'ai démontré, que la double prononciation, qui prit alors naissance, dura jusque très avant dans le XVII° siècle, et est constatée par Ménage dans son Dictionnaire (1694). En voici un exemple tiré des Délices de la poésie française (1615) :

Et devant les autels, de leur franchise seur,
L'occit incurieux des amours de sa sœur.
(Trad. de l'Enéide, p. 144.)

Ainsi dicitur dans les vers cités plus haut rimant avec seur se prononçait diciteur, de même que Jerusalem rimant avec an se lisait Jerusalan dans ces vers de Bonav. des Periers :

Or veux à toi parler une fois l'an,
Ainsi que Dieu dit de Jerusalem.

Et frater, fraté dans ceux-ci d'Ol. Basselin :

Au couvent encore ne suis ;
De cecy je puis bien gouster.
J'en vay boire à vous, mes amis !
Dites-moy, grand merci, frater.

Et petit, peti en ces vers de Bourdigné :

Comme votre parent petit,
Qui beneficium petit,
Je prendray si grand appétit, etc.

Et factum, facton en ce passage de Voltaire :

Pour certains couplets de chanson,
Et pour un mauvais factum (").

De même enfin qu'Ennius se prononçait Ennieu dans cette citation de Bonav. des Periers : Tant Nœvius, Plautus que Ennius, Tous ces auteurs desquels il aime mieux En ces écrits suivre la négligence. Dans les noms latins en us, la syllabe finale se prononçait si bien cus que Olibrius, passé à l'état d'adjectif, faisait au féminin Olibrieuse : « Ceste-cy fait de l'olibrieuse, » dit Brantôme (p. 268).

SUPPLÉMENT AUX CHAPITRES V ET VI.

De la prononciation de la diphthongue EU. Exceptions.

Eu dans le dialecte blaisois se prononce u au milieu et à la fin de quelques mots ; Ex. : meunier, bleu, bleuâtre, queue, etc. ; pron. : munier ou mugnier, blu, bluâte, cue. Après avoir tourné de toutes parts la vue

De ses yeux allumés d'une lumière blue.
(de Mar. Géorg. IV.)

L'auteur a le soin d'ajouter en note : « Bleue ou blue, pour faire la rime plus juste à vue, sur quoy il serait assez malaisé d'en ajuster une autre, parce qu'il s'en trouve peu à bleüe. »

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« Bien des gens prononcent et écrivent bluâtre. » (La Mlonnoie, Gloss. à Epluante. » )

Cette prononciation, due à l'influence picarde, date de la période d'indécision qui régna même à la cour au XVI° siècle. On entendait parler autour de François I" et d'Henri II tous les dialectes de France. Celui-ci disait un mounier, une coue ; celui-là un meunier, une queue ; ce troisième un munier (o), une cue. C'est ce qui explique comment on trouve dans des grammairiens assidus à la cour des assertions si différentes. « Il faut prononcer cue, hurte par u tout nud, dit Meigret. » — « Est-ce possible? s'écrie des Autels, qui pourra jamais consentir à prononcer ainsi au lieu de · queue, heurte ? » Et là-dessus grandes colères, imprécations, injures. Les savants de ce temps-là ne se ménageaient pas. « La cause de nos désaccords, dit justement Peletier, vient souvent de la double prononciation d'un même mot, ceux-ci disant recourre, ceux-là recœuvre, » ceux-ci cue, hurte, ceux-là queue, heurte. Ce fut là précisément le cas de des Autels et de Meigret. La Fontaine a fait rimer émute (Fabl. VII, 8, et X, 4.) avec dispute et députe. Bien que M. Walckenaer prétende que l'on n'a jamais dit émute, et qu'en effet je n'en connaisse pas d'autre exemple, je suis porté à croire que La Font" n'a fait que mettre en pratique une prononciation du XVI° siècle, qui pouvait encore avoir cours dans la bouche des vieillards. Pourquoin'eût-on pas dit émute ou émeute, puisque H. Est. dans son Dict. franç. lat. signale mute et meute, d'où il essaie de prouver que émeute est dérivé? On dit également bien en blaisois mute ou meute, émute ou émeute, émutier ou émeutier. lI° Dans les mots, surtout dans les noms propres commençant par eu, cette diphthongue sonne généralement u. Ex. : Eucharistie, Europe, Eugène, pron. : Ucharistie, Urope, Ugène. « Le peuple, dit M. Quicherat (p. 356), prononce comme un u

(1) Mounier, munier se sont conservés comme noms propres.

simple la première syllabe de Eugène, Eugénie, Eustache ; il n'est pas rare d'entendre encore dire hurter. » Le peuple en parlant ainsi est resté fidèle à la vieille langue ; c'est nous qui avons changé la prononciation. Ce son de l'u initial qui remonte à la seconde moitié du XVI° siècle a duré jusqu'au XIX° et voici ce qu'écrivait en 1775 L. Chamb. dans sa Gramm. of the french tongue : « Eu se prononce u dans Eugéne, Eusébe, Eustache, (o) Euripide, Europe, eucharistie, eunuque, etc., qu'on prononce Usèbe, Urope, unuc, etc. » Il est facile de voir que c'est en vertu du même principe que l'on a dit hureux, hurter que nous avons perdu, et hurler, hurlement, que nous avons conservé. C'est ainsi que nos paysans disent encore : L'dépattement d'Ure et Louéere (Eure-et-Loir), et qu'Hamilton a écrit :

Des bords de la rivière d'Eure
Lieux où pour orner la nature, etc. (Ep. à Boileau.)

Et Voltaire :

Près des bords de l'Iton et des rives de l'Eure
Est un champ fortuné, l'amour de la nature.
(Henr. ch. VIII.)

CHAPITRE VII.

De la prononciation de la diphthongue OI. RÈGLE. Oi se prononce généralement oué; Ex. : croix, noix, poids, roi, quoi, etc. pron. : croué, roué, loué, poué, quoué, etc.

(l) « L'usage général veut qu'on écrive Eustache ; cependant il faut prononcer Ustache. » (Restaut, Traité de l'orth. fr.)

Le son oué (') paraît avoir été la prononciation la plus ancienne de la diphthongue oi; Ex. :

Roé d'Engleterre — soé — et vos fesons asavoer — en mout bon poent — et qui arroet tres grant joie. (Lettr. de Rois, etc., vol. I, p. 133.) Roé — m'est venue voer — qu'ele s'apercoeve. (Lettr. de Rois, I, p. 153.) Qui gardera mon ouvrouer Tandis que je suis a mal aise ; Mes gens ne feront que jouer. (G" D" Mac., p. 32.)

Les réformateurs de l'orthographe française au XVI° siècle, Meigret, Peletier, Ramus, Baïf, ne représentent jamais autrement que par oe le son oi.

REMARQUE I. — Oi, dans les noms terminés au singulier en oi, oix, oids, etc., prend quelquefois, surtout au pluriel, un son plus ouvert qui répond à ouè ou ouai; Ex. : Lois, Suédois, rois, pron. : louès, Suédoès, roès, etc. Ex. :

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REMARQUE II. — Oi, suivi d'une syllabe muette, se prononce toujours oué, mais avec un accent traînant, que je ne crois pouvoir mieux reproduire qu'en le rendant par ouée; Ex. : Paroisse, angoisse, qu'il croisse, il poise; pron. : Parouéesse, angouéesse, qu'il crouéesse, il pouéeze. (Voir 1" part., ch. II. De la pron. de l'é, remarq. 3, p. 14.) E sonnant ée, il est toutnaturelque le dialecte blaisois fasse sonner oué en ouée, surtout quand la syllabe suivante est muette.

REMARQUE III. Oi dans les mots froid, droit et leurs composés, dans étroit, croix de par dieu et le verbe croire se prononce é : Fred, dret, étret, crépâdieu, crére ou créere.

Cette prononciation est d'origine normande.

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