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Si votre barbe est longue et vos cheveux sans art,
Arrêtez-vous ici : vous êtes à l'enseigne
Du merveilleux razouart
Et du magique peigne. » (Union de l'Ouest du 31 8" 1866.)

C'est de la poésie de perruquier, je n'en disconviens pas, mais toute poésie est précieuse au point de vue où je l'étudie ici. En voici de meilleure :

Sur l'arbre nu que les vents froissent,
Les corbeaux funèbres croassent,
Et de plus en plus les nuits croissent
Par le décroissement des jours. (!)
(Am. Pomm. p. 274.)

L'ancienne prononciation de la diphthongue oi-ouè n'en persiste pas moins dans la poésie populaire, et puisque j'ai déjà cité parmi mes auteurs un barbier de la grande ville, on ne m'en voudra pas d'ajouter ici comme exemple ce couplet d'un frater de village :

Car vraiment sans qu'ça paraisse J'connais un peu d'tout, J'suis bedeau dans not'paroisse Et j'ras'pour un sou. (L'homme sans pareil, dans la Muse pariétaire et la Muse foraine, J. Gay, 1863.) Prononcez paraisse, parouaisse. ( ) Ainsi au moment où nous entrons dans le XVI° siècle, la diph

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(1) Cf. Figaro du 25 juill. 1869. Pour le bien de notre avenir Il naquit dans un nid d'ouate. Allez, allez, gens de la droite, Cueillir un portefeuille en cuir. (A. Millaud.) (2) Comparer ces deux rimes avec les suivantes, citées dans le Traité de Versif franç. p. 344, comme démontrant la prononciation d'oi en ai au XVe siècle : « De Coquillart :

paresse et paroisse. »

L'hoste me respondit : Si ay.
— Apportez-le donc devant moy. (Fr. Villon, p.256.)

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Aussi Messire Mathias.
Avec le sire de Coras
Poton de Saintrailles aussi,
Et son frère gasconnois. (M. du S. d'Orl. vs. 1735.)
Mort destruit tout, c'est son usage,
Aussitôt le grand que le moindre.
Qui moins se prise plus est sage ; -
En la fin faut devenir cendre. (G" D" Mac. p. 4.)
De rechef donne à Périnet,
(J'entends le bastard de la Barre.)
Pour ce qu'il est beau fils et net,
En son escu, en lieu de barre,
Trois detz plombez, de bonne carre,
Ou ung beau joly jeu de cartes...
Mais quoy ? s'on l'oyt vessir ne poirre,
En oultre aura les fièvres quartes.

(Fr. Villon, Gr. Testam. XCVIII.)

Et Cl. Marot, en son édition des œuvres de ce dernier poète, a soin de mettre en note : « Poirre, prononcez poare. » Il ne sera peut-être pas sans intérêt de remarquer que Villon m'a fourni à lui seul des exemples des trois sons principaux de la diphthongue oi.

Je dis principaux, parce qu'elle en a eu encore deux autres, plus rares, il est vrai, mais que je ne dois point oublier ici, d'au

tant plus que l'un des deux est encore assez fréquemment usité dans le dialecte blaisois ; je veux parler du son oueu et du son oi. Nous avons vu qu'au moyen âge, comme aujourd'hui dans le langage de nos paysans, l'é fermé sonnait souvent comme e naturel. C'est de cette habitude qu'est née la transformation de oué en oueu, simplifié souvent en eu :

... Qu'aven ne vint mie d'Aucheurre ;
Or me prestés donc un voirre.
(Ad. de la Halle, Buchon, p. 86.)
Nous irons faire espreuve
De mon scavoir chez vous ;
Je vous prie qu'on n'y boive
Tout le meilleur sans nous.
(Ol. Basselin, p. 170.)
Je cognois approcher ma soef ;
Je crache blanc comme coton
Jacobins aussi gros qu'un oef.
(Fr. Villon, Gr. Testam. LXII, p. 94.)

Veurre ou varre, jamais voueure ; épreuve, beuve ou boueuve ; soueu et œu sont encore aujourd'hui des rimes excellentes dans le dialecte blaisois.

Quant à la prononciation d'oi en oi avec diérèse, elle est signalée en ces termes par H. Estienne : « Il faut se garder de prononcer oy comme oi dans le grec öï;. C'est ce que font plusieurs qui détachent l'i de l'o et disent fo-i. » Palsgrave me paraît faire allusion à cette prononciation quand il dit que oy sonne souvent en français comme dans l'anglais a boye, où l'on entend distinctement aujourd'hui (j'ignore s'il en était de même autrefois) le son de l'o et de l'y. Est-ce cette prononciation qu'Erasme a en vue quand il écrit dans son Traité de rectâ Ling. Lat. pronunt. : « Oi diphthongus Gallis quibusdam est familiarissima, quum vulgari more dicunt mihi, tibi, sibi, aut quum pronuntiant fidem, legem, regem. Hic enim audis utramque vocalem o et i. » Il me semble que, s'il n'eût voulu parler de cette prononciation en diérèse, commune à plusieurs (quibusdam), que signalait H. Estienne, il eût dit, non pas qu'on entendait les deux voyelles o et i, mais les deux voyelles o et e. D'un autre côté, il est difficile de supposer que ç'ait jamais été la prononciation vulgaire, vulgari more. Cf. L. Chiff. p. 199.16. Quoi qu'il en soit, je ne m'occuperai plus de ces deux prononciations de la diphthongue oi, parce qu'elles me paraissent n'avoir vécu que peu de temps, et n'avoir eu cours que dans un domaine très restreint, et en second lieu, parce que la dernière n'existe pas, et n'a jamais existé, que je sache, dans le dialecte blaisois. ll me serait impossible de citer d'autres témoignages d'oi sonnant oi que ceux que je viens de transcrire, et je n'en trouve d'exemple dans aucun poète du XVI° siècle. Peut-être pourrait-on la considérer avec quelque fondement comme un souvenir et un débris de la prononciation du XIII° siècle, alors que la diérèse était souvent pratiquée dans les diphthongues ai et oi et qu'on disait un traistre et une roine. Jusqu'en 1544, c'est le son oué qui domine dans le style écrit ; en effet, je ne trouve dans les poètes du règne de François I" aucune trace du son oua. On s'en servait toujours dans la conversation, Palsgrave l'atteste ; la littérature, depuis Villon, semble l'avoir abandonné. Le son ouè, né dans le siècle précédent, et qui devait dans le siècle suivant triompher à son tour, fait des progrès lents, mais sûrs. Aussi tandis qu'aux XIII° et XIV° siècles, quand les écrivains cherchent à noter le son oi par l'orthographe, ils le transcrivent oe ou plus rarement oue, on commence au XVI° siècle à le voir reproduit sous les formes ouè ou ouai, ou oay :

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Le son oué dans la première moitié du XVI° siècle a pour défenseurs Louis Meigret, Jacq. Pelletier, Pierre Ramus, Jean Garnier, etc. « Oy, dit Meigret, qui peut se conserver dans royal, où l'on entend distinctement l'o et l'y, doit être remplacé dans roy par oé, qui représente exactement le son. De même devra-t-on écrire aymoet et non aymoit ou aymoient. Toutefois, quand nous disons : Pierre aymoet ceux qui l'aymoet, il n'y a différence entre ces deux verbes, sinon que le premier a l'é ouvert femenin et le dernier l'é masculin qui demande une prononciation lente, estant de l'autre fort soudaine. » — « Plût à Dieu, s'écrie à son tour Jean Garnier, qu'on écrivit comme on prononce soé, loé, francoés, etc. » Ouvrez Peletier et Ramus qui tous deux ont essayé de conformer l'orthographe à la prononciation, vous ne verrez pas oi signalé autrement que par : Moé, loé, Françoés, connoétra, quoé que soet, et Baïf, disciple de Ramus, dans un temps où le son oué aura déjà perdu beaucoup de terrain, suivra cependant les errements de son maître. Lisez plutôt ses Etrenes de poésie francoezc. (1574.)

Aussi ne faut-il pas s'étonner de voir Pasquier, l'un des champions de la diphthongue oi-ouè, écrire à Ramus sur un ton de reproche: « Au lieu d'icelle (de la diphthongue oi prononcée oè) vous avez introduit un oé, et au lieu de ce que nous disons moy, roy, loy (lisez mouè, rouè, louè) vous dites moé, roé, loé, soé, etc. Sçauriez-vous représenter le vray son et énergie de notre prononciation, quand vous écrivez en ceste façon loéal, roéal, quoée, j'oée, je voée? » Pasquier néanmoins finit par suivre le torrent, et j'ai peine à croire qu'il prononçât lui-même bèle, estouèle, vouèle, èlle, dans ces vers dont il est l'auteur :

L'autre luit plus entre les belles

Que la lune entre les étoiles.
(Est. Pasquier, les jeux poétiq. Liberté.)

Toy... (il s'agit d'une puce.)

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