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cleu, etc. — Fièvre, orfèvre, chèvre, il se lève, etc., pron. : Fieuve,

orfeuve, chieuve, i's leuve, etc. Il nous est resté des traces de cette prononciation dans les noms

propres Lefeuvre, Lefeuve, pour Lefèvre (du latin Faber). (')

... Le monde, quand il eut forgé Ce ne t'a nul apris, fors je. (Rom. de la Rose, vs. 5461.) De ce ne vous ment-gie ; C'ierent III mort de vers mengié. (Baud. de Condé, dans Alph. de la M., p. 1.) La vos aporteront les clefs E dons grans, beaus, riches e teuz, etc. (Chr. d. d. d. Norm. 18348.) Car le vin est trop cher; l'impot, les quatriesmes, Pestes des biberons, Faulte d'un peu de vin, feront mourir de rheumes Les povres compagnons. (Oliv. Bass., p. 18.) Desor son dos que bien s'en cuevre. Des or puet-il bien laisser treve. (R. du Renart, vs. 851.) Les treufves sont prinses entre eulx pour deux mois. (Palsgr., p. 751.) L'accord fut fait d'une treuve paisible. (L. des Mas., p. 561.)

C'est en vertu de cette règle que vef, vefve sont devenus définitivement au XVI° siècle et dans l'écriture et dans la prononciation veuf, veuve. Du Bartas est le dernier qui se soit servi de la vieille forme : Je chante les vertus d'une vaillante vefve Qui pour sauver Jacob trempa le juste glaive Dans l'infidelle sang du prince assyrien. (Du Bart., Judith.) REMARQUE I. — E, quoique fermé en français, ne se prononce pas dans chétif, ni dans quérir.

(1) Voir La Morlière, page 376, Jean, Lorfebvre et aux pages 339 et 377 le même personnage, Jean Lorfeuvre. Cf. Cl. Fauchet, rec., p. 109. Fierent com feuvres sus enclume.

« Il faut prononcer qrir et non pas quérir. » (A. de Boisreg., p.497.)

REMARQUE II. E sonne i dans dehors, fainéant, lésard, lécher, jeter et leurs composés, ainsi qu'en certains temps du verbe acheter (prononcé a-jeter), surtout aux formes où la syllabe radicale chet est suivie d'un e muet : Diors, féegniant, lizard, licher, jiter, j'ajite (ou j'ajeute), j'ajiterons (ou j'aj'trons).

« La feniantise les avoit réduits à tel point qu'ils estoient prests à mener une vie fort dissolue, sans qu'ils en furent détournez par le philosophe Pythagoras. » (De Coll.-Cauv., liv. XX.)

Et si acquiert deshonneur par mentir,
Par paresce, du tout s'aniantir. (Eust. Desch., p. 36.)
Attourné de Gaultier fait-nyent. (!)
(Testam. de Path., p. 186.)
Petits lisars courans a travers le pampre.
(Rabelais, ap. Jaubert.)
Semblable a ce serpent, qui, pu de mauvaise herbe,
Reliche et repolit ses escailles bien jointes.
(Ronsard, cité par H. Est. Précell., p. 55.)
Et la lichant se joue aux abords du rivage.
(Ronsard, cité par Gérusez, H" de la Litt. fr. tom. 1, p.
366.)
Ils se lichoient le morveau.
(Journal de l'Estoile, 8 décemb. 1593.)
Gita un cri, si s'escria (R. du Renart, v. 551.)
Comme qui giteroit rubis
Entre porcs ou entre berbis.
(Bible Guiot, dans Roquef. à giter.)
Qui bien gitera
Le compte trovera. (J. Rouyer, p. 111.)
Gitoers (Jetons) de la Chambre des comptes le Roy.
(Id., p.39.)

(1) Voir Jeh. Bouch., prolog., pag. 10, faict néant.

Cf. avec l'Italien : Lui, che dal mare era gittato a terra. (Seneca, de Benefizj, trad. de Bened. Varchi.) Lamentandosi d'haver gittato via il tempo. (Dial. de Bened. Varchi, p. 26.) REMARQUE III. — E se prononce o dans fremer (par métathèse pour fermer), pron. : fromer. On dit aussi freumer, farmer, framer et froumer. Toutes ces formes ont leur explication dans des règles dont j'ai déjà fait, ou dont je ferai plus tard mention. Cf. Fremer, fromer avec le grec rpétro, rérporz. Puis fait ses escrins defremer. (J. Bodel, Buchon, p. 163.) L'ostesse s'emparti, a la clef frema l'uis. (Le dict. du Buef. A. Jub. N" rec., p. 65.) On a dit de même fremi, fromi, froumi, par métathèse du latin formicus, et plus tard en renversant la métathèse formi et fourmi. Dist la fromis : or chante à mei. (M. de Fr. II, p. 124.) Se m'aïst Diex et Saint Remi Troverois un œuf de fremi. (Rom. de la Rose, v. 14872, cité par Littré.) (!) Li froumi fait pourvéance de blé. (Eust. Desch., p. 191.) E sonne aussio dans redingote, pron. : rodingote ou roudingoute. Par un changement tout contraire on dit Remorantin ou plutôt R'mourantin pour Romorantin. Ce fut fet à Remorantin. (Lett. de Rois, p. 179.) REMARQUE IV. — E se prononce u dans fume (ou feume), fumelle pour femme, semelle, et dans les composés fumeler (fréquenter les femmes), fumelier, (qui les fréquente). ... Se penche sur un ruisseau

Pour contempler d'un grand zèle
A l'autre bord sa fumelle. (Ronsard, cité par Jaubert.)

(1) Je ne trouve pas ces vers à l'endroit indiqué, dans l'édit. d'Amsterdam , 1735, la seule que j'aie entre les mains.

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La présence de l'e ou de l'u indistinctement dans certains mots s'explique par la fréquente identité de prononciation de ces deux voyelles, c'est-à-dire eu; Ex. : gemeaux et jumeaux; chalemeau et chalumeau; bevons et buvons; vevage et veuvage, etc.

RÈGLE. III. — Dans la poésie chantée, le dialecte blaisois sonne toujours en o brefl'e muet des rimes féminines; Ex. :

Acceuptée (pron. : tée-eu ou tée-o) c'bouqueu
Que ma main vous peurzent...o.
Peurnée n'en eune fleur; (eur très bref)
C'ée pour vous féer" coumprend...o
Que vous beules couleurs
Passerount coumm' cée fleurs. (Chanson beauceronne.)

Chacun sait que dans les langues et les patois néo-latins du midi, l'a, l'i et surtout l'o, remplacent en maintes circonstances notre e muet, ne se prononcent par conséquent pas et souvent même sont supprimés dans l'Ecriture; Ex. :

Quel liquor, di secreto venen misto. (L'Arioste.)
Amico, hai vinto, io ti perdon; perdona. (Le Tasse.)

L'habitude qu'ont nos paysans de faire sonner dans leurs chansons l'e muet des rimes féminines comme un o n'est autre chose qu'un débris de l'ancienne prononciation, ainsi que l'attestent les lignes suivantes de Palsgrave (p. 4) :

« Si, dans un mot français de plusieurs syllabes, l'e est la dernière voyelle, soit seul, soit suivi d'un s et sans accent, il sonnera à cette place comme un o et avec un son nasal très prononcé; Ex. : homme, femme ; hommes, femmes; avecques; prononcez le dernier e comme un o, hommo, femmo, hommos, femmos; avecquos. De sorte que si le lecteur élève la voix sur la syllabe qui précède immédiatement cet e, et la baisse tout-àcoup, quand il vient à prononcer cette lettre en o, et cela avec un son nasal bien marqué, il prononcera cet e dans les exemples ci-dessus à la manière des Français. »

Peut-être n'est-il pas inutile ici de faire remarquer qu'à l'origine de la langue l'o occupait la place de l'e dans les mots le, ce, je, Ex. : Attendez lo, que ja venra praici. (Le myst. des Vierg. sages, Buchon, p. 4.) Ceo saverum ja per noz serganz. (Le myst. de la Résurrect. Buchon, p. 12.) Jeo l'tendrai si ben endreit de mei. (Id. id., p. 20.) Co est le definement! (Ch. de Roland. 11775.)

RÈGLE IV. — E suivi dans la même syllabe de n ou de m, suivis eux-mêmes d'une autre consonne, a le son de a très long, et très nasal; Ex. : enfant, ennemi, ennui, éloquemment, hennir.

Par quelle étrangeté disons-nous an-nui, ha-nir, ennemi, puisque ces mots s'écrivent tous les trois par enn? Nos paysans, héritiers du vieux langage, ne sont-ils pas plus conséquens que nous, en prononçant tous ces en de même ; an-nui (autrefois an-oi, du latin in odio; espagn. enojo); han-nir, an-nemi? (Voir de la prononc. de la voyelle a, règl. I, remarq. IV.)

REMARQUE I. — Aujourd'hui les terminaisons en en, ien, ain, sonnent ain, iain; Ex. : Examen, chien, lien, etc. Les terminaisons en ent, ient, ont, par une anomalie qui semble singulière, mais dont l'étymologie fournit l'explication, trois prononciations bien distinctes; tantôt l'e est muet, comme dans ils convient, ils dévient, ils couvent, ils ferment, ils équivalent, ils négligent ; tantôt il a le son ain, comme dans il convient, il devient ; tantôt enfin le son an, comme dans les substantifs couvent, ferment, et les adjectifs équivalent, négligent. Ces bizarreries n'existaient point dans l'ancien français, où ces différentes terminaisons, excepté toutefois celles en ent muet, se prononçaient à peu près de même. J'en dirai autant du dialecte Blaisois, si ce n'est qu'on y prononce

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