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Huiler se prononce huiler, hueuler (h aspiré) ou vhuiler, vhueuler. Je ne rencontre pas d'exemple de cette prononciation dans la vieille langue. H n'estjamais aspiré dans huile; prononcez ueule, ou eule, ce qui est probablement l'ancienne prononciation de la forme oile.

Onze. D'après Vaugelas o ne devrait jamais dans ce mot et ses composés être aspiré. Cette opinion de l'illustre grammairien est conforme à l'usage du moyen âge.

Biaux ostes, prestes me une onzainne.
(Le Jus S'-Nicholaï, Buchon, p. 185.)

Le XVII° siècle a usé des deux prononciations :

Il sortit de la ville en colère, l'onziéme de juin.
(Fléchier.)

Peut-être que l'onziéme est prête d'éclater.
(Cinna, act. III, sc. I.)

Voir pour des exemples de le onzième (o aspiré) Vaugelas et Bouhours.

Aujourd'hui, d'après l'Académie, onze est toujours aspiré. Ponsard s'est conformé à cette règle, quand il a dit dans sa tragédie d'Ulysse :

Et le onziéme jour, la tempête calmée
Lui permit de partir, suivi de son armée.
(Act. II, sc. 4.)

Le dialecte blaisois aspire toujours l'o dans les cas obliques : Ou ounzeu d'feuvérieu; deu ounzieume ou d'l'ounzieume ou douzieume jou. Il supprime quelquefois l'aspiration dans les cas directs : L'ounze ou le ounze.

Ouete. Devant ce mot, en français ouate, on fait toujours entendre le son de v : d'la vouete, ou d'la voueute.Je ne pense pas que ouate ait jamais été aspiré en français :

On apporte à l'instant ses somptueux habits
Ou sur l'ouate molle éclate le tabis.
(Boileau.)

Cependant je n'oserais l'affirmer en présence de ces vers d'Est. Pasq. (II, 41, A) :

Car jone dame et ceinte et avoysie
Douce et plaisante, belle, courtoise et sage,
M'a mise au cœur une si douce rage,
Que j'en oubly le voir et la ouye.

Oui a toujours été aspiré aux XII° et XIII° siècles. On en trouve de nombreux exemples dans Theroulde et dans les écrivains postérieurs. Parfois même, pour mieux noter l'aspiration, on l'écrit par un h. Que il ne set ne o ne non, (Rutebeuf,)

On ne me dist ne ho ne non.
(Les rues de Paris.)

Ce ne fut guère qu'au XVII° siècle que les écrivains se partagèrent d'opinion, et que les uns supprimèrent l'aspiration, maintenue par les autres.

Les anciens disaient qu'oui, mais les nouveaux disent que non. (Pascal.) Il répondit qu'oui. (Vaugelas.) On lui dit que oui. (d'Ablancourt.)

Molière semble avoir donné des gages aux deux prononciations :

Je crois que oui.
(Bourgeois gentilh.)

Ah! cet oui se peut-il supporter !
(Femmes savantes.)

« Il faut prononcer ce oui, » dit Richelet. C'est aussi l'avis de l'Académie : « Le oui et le non ; » et de nos paysans. Ceux-ci prononcent très souvent oui comme ouete, avec le son du digamma très marqué : voui. (Cf. Bibliot. des Enf., p. 135.)

Ourse. Ce mot n'est aspiré que quand il est précédé de l'article la : La ourse. Cet usage me paraît avoir été introduit par ces bateleurs étrangers qui font profession de faire danser des ours sur les places, et qui en profitent pour écorcher la langue. Je les ai entendus maintes fois de mes propres oreilles encourager leurs bêtes en disant : « Dansez, la oursel »

7° Quelques mots, prononcés d'une manière emphatique pour mieux appuyer sur la pensée, paraissent aspirés, mais en réalité ne le sont pas, Ainsi l'on dira : « Il'teu ancien, ancien. Un bœu eunourme. L'apparence de l'aspiration provient dans ces mots de l'absence de liaison, si fréquente dans le dialecte blaisois. C'est à peu près comme si l'on prétendait que l'absence d'élision dans ce vers rend aspirée la voyelle initiale d'imponere ou de Ossam :

Ter sunt conati imponere Pelio Ossam.
(Géorg. I. 281.)

CHAPITRE II.

De la prononciation des liquides L et R.

RÈGLE CoMMUNE. — Toutes les fois que dans une syllabe qui termine un mot, l ou r se trouvent placés après une consonne et avant un e muet, le dialecte blaisois les supprime complètement dans la prononciation; Ex : table, boucle, souffle, il étrangle, peuple ; membre, encre, esclandre, il souffre, maigre, pampre, etc., prononcez tabe, bôuque, souffe, il étrangue, peupc, nombe, enque, etc.

C'est par suite de cette habitude de prononciation qui a régné au moyen-âge et même jusqu'au XVI° siècle, comme on peut le voir par les exemples qui suivent, qu'un grand nombre de mots ont perdu en français l'l de la syllabe muette finale. C'est ainsi que bouticle, Christofle, damaticle, démoniacle, guimple, thériacle, sont devenus boutique, Christophe, dalmatique, démoniaque, guimpe, thériaque.

Traistre, larron, simoniacle, Fol, enragé, démoniacle. (N" Path. p. 170.) Fille, tu es bien outrageuse Et bien folle demonyacle Bien enragée et malheureuse De voloir tenir tel sinacle. Tu cuides donc faire miracle... Mes va ailleurs vendre thriacle. (M. du S. d'Orl. vs. 11920.) Se mons me voy a dangereux article C'est que d'ouvrir l'est droite ma bouticle. (!) (Les 7 dames de Rhétoriq.) Le seigneur qui sert saint Christofle. (Fr. Villon; cf. du Bart. p. 97. — 1583.) L'oriflamme est une bannière Aucun poi plus forte que guimple (o) De cendal rousoyans et simple. (Guill. Guyart.) Ils avaient donné pour eux parer guimples et chaperons (St-Palaye.) Venez voir les lauriers environner ses temples. (Les Dél. de la poés. fr. p. 75.)

(l) On trouve encore dans Cotgrave bouticle et bouticlier. (2) Cl. Lais inéd. p. ll.

Dans les terminaisons de cette nature, les l et les r ou ne sonnaient pas, ou ne se prononçaient que d'une manière à peine sensible, comme on peut en juger par les exemples suivants :

Je ferai proier en chapitre
Que diex ses pechiez li acquite.
(Le Département des livres, Bull. du Bouq. I. 44.)
Maistre Jehan de Meun ce rommant
Parfist aussi comme je treuve,
Et ainsi commence son œuvre.
(R. de la Rose, vs. 4153.)
Comment en la Beausse se treuve...
Afin y faire une belle œuvre.
(M. du S. d'Orl. vs. 8121.)
Ce que demandrez, vous l'arez,
Et plus grant chose, ce me semble,
Que vous êtes son oriflambe,
(Id. vs. 18801.)
Orde vieille, putain, truande,
Veci pour moy trop grant esclandre.
(F. du Mun. p. 247.)
Pourtant que on se donne garde ;
Y ne faut qu'un coup pour tout perdre.
(M. du S. d'Orl. vs. 19987.)
Braire, crier, mon bec n'arreste ;
Celuy qui a trop de langage
En lieu de bien ne peut point estre.
(Les dicts des oiseaux.)
Son rollet, plein de point en point,
Tire aux dents pour le faire croistre ;
Sa prinse eschappe et ne tient point ;
Au pilier s'est heurté la tête.
(P. Gromet.)

Ces lettres se prononçaient si peu que souvent même on les supprimait complètement dans l'écriture; Ex. :

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